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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

Notre société est masculin

« Moi j’ai l’impression que la femme hollandaise, elle est quand même, dans sa tête, elle est plus libre, elle a un chemin, un terrain de liberté plus grand que la femme française. Je pense que la femme française, elle travaille peut-être plus - là, je parle des femmes avec des enfants. Déjà en France, ne pas avoir des enfants en étant femme, c’est presque impossible à s’imaginer. » Julia Schouten, 42-ans-mariée-deux-enfants. Allégations néerlandaises.


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À Hollande, si tu as des copines qui décident de pas avoir des enfants, on n’est pas bizarre, je veux dire, c’est une femme tout à fait épanouie qui a décidé de ne pas avoir des enfants. En France, ça reste quand même hyper traditionnel à ce niveau-là, une femme, elle est là pour avoir des enfants, ça c’est une vision classique très très... oui française ou méditerranéenne ou je sais pas, en tout cas...

K : La femme néerlandaise serait différente de la femme française ?
Ah oui, oui bien sûr. En plus, là on est à Marseille, donc c’est quand même encore plus méditerranéenne que des femmes dans le nord de la France, donc... Eh ben oui, je pense qu’il y a quand même une liberté qui est plus grande dans un pays comme la Hollande, pour la femme. Ça veut dire aussi que la religion est peut-être moins présent en Hollande. Comme il y a aussi sûrement de plus en plus longtemps qu’on est à ce niveau plus libre. Ce qui est par contre étonnant, c’est que c’est beaucoup plus difficile de trouver l’aide pour s’occuper des enfants à Hollande, donc il y a beaucoup de femmes qui travaillent à mi-temps, beaucoup plus là-haut qu’ici. Mais en France, ce qui m’étonne toujours c’est que les femmes travaillent à plein-temps, mais d’un autre côté quand leur mari arrive, elles font quand même tout le repas, toute l’intendance dans la maison.

K : Quelle est votre vision du couple ?
Ma vision de couple, j’ai du mal à m’imaginer une forme de couple. Je peux juste dire que mon couple à moi, pourquoi on reste ensemble, et pourquoi ça fonctionne, notre couple à nous, c’est parce que je pense le plus important entre nous, c’est que on essaye chacun de trouver un épanouissement personnel et que là-dedans on essaye en même temps de rester intéressé, ou pousser toujours l’autre dans ce qu’il a envie de faire, et en même temps essayer de voir comment on peut mettre ses deux envies ensemble sous le même toit en pensant aux enfants. Je pense que chaque couple a sa façon de fonctionner et qu’il y a pas une façon à faire. Ce qui est sûr, c’est qu’on est deux, deux personnes avec deux envies, deux visions de vie différentes. Le défi d’un couple aujourd’hui, c’est comment on met ses deux vies parallèles en restant le plus possible sur le même chemin.

K : Qui gère les tâches ménagères et le budget ?
En sachant que Florent, il gagne en fait le plus d’argent que moi, on a un compte, donc on a très peu de budget, en fait. On vérifie ça chacun, il y a personne qui mène ça vraiment. Si on a envie d’acheter quelque chose, on en parle, mais c’est, tout est commun quand même, mais avec des possibilités... Enfin je dois dire, pour moi, le plus difficile c’est que je suis quand même financièrement dépendante, donc ça c’est quelque chose qui m’est très difficile, mais heureusement j’ai trouvé un homme qui partage tout et qui gère les tâches ménagères encore plus mieux que moi.

K : Qui gère l’éducation des enfants ?
On fait ensemble, je pense quand même le fait que moi je travaille seulement à mi-temps, j’ai plus de temps. Ça a pas toujours été comme ça, mais là, aujourd’hui c’est comme ça, donc je m’occupe quand même beaucoup d’éducation des enfants dans le sens que je suis là quand il(s) sort(ent) de l’école ; c’est quand même moi qui suis un peu près les devoirs, même si Florent s’en occupe un peu.

K : Vous êtes là pour les enfants parce que vous travaillez à mi-temps, ou parce que vous êtes femme ?
Non, non non, c’est vrai qu’aujourd’hui je trouve ça très difficile de réaliser une vie à quatre, donc deux enfants et deux adultes. Si on travaille tous les deux à plein temps avec des enfants, je me suis rendu compte que c’est très très difficile, donc ou ça demande une organisation avec des nounous et des femmes de ménage qui donnent un coup de main, donc ça veut dire quand même un budget important, et aussi une frustration parce que on s’en occupe pas soi même. Donc c’est sûr que moi je suis sûrement pas épanouie dans mon travail aujourd’hui comme j’aurais voulu l’être, mais d’un autre côté, je suis très contente d’avoir du temps pour les enfants.

K : Qui prend les décisions ?
Je sais même pas vraiment ce que c’est une décision, mais si on choisit une école pour nos enfants, on en parle ensemble ; l’endroit où on va en vacances, on décide ensemble, le budget, donc... Je pense qu’on parle beaucoup, nous.

K : Comment vivez-vous votre maternité ?
Eh ben c’était une grande joie, j’aurais peut-être bien voulu en avoir plus mais parce que j’ai un peu des difficultés, donc j’ai dû m’arrêter à deux. J’aurais bien voulu être mère de beaucoup plus d’enfants, je pense que j’aurais été au point avec au moins quatre enfants. C’est un apprentissage lente, avec plein de défauts de tous les jours, et ça j’aime ça. Mais d’un autre côté, je me rends compte aussi, quand je rencontre des copines, ou je pars, et je fais un voyage toute seule, j’arrive très très bien à oublier mes enfants.

K : Quelle est votre vision de la femme ?
La femme d’aujourd’hui, comme moi, c’est une femme qui s’est mis dans la tête, et qui a été mis dans ma tête que je peux faire plein de choses, donc je dois travailler, je dois faire la cuisine, je dois m’occuper des enfants, je dois recevoir, je dois être indépendant et faire des choses pour moi-même, je dois être au courant de ce qu’il se passe donc je dois lire le journal tous les jours. Donc on veut être tout, on veut jouer sur tous les rôles, et je me rends compte que c’est très très difficile. Parce que on n’a pas le temps, on n’a pas le temps de tout faire, on peut pas être et à la maison éduquer les enfants, cuisiner, et travailler plein-temps, gagner tous les sous, je connais aucune femme, moi j’arrive pas.

K : Vous sentez-vous l’égale d’un homme ?
Je pense qu’on est très diffèrent, c’est notre chemin qui est diffèrent, et qu’on doit toujours se battre en étant femme pour avoir une égalité de paroles et d’actes. On est loin, on est très très loin d’être dans une égalité entre homme et femme, aujourd’hui, toujours. Regarde déjà dans la plupart du travail, les salaires des femmes est toujours moindre que le salaire d’un homme pour le même tâche, donc on n’est pas du tout traité pareil. Une femme avec un grand responsabilité aujourd’hui, elle n’a pas le droit de l’erreur. Non, non, il n’y a pas encore d’égalité, non. Il y a plein de choses qu’on a réussies, et je pense que les hommes, en tous cas de notre génération, ils ont sûrement changé. Les hommes ont beaucoup changé, ils participent beaucoup plus à l’intérieur de la maison, parce que quand même à ce niveau-là, il y a vraiment eu un changement, mais ça reste quand même... Le combat, la lutte est pas encore finie. Dans un monde où la concurrence est quand même fort, être femme ça demande de se battre. La vision d’un homme, l’homme de notre société, l’idée de notre société est quand même très très masculin, donc si on veut se faire une place eh ben, on doit être très très convaincue. Moi, toujours je me mets dans ce combat. J’ai l’impression que je dois toujours défendre les femmes dans quelque situation, donc apparemment on n’y est pas encore.

K : Êtes-vous indépendante ?
Je pense aujourd’hui il y a des femmes indépendantes, mais j’ai quelques copines qui le sont, je pense, dans leur tête et je me rends compte, quand je suis avec elles, que même moi qui me sens quand même dans beaucoup de choses indépendante, qu’on est encore très très loin, on reste toujours dans une situation, on n’a pas vraiment la liberté d’être toujours indépendante.

K : Quel rôle jouent vos amies femmes dans votre vie ?
Eh ben, c’est très important. J’ai pas énormément d’amies femmes avec qui vraiment, je peux tout partager. J’ai quelques copines, heureusement, elles sont là pour que je peux parler et qu’on se tient toutes sur la bonne route, et qu’on essaye toujours de veiller pour que l’autre se soumet pas trop dans toute la tradition, justement, de la vie, mais qu’on essaye toujours de se réveiller, de se demander : "Qu’est-ce que tu as envie de faire, toi personnellement ?", oui, veiller pour que l’autre ne met pas trop de l’eau dans son vin.

K : Êtes-vous attachée à votre mère ?
Non, je crois, ma mère m’a toujours dit que je devrais être indépendante, et je suis pas très très proche d’elle, bon, ça aussi qu’elle est loin. Je l’aime bien, je m’occupe d’elle, elle est vieille. J’admire comment elle s’est enrichie elle-même dans la vie, mais enrichie intellectuellement, je veux bien parler. Mais elle nous a rendus très indépendants, donc on n’est pas du tout une famille où on est très tenu, donc chacun vit sa vie et on se soutient dans la vie de chacun.

K : Votre mère a-t-elle une influence sur vous ?
"Influence" là aujourd’hui ? Bien sûr, elle en a eu quand j’étais petite, mais là aujourd’hui, elle a une influence dans le sens de tout ce que je fais, bien sûr, c’est le fruit de mon éducation. L’éducation est partout, même si j’aime pas ce mot du tout : "éducation", mais le fait qu’elle m’a appris plein de choses et que j’ai vécu jusqu’à moins de dix-huit ans ou seize ans chez elle, bien sûr. Mais aujourd’hui, une influence réelle, non.

K : Quelles valeurs avez-vous reçue de votre mère ?
Ses valeurs à elle ? Eh ben, il doit y en avoir certain un peu... Mais non, je crois que je refais pas l’éducation que j’ai reçue moi, je suis plutôt dans une légère opposition parce que je suis pas complètement ravie de l’éducation que moi j’ai eue, donc j’essaye de faire autrement. Le temps a changé, c’est sûr, et j’aimerais faire autrement, je pense que c’est un peu les deux choses, c’est : et le temps et la façon comment elle, elle l’a fait. Ça me plaît pas, pas tout à fait, non.

K : Quel est votre cursus scolaire ?
Moi, j’ai fait les études universitaires à Hollande.

K : Quelle est votre situation professionnelle ?
Eh ben je suis vendeuse dans un magasin de livres, donc ma situation c’est que je travaille à mi-temps dans une librairie.

K : Pourquoi ne pas avoir poursuivi dans votre domaine ?
C’est une question de... En France quand on veut travailler dans la culture, avec des métiers de fonction publique, on est toujours obligé de passer des concours. À Hollande ça existe pas, des concours, donc moi je serais incapable de passer le moindre concours en France, parce que j’ai pas du tout appris à réfléchir à la même façon et à répondre aux questions de même façon, je sentais sûrement bien. Donc, ça fait que si j’aurais voulu travailler dans un musée en France en étant conservatrice, j’aurais dû passer des concours et je peux pas, donc.... Et le monde et le milieu culturel en France est très très fermé, ici, il y a la place pour des françaises, mais des visions différentes dans ce milieu-là, c’est quand même pas évident. Ça peut-être, ça change un peu, mais en tout cas, comment je suis arrivée maintenant quinze ou vingt ans, c’était dur.

Propos recueillis le 06/06/06 par Dalila Bouhmadou ; rédaction : Patricia Rouillard ; image : Christian Coursaget.

Réactions à ce temoignage

3 Messages de forum

  • "Notre société est masculin" 4 juillet 2006 12:13, par gida

    ... "notre société est masculin" Peut-être, en politique, en économie, mais le social, le quotidien, l’affectif, le relationnel en général, reste au féminin. Dailleurs, de plus en plus ; Il ne reste plus de domaine "EXCLUSIVEMENT" féminin, ou masculin. Sommes en pleine mutation. Je crois.
    Est-ce bien raisonnable ? telle est, la question.
    Thomas.g.

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  • "Notre société est masculin" 10 juillet 2006 11:17

    Si je prends au premier degré l’image du "Moulin hollandais" , supplantant Notre Dame de la Garde, suite à l’ITW de la Hollandaise, je dirais :ho la la ! quel culot. Mais après tout , oui un moulin est bien masculin, tandis que Notre Dame...ce n’est qu’un peu de grain ajouté au moulin ... aussi.Dji.Thomas

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  • Notre société est masculin 28 août 2009 15:18, par dominau

    A notre époque la femme est au premier rang, elle est l‘acteur principal de la vie en société.

    La femme détient l‘arme, elle a pris le pouvoir. Des signes très forts de cet état de pouvoir sont visibles et même provocateurs. Pour exemple l’habillement avec la conquête des symboles qui faisaient de l’homme l’être le plus puissant et même dangereux. En effet le port des vêtements très comparables aux uniformes militaires. Les redingotes, les ceintures, sans oublier le symbole le plus fort qui est sous aucun doute le port des bottes. L’espace d’une décennie, elle a subtilisé ces armes aux hommes sans qu’ils s’en aperçoivent. L’homme en est réduit dans ses forces, dans sa virilité et ne porte plus de ces vêtements qui sont maintenant l’exclusive propriété des femmes. La femme est donc prête pour le combat. L’homme démis de ses pouvoirs, la femme à désormais toutes les armes en main. Va t’elle déclarer la guerre à l’homme ? Si ce n’est pas déjà fait. L’homme n’aurait aucune chance face à de telles armes.

    Alors on peut se poser la question suivante : « quelle est la place de l’homme dans l’avenir, quelle sera son utilité pour la femme ?. L’homme survivra tant qu’il conservera la seule force qui lui reste, celle de donner le composant de la vie. Mais quand la femme pourra s’en passer, l’homme ne sera-t-il pas destiné à disparaitre tout simplement ?.

    Qu’en pensez vous ?

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