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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

La grâce du combat

Dire la place où on doit être

« Je me suis sentie femme, je suppose, quand j’ai eu mes enfants, parce que c’est quelque chose qu’un homme ne peut pas faire, donc c’était par contraste : j’ai découvert une autre facette - et une facette gratifiante - du fait d’être une femme pour la première fois (rire). » Muriel Julien, 44 ans.


la grace du combat - photo : JLopez
 la grace du combat - photo : JLopez

La féminité, biologiquement, je la vis comme une injustice. Avoir ses règles, par exemple. Mais c’est le marqueur de ta jeunesse, de la possibilité de procréer qui s’arrête tôt chez la femme et y’a un décalage entre la vie sociale et la vie biologique : une femme peut être encore belle, en bonne santé, dynamique, mais à partir de la cinquantaine, elle subit à nouveau des changements hormonaux profonds, comme les règles sont imposées avec tout ce qui va avec, notamment l’obsession de la contraception. Aujourd’hui elles n’ont pas nécessairement à subir mais j’ai parfois ressenti ces aspects comme des freins, des obstacles. L’impression aussi que les femmes qui savaient (mes copines, ma mère...) ce qu’on lit dans les livres, ne m’avaient pas avertie que ça pouvait être aussi désagréable, incapacitant : j’ai souffert jusqu’à ce que je prenne un contraceptif oral. J’aurais aimé entendre : « Ça peut être terrible, alors prépare-toi. »

Ça relevait de ma révolte d’être femme qui était obligée, pour aller du point A au point B, de prendre des chemins détournés alors que j’avais que d’y aller tout droit, et je déteste que la femme se transforme en objet. Y’a les clichés sur la femme : « C’est plus faible, ça doit prendre soin de soi, être pudique, ça doit pas être dur, violent » - ce qui ça n’est pas mal en soi mais y’a encore beaucoup d’images dévalorisantes, notamment à travers la publicité et c’est très dangereux, très tendancieux. Et même si des femmes passent pour des hystériques, je trouve leur combat tout à fait justifié et valable : la femme est loin d’être seulement ça, notamment la femme française qui se bouge beaucoup. Et c’est très valorisant mais tu le payes de ta vie, ton essence. C’est des rôles dans lesquels tu te retrouves, que tu as voulus mais qui sont aussi imposés. Si je veux être à la hauteur de tout ce que la société attend de moi, je dois y engouffrer beaucoup de mon énergie et de mon temps.

C’était par rapport aux façons d’agir de mes copines et à la télévision, la femme qui hurle de façon incontrôlée dès qu’y’a un danger, qui minaude, c’était pas honnête, et humiliant pour la femme. Mes héroïnes c’était Fantômette, Claude du Club des Cinq… Mon idéal, c’était la femme valeureuse, qui combat. Elle a commencé à venir, mais l’image que j’avais pour me construire c’était plutôt la femme dans l’ombre de l’homme, dépendante, faible, pour réussir elle doit en faire deux fois plus et si elle réussit, est-ce vraiment une femme ? Tous ces clichés basés sur la réalité : on vit dans un pays encore très machiste, même si les femmes s’en tirent pas trop mal en France. Elle est plus valorisée, mais c’est au détriment d’autre chose, de sa réalisation : quand tu combats pour des choses simples comme bosser pour payer ses factures, ça t’empêche de combattre pour des choses plus intéressantes, pour avoir l’impression que notre passage sur terre n’a pas servi qu’à assurer l’intendance, même si c’est encore une part non négligeable de la vie des femmes.

Puis rappelée à l’ordre parce que tu suis pas les règles, par tes copines : « Faut pas parler aux garçons comme ça ou dire les choses comme ça. » C’est la pression des pairs, parfois fondée sur la réalité ; c’est aussi une forme d"apprentissage. Mais je me rebellais contre ce qui peut être associé à la femme : la passivité, le manque de combativité. J’avais vraiment une envie d’égalité par rapport à la place de la femme, qui malgré le fait qu’elle travaille, se charge du ménage et du reste et même si c’est pas simple, c’est la responsabilité de la femme, qui élève aussi les petits garçons qui vont renouveler ce schéma de la femme qui reste à une place subalterne. Ça me dérange beaucoup que la moitié de nos représentants élus au Parlement ne soient pas des femmes : les questions qui les intéressent sont traitées par des hommes, qui ne savent ça que de seconde main ou n’ont qu’une fibre ténue de la responsabilité d’élever des enfants ou de concilier la vie personnelle et la vie professionnelle. Y’a une part de responsabilité des hommes qui s’accrochent à leur pouvoir et une part des femmes qui n’ont toujours pas réussi à percer le fameux plafond de verre. Je leur en veux pas, parce que c’est très insidieux, et ça tient à l’éducation qu’on a année après année, de nos parents, de la société.

J’ai plusieurs images à travers celle qui m’a élevée pour l’essentiel : à la fois la femme qui assure, combat, travaille, se laisse pas abattre et ce que je n’aime pas chez la femme. J’ai eu des relations d’amour, conflictuelles, de haine, de protection… de moi vers elle. Je la sentais fragile par rapport aussi aux difficultés de la vie, aux combats et c’était aussi : « Mais où est-ce qu’elle va chercher la force ? » Parce que c’est ce que je vis actuellement, la contrainte n’est supportable que s’il y a le réconfort donc, j’apprends à équilibrer.

Ben l’homme c’est Vincent, voilà, c’est tout (rire). Le père, il est bien gentil, mais pas toujours fiable. L’homme chez nous n’était pas présent et pendant très longtemps, encore un peu aujourd’hui, je le trouvais sympathique mais pas très sérieux, pas fiable, alors que Vincent a été tout ça : il était là, il était responsable, il restait, malgré tout ce que j’ai fait pour dire : « Tu vas bien partir toi aussi », il est quand même resté (rire). Je pourrais dire l’homme idéal puisque je peux pas imaginer mieux que lui. Qui est à mes côtés, qui me laisse pas tomber, et du coup pour qui j’ai envie d’être là aussi. Je suis fière de notre couple parce qu’on est passés par des trucs très durs.

Après plusieurs hauts et bas, depuis 90, notre couple existe. Je vis maritalement, dans certains formulaires on peut noter ça. Si pour des raisons financières ou autres on a besoin de se marier, on le fera peut-être mais j’en éprouve pas la nécessité. C’est pas tellement être mariée qui me dérangeait, mais tous les préparatifs, la cérémonie ça me tétanise, et je trouvais injuste que la femme porte le nom du mari et pas l’inverse. Aujourd’hui c’est différent, et j’ai appris que porter le nom de son mari n’est pas une obligation mais une coutume. Et qu’une femme n’a pas à être appelée « Mademoiselle », ce que l’administration impose mais je trouverais ça insupportable à mon âge et dans ma situation. Mais je me focalise sur des détails : si on fait un truc même très simple, ça fait du monde et se retrouver juste lui, moi et deux témoins ça me dérange parce que probablement pour moi, la cérémonie du mariage c’était important, sacré, mais la vie réelle est différente des grands termes qu’on emploie, et même si dans la réalité tu te soutiens dans les bons et les mauvais moments, ça me dérange de le formaliser. Avoir des enfants m’a bien plus soudée à Vincent que n’importe quel voeu de mariage et c’est une façon de rester anti-conformiste, puisque je suis suffisamment conformiste par d’autres aspects.

Avoir des enfants c’est devenu un choix : je le voyais comme une injustice, une contrainte et je ne me sentais pas prête, je me rendais compte que c’était une responsabilité qui ne finit jamais. Et lorsque j’ai eu mon premier enfant, je me suis dit : « Je ne serai plus jamais seule. » C’est parfois pesant parce que du coup, je peux pas faire n’importe quoi, mais j’ai découvert ce qu’était l’amour, un amour où le bonheur de l’autre est plus important que ton bonheur. Par rapport au travail, j’avais l’impression que ça pouvait être un frein et ça a tenu à mon couple : j’ai eu des preuves de l’engagement de Vincent, j’ai vu que c’est un homme de devoir, qu’il assume. Surtout quand j’avais de l’aide, c’est une vision un peu bourgeoise mais pour élever ses enfants, continuer à travailler et à s’épanouir, on ne peut pas le faire tout seul ; soit on a les moyens de payer cette aide, soit on s’organise avec la famille, les amis, son compagnon aussi.

L’éducation c’est géré à deux, de façon très complémentaire, ce qui est rassurant. Ces derniers temps, Vincent a été beaucoup plus présent, parce qu’il avait plus de temps mais les fringues, c’est moi qui gère parce que ça me plaît aussi, et lui s’occupe d’aspects administratifs comme la cantine, la garderie ou voir les instits. Le médecin aussi c’est plutôt moi mais, suivre un traitement c’est lui qui le fait. Parfois on en discute et on l’organise, ou ça se fait spontanément. Dans les comportements, Vincent suit de façon très traditionnelle son rôle de père qui fait la loi, l’autorité. Moi plutôt maman câlin, douceur, réconfort parce que je me dis que tout l’amour inconditionnel qu’on leur donne dans leur enfance, c’est ce qui en fera des adultes heureux de vivre, c’est ma grande ambition.

Je suis plus exigeante avec ma fille parce que sa vie sera plus difficile que celle des garçons et j’ai envie qu’elle réussisse. Je reproduis certaines choses mais je veux pas prendre le contre-pied de ce que la société inculque. Je valorise la femme : c’est résistant, ça apprend et ça sait supporter plus de choses. C’est devoir se fractionner en permanence à partir du moment où tu as des enfants, où tu dois mener plusieurs choses de front. C’est un peu con comme réalisation, mais un homme a beaucoup de mal à faire plusieurs choses à la fois, je m’en rends compte tout le temps. Dans la réalité, c’est ça : avoir toujours une partie de ton esprit là et l’autre là. Dès qu’y a un problème avec les enfants, je continue à travailler mais j’ai pas la paix de l’esprit. Quand Arnaud me réveillait dix fois par nuit et qu’y fallait bosser, j’étais crevée, et on tient le coup en se disant : « Ça va pas durer. »

Je veux apprendre à mes fils le respect de la femme, de son intégrité physique et je serai intransigeante là-dessus, si ça se fait en douceur tant mieux. Les tâches ménagères, ça il faut le faire pour tous les trois mais Vincent est très actif sur ce plan-là donc y z’ont l’exemple sous les yeux, et les papas qui font les gardes à la crèche nettoient comme les autres. J’ai eu des frustrations et des moments durs dans le couple parce que quand Vincent ne travaillait pas à l’extérieur, la maison n’était pas tenue comme si c’est moi qui la tenait, ou quand y’avait une professionnelle qui venait. Par rapport aux enfants aussi, on les met à la garderie parce que c’est plus confortable que les amener à droite ou à gauche. Mais par rapport à la plupart des femmes j’ai pas à me plaindre, vraiment.

Transmettre à mes enfants ? Être naturels avec leur corps, par exemple. Y’a certaines choses que j’ai appris de ma mère et j’étais contente qu’elle me l’ait appris. J’avais pas de tabous particuliers. Leur inculquer la santé aussi, respecter son corps, la pratique d’un sport. Je regrette, dans l’éducation française, le manque d’attention porté au corps. Apprendre l’effort dans lequel on se dépasse a des effets très bénéfiques sur l’intellect, le psychisme, l’affectif. Dans l’adolescence qui est un moment de désoeuvrement intense, qu’ils aient une activité vers laquelle ils puissent se réfugier, que ce soit la musique, le sport, parce qu’on sait pas quoi faire de toute l’énergie qu’on a. J’ai aucun souvenir plaisant de mon adolescence, j’avais envie que ça finisse pour être adulte, contrôler ce que je pouvais faire dans ma vie. Et leur apprendre à être chaleureux, respecter les autres, être ouverts, curieux.

Je n’ai jamais eu de frein par rapport à ma curiosité pour la lecture, les études. Maman disait : « Vous ferez ce qui vous plaît » mais elle a jamais fait l’effort de se renseigner pour nous guider. Mon B.T.S, y fallait m’assumer et apprendre un métier pour travailler, et des études longues ça relevait d’un autre monde alors qu’y’avait des tas de gens comme moi en fac, qui devaient bosser. Mais c’est pas si simple. Je regrette de pas avoir eu accès à l’information, ce qui fait qu’on arrive à une éducation de qualité ou qui nous convienne. J’ai toujours cette sensation : « Au fond, je suis bonne pour quoi, je sais faire quoi ? » Ça peut être un défi, un jour j’aurai un déclic et l’occasion de faire une formation. Dans mes moments de désillusion, c’est : « Peut-être t’y’es bonne pour rien en particulier, déjà bien que tu aies un boulot », mais j’ai cette croyance que chacun est doué pour quelque chose et qu’aller dans cette voie permet de s’améliorer, produire quelque chose de qualité, s’épanouir et avoir l’impression que ça y est, on est à la place où on doit être.

J’étais une bonne élève, surtout l’écrit, l’oral. Ma 6ème a été assez perturbée, y’avait des soucis à la maison et ça s’est vraiment manifesté lors de ma 5ème. Au lycée, des hauts et des bas et au moment de passer mon bac j’avais aucune idée de ce que j’allais faire après, je m’en étais pas occupée, c’était la panique donc je me suis arrangée pour le rater, et je l’ai repassé. Mon B.T.S, encore une fois, je l’ai raté et j’avais dit à mon ancien pédiatre, qui restait un des rares référents de confiance : « Si je le rate c’est terrible mais si je le réussis aussi, je suis pas prête pour travailler. » Comme des circonstances personnelles m’ont permis de rebondir, je me suis reportée sur la fac. J’ai terminé ma maîtrise en Langues Étrangères Appliquées après une interruption de quelques années en formation continue, et ç’a m’a permis aussi d’avoir des enfants parce que je pouvais pas imaginer en avoir si certaines choses n’étaient pas ficelées : « Tu as ton diplôme, c’est réel, pas un demi diplôme. »

Mon parcours professionnel ? Ben, un peu chaotique : tous mes vingt ans, ç’a été occupé par mes études mais également du travail alimentaire : employée de service dans des cliniques, baby-sitting, papy-sitting, cours d’anglais, salons... pour payer mes études, vivre, voyager, et je supportais pas de pas avoir d’argent. Mais certains boulots étaient particulièrement pénibles et m’ont renforcée dans le fait que je voulais pas faire ça plus tard. Après, j’ai eu la chance d’avoir un stage dans une organisation et je suis restée : j’ai appris à faire du boulot administratif, de l’organisation de conférences, de la mise en oeuvre de programmes.

Ah ! oui, travailler c’est indispensable pour la majorité des femmes parce qu’elle peut pas après gémir : « J’ai pas de retraite. » C’est la liberté absolue, l’indépendance : « Je m’assume financièrement, je n’aurai jamais à supporter le pouvoir non voulu d’un homme parce qu’il tiendra les cordons de la bourse. » En plus, mon compagnon n’envisage pas notre situation différemment. Choisi pour ça je sais pas, resté avec oui parce qu’il a été pendant des années le moteur qui m’a permis de rester la tête hors de l’eau, qui m’a inculqué la confiance et qui supporte pas quand j’ai des discours dévalorisateurs vis à vis de moi. Comme je le sens sincère et que j’ai beaucoup d’estime pour lui, je finis par le croire (rire) !

Ben je concilie en partageant avec Vincent : si c’est lui qui a l’occasion de les amener à l’école, il le fait et moi, je me concentre sur mon travail. Quand un des enfants est malade, je prends des jours de congés ou une baby-sitter, parce que j’ai deux fois plus de travail après. La vie familiale c’est pas un frein, c’est la vraie vie. Le travail oui, parfois : je passe pas assez de temps avec eux, mais je suis pas prête à travailler à 80 % et passer le mercredi avec eux, je le considérerais comme un frein, une forme de dévalorisation - probablement fausse parce que j’ai des échos très positifs de femmes qui s’organisent - mais ça peut être le piège parce que tu passes la journée à faire des tas de trucs à la maison, le taxi pour tes enfants et tant que je le vivrai comme ça, c’est pas la peine.

L’indépendance, c’est profondément ancré en moi. L’argent est un moyen, mais également le statut social : quand je savais pas ce que j’allais faire comme boulot, je l’avais pas ; je l’ai acquise, consolidée, mais c’est aussi un état d’esprit. Ça s’appuie sur le matériel parce que c’est aussi bête que pouvoir payer une facture. Je me sentais dépendante de ma mère ; sauf de rares occasions, elle nous le faisait pas ressentir mais elle ne pouvait pas combler certains besoins matériels et je me disais : « Quand j’aurai mon argent, je pourrai m’acheter ce que je veux. » M’accrocher à mon travail, me battre pour renforcer ma sécurité c’était lié à ce besoin d’indépendance. Si je me retrouve seule, j’aurai toujours de quoi vivre et faire vivre mes enfants, les éduquer correctement et c’est un grand motif de sécurisation, c’est plus l’obsession : « Si j’ai plus de boulot, est-ce que mon CV sera assez bon pour prétendre à quelque chose qui me donnera l’indépendance et la gratification d’un travail intéressant ? »

Cette obsession de sécurité, une bonne partie de mon énergie et de mes angoisses y est passée. J’ai vécu dans une insécurité relative au travail pendant plus de dix ans, mais curieusement je ne me sentais pas dans l’insécurité. D’abord y’avait Vincent mais ça venait de l’équipe, de la confiance de mes supérieurs. C’est la liberté de l’esprit aussi : débarrassée des contingences matérielles, tu peux avoir envie d’autres réalisations, donc je ressens à nouveau des soifs intellectuelles. Mais Vincent, le deal c’était : " Hors de question que je t’entretienne, on assume sur un pied d’égalité. " Quand on travaillait tous les deux, on avait un confort mutuel, et quand y’en a qu’un qui travaille on a un peu moins de confort mais on est toujours ensemble, et le couple est passé par des crises qui le renforcent aussi. Mais c’est pas facile parce que c’est par rapport à la place que chacun occupe, ce que chacun peut apporter à l’autre…

J’attends du soutien, une affection, une amitié. Élèver les enfants, construire quelque chose ensemble. Un couple ça fait une troisième personne : y’a la femme, l’homme et le couple qui existe en tant qu’entité, en tant qu’image qu’on projette vers nos enfants, dans la société. À vingt ans ? J’attendais un homme et une femme qui vivent et existent ensemble. C’est aussi les schémas que nous renvoie la société : la réalisation, un couple monogame qui construit ensemble, qui a des enfants, les élève et dans la vieillesse... oui, la famille. Des fois, j’ai imaginé le couple comme l’homme pour qui je suis la petite princesse, qui s’occupe de moi, me gâte, me valorise et ç’a pas du tout été le cas avec Vincent. C’est une relation beaucoup plus adulte où y va attendre de moi la même maturité dans le couple.

La sexualité féminine est différente de celle de l’homme, c’est clair. C’est pas un sujet central en ce moment : quand y faut assurer l’intendance et le quotidien, c’est difficile de trouver une place pour le désir physique, parce que ça va avec la séduction, la disponibilité : on va au restaurant, je me fais jolie, on parle que de toi et moi ou de sujets qui nous intéressent… Et tout cet aspect de désir qui est nourri, y’a plus d’espace pour ça.

Ah ! la maternité c’est merveilleux, un peu magique. J’ai vécu mes grossesses dans le bonheur, avec la première un peu d’angoisse mais les autres bien, et mon premier accouchement a été difficile, mais jamais je me suis dit : " J’en aurai plus. " Elle est née les yeux grands ouverts et on s’est fixées, j’ai pensé : « Je serai plus jamais seule. » C’était vraiment un petit bout disant : « Je suis là, je compte, tu crois pas que tu vas t’en tirer comme ça ! » Y’a aussi des aspects pénibles où j’ai l’impression d’être phagocytée, usée : y faut s’oublier totalement, oublier ses besoins de repos, de silence mais c’est quelque chose qui doit être fait, et je passe plus de temps loin d’eux que près d’eux. Mais ç’a été une révélation, un apaisement aussi, parce que je perdais du temps à me poser toutes ces questions existentielles pas mauvaises en soi, mais qui peuvent être un frein quand ça amène nulle part et ça passe au second plan : on a plus le temps, et parfois ça fait du bien.

La première grossesse était programmée, les autres non mais j’ai souhaité vivement en avoir un deuxième et un troisième, et si j’avais commencé plus tôt j’en aurais probablement plus. Comme je m’y suis pris tard, ça peut poser des problèmes de santé et Vincent, deux ç’aurait été parfait parce qu’il se projette dans l’avenir et c’est une responsabilité mais aussi, il se sentait comblé. Dans nos sociétés, c’est très valorisant d’avoir plus de deux enfants. C’est une richesse, même si on a plus besoin de moyens pour trois en terme de temps, d’attention, de finance, parce que y’a rien de plus beau. Mais je peux concevoir qu’une femme, un homme ou un couple se sente parfaitement réalisé sans enfant, par choix ou par circonstances. Moi j’en avais vraiment envie parce que trois enfants ça fait une famille, et j’ai été élevée avec deux soeurs. Dans une famille de quatre, ça remet tout en cause et c’est très enrichissant, ça démultiplie les relations. Et surtout l’émerveillement… Et me dire : « Si j’avais un quatrième, je ferais tout encore mieux ! » Après y faut être réaliste : les trois d’avant…

Oui, je voudrais être une mère parfaite et parfois je culpabilise. J’ai eu des relations très fusionnelles avec mes enfants, j’ai pu souffrir profondément de la séparation, c’est pour ça que m’en suis très peu séparée. Et parfois l’exaspération : « Y vont jamais s’arrêter de me demander ? Y faut que je te donne tout, mais laisse-moi vivre ! » Et là Vincent était indispensable, c’était un déchirement très violent parfois. Je les ai mis en crèche assez tôt, j’avais besoin de me remettre à bosser, mais j’étais tiraillée entre l’envie de me retrouver, d’exister en tant que personne et cette responsabilité, parce que je devais transférer sur eux des angoisses d’abandon alors que peut-être ils n’ont jamais ressenti ça, parce qu’on a été présents.

Si j’avais pu prendre un congé parental sans perdre de points de retraite, je me serais jetée dessus. Le fait que la femme porte un enfant, qu’elle assure l’essentiel de l’éducation, elle devrait être valorisée et pas défavorisée. On devrait accorder jusqu’à deux ans, sans perdre son avancement. J’aurais adoré, même si j’avais mis mes enfants en crèche quelques heures par jour, suivre vraiment leur éducation sur un an, la deuxième année à mi-temps, et ensuite reprendre le travail à temps complet. Et si tu décides d’en avoir un deuxième, que la même chose se fasse. On peut pas nous demander d’avoir des enfants et nous pénaliser pour ça. Le congé français jusqu’à y’a pas longtemps, pour le premier enfant c’était six semaines avant et dix semaines après mais c’est après que t’as besoin de temps. Bien avertie, j’ai pu, au Portugal, mettre tout mon congé maternité après la naissance de François.

C’est incroyable à quel point on méconnait la condition de la femme : quand elle a accouché, son corps est dans un tumulte, ce que je savais pas. Les femmes ne le disent pas, certaines de bonne foi, elles oublient ou pour elles c’était pas important mais c’est peut-être : « Si je dis tout, est-ce qu’elle va aller jusqu’au bout ? » Pour Arnaud ç’a été dur parce que y’a eu ce déménagement, et la prise d’un nouveau boulot avec l’angoisse. J’ai jamais réussi à me sentir tout à fait confiante et protégée : avant j’étais sous contrat mensuel, après j’ai réussi ce concours et on m’a proposé ce boulot, mais pour moi y’avait rien d’acquis, il fallait toujours que je fasse mes preuves. Quand j’ai écoulé ma période probatoire, qui était symbolique parce que ça faisait plus de douze ans que je travaillais, quelque chose a lâché : « Y faudrait vraiment qu’y ait quelque chose avant que je perde mon boulot » ; mais après, cette angoisse perpétuelle a repris et a été aussi exacerbée avec les enfants.

J’ai l’impression de me retrouver quand tout le monde est au lit le soir, que je me couche avec un bouquin. Toute la socialisation avec les collègues, c’est aussi du temps que je m’accorde. Les seuls loisirs, c’est sortir avec mes copines une ou deux fois par mois parce qu’une fois que j’ai fait mon boulot, que je me suis occupée des enfants, un peu de la maison, y reste trop peu de temps. Je vais apprendre l’allemand, ce que j’estime faire pour moi : en principe (rire), je vais avoir plaisir à le faire.

Mes amies jouent un rôle très important : chaleureux, d’estime, d’admiration, d’échange. J’aime leur compagnie, ouais, j’aime beaucoup les femmes, je les valorise plus que les hommes en général : je les trouve plus courageuses, combatives, plus fiables. Des relations de complicité, de solidarité, des conseils aussi : ç’a été très tourné autour des enfants et c’était utile. On vit un peu la même chose donc c’est un soutien moral dans les moments de découragement, déjà, c’est énorme. On peut discuter parce qu’on a tel souci dans le couple ou avec les enfants, elle comprend, réconforte, donne des idées, met aussi un peu un miroir : « Tu devrais peut-être faire des efforts, sois un peu plus calme, plus tendre… » Y’a aussi des amies que je vois peu à cause de la distance, et je chéris ces amitiés-là. Et j’ai des petits échanges avec des collègues : « Le gosse est malade, je suis crevée aujourd’hui... » C’est très féminin de discuter, pas avoir de coupure brutale et artificielle entre la vie privée et la vie professionnelle. C’est un truc de mec ridicule de dire : « La vie privée interfère jamais avec la vie professionnelle », on est pas schizophrènes. Les femmes se socialisent beaucoup plus que les hommes par rapport à ça et ça les réconforte, ça les aide à tenir le coup parfois.

Mon apparence, c’est très bête, nette, confortable, pratique. Ah ! j’y accorde très peu de temps : je fais ma teinture, je m’épile, je mets parfois des bijoux que j’aime bien, mais y’a pas vraiment de recherche de féminité, actuellement, en tous cas. Si je sors avec mes copines ouais, pour avoir une apparence agréable pour les autres, pour moi-même pas spécialement ; c’est mis entre parenthèses, surtout à partir du moment où j’en ai eu trois. Avant c’était important, bien sûr. Parce que j’avais du temps.

Jouer de ma féminité, non, je refuse. Séduire l’homme c’était pour me rassurer, avoir son attention, exister à ses yeux. Jouer de son sex-appeal dans ce cas-là, c’était une façon de me rendre compte qu’il était faible. Je le voyais pas comme mon ennemi, c’était une révolte contre le manque de valorisation qu’on donnait à la femme, surtout quand je tombais sur des brutes épaisses, je me disais : « Je vaux dix fois mieux et parce que je suis une femme je vais être dévalorisée. » J’ai eu aussi une image valorisée de quelques hommes : mon pédiatre, certains de mes professeurs, qui ont une bonté humaine et m’ont vraiment fait tenir parce que j’avais besoin que des adultes me soutiennent, pas seulement des copines. Aujourd’hui j’ai plutôt envie de séduire par mes compétences, ma réussite, le fait d’être une femme qui travaille, qui a trois enfants, qui est en couple.

Être belle, ça reste un atout et si tu réussis intellectuellement, professionnellement, ça le renforce, parce que y’a encore le cliché : « Elle réussit mais t’as vu le monstre », ce qui est absolument injuste mais je peux pas m’empêcher quand je croise des femmes : « Celle-là, si elle faisait un petit effort, elle serait belle. » Ça s’apprend avec des gens qui ont du goût : la mère, les amis, les soeurs et les autres femmes, les magazines ou des modèles de femmes qu’on trouve belles et surtout, à appliquer à son propre corps. Ça pourrait être un plaisir, si on a le temps (rire). C’est aussi être en forme physiquement, bien avec son corps en acceptant la base qu’on a. Avec les grossesses y’a des moments douloureux, on se reconnaît pas. Si notre compagnon dit : « Je te trouve belle ou t’es encore plus belle », on devrait être rassurée, mais parfois ça suffit pas. Et c’huis tiraillée : au fond c’est vain, vaniteux mais c’est important aussi. Mais je peux trouver une femme belle qui ne s’accordera, en apparence, aucun soin particulier comme trouver moche une femme qui aura passé du temps à se pomponner parce que ça correspond pas à mon goût. Une belle femme, c’est une femme bien dans sa peau, qui irradie, qui a de la paix, de la force.

Être femme c’est un fait, j’y peux rien. Sauf la maternité où c’est un privilège. Je l’ai perçu comme une contrainte qui m’empêchait de me réaliser, devoir séduire pour s’assurer sa place dans la société. Préféré être un homme ? Oui. Parce qu’y se fait moins suer avec des tas de choses : ses règles, la ménopause (rire)… Je considère pas ça comme un sacrifice : ce que j’ai fait, je l’ai fait en connaissance de cause et les enfants, vivre en couple, ça peut être une contrainte mais j’en retire beaucoup plus de bonheur et de construction que de souffrance. Et je pourrais moins travailler et vivre avec des moyens plus modestes.

J’ai un rôle politique et un rôle social parce que je suis citoyenne et un être humain qui vit en société, ou alors ça passe par les enfants. Les exigences, c’est concilier, élever des enfants tout en continuant à avoir une place dans la société qui passe très souvent par le travail, un engagement associatif ou politique. Y’a les rôles de travailleuse, mère, femme dans un couple, élément social vis à vis des autres. Et y faut avoir du temps pour soi, sa famille, les autres, tu jongles : si tu es très tournée vers tes enfants, surtout la petite enfance, la vie de couple est un peu mise entre parenthèses, ce qui pose des problèmes avec l’homme. Quand on bosse beaucoup, on est moins présent et j’aimerais que ma maison soit impeccable, faire du sport, étudier, me consacrer à l’éducation de mes enfants et être une amante pour mon compagnon, mais y faut accepter que ce ne soit pas possible, ou avoir des moyens importants de soutien.

Égale de l’homme, par rapport à la compétence d’ambition et de construction de carrière non, mais ça vient en partie du fait que je suis une femme, en partie de mon tempérament. Je me sens par certaines choses supérieure et par certaines inférieure. La maternité, c’est un privilège sinon la sûreté de soi, prise de risques, assertivité, je me sens moins sûre que l’homme, en tout cas certains.

À la base du manque d’égalité, c’est que les femmes intègrent profondément l’idée qu’elles ne sont " pas autant ", " pas aussi ", qui se caractérise par un manque d’assertivité, entre la passivité et l’agressivité : « Je vais réussir et ce poste, avantage ou capacité, je le mérite parce que je suis un être humain de valeur, pas parce que j’ai de la chance ou qu’on est gentil avec moi. » Je vois régulièrement le besoin d’une femme de se justifier. J’ai eu la chance de faire des formations avec des femmes bien dans leur peau, qui donnent aux autres femmes toute la confiance qu’elles ont acquise et avec l’âge, j’ai davantage de discours, de confiance, et j’ai pas besoin de justifier un succès ou prérogative. Ça se ressent dans le discours, les actes, le langage du corps : si un homme lui coupe la parole, elle se la laisse couper. Moi je reprends la parole pour faire taire l’autre. La femme est plus dans la suggestion, la proposition et l’homme est plus dans l’assertivité parce qu’il a été éduqué comme ça. J’en étais consciente très tôt, dans l’adolescence c’était très axé sur la révolte et je me souviens avoir reçu ce dictionnaire Larousse à peut-être onze ans et la définition de femme, c’était : « compagne de l’homme » Pour moi c’est très choquant. Et c’était dans les années 70. Jusqu’à y’a trente ans, une femme ne pouvait pas travailler, prendre la pilule sans l’accord de son mari.

Y’a beaucoup d’acquis, et c’est merveilleux. La contraception, c’est une responsabilité mais c’est un acquis extraordinaire et pouvoir travailler, suivre une éducation - même si y’aurait beaucoup à dire - avoir son compte en banque, pouvoir acheter une propriété, une voiture, je l’ai toujours ressenti comme une chance parce que c’est récent et encore fragile. Les femmes peuvent s’appuyer sur des lois mais c’est loin d’être suffisant, de par la maternité tout simplement, mais j’ai la chance d’avoir un père - de mes enfants, bien sûr - très présent, qui participe, qui prend de lui-même certaines responsabilités, donc le problème ne se pose pas vraiment. Je me suis battue plutôt au niveau de mes relations ou des échanges avec des amis, pour démontrer qu’y faut continuer à se battre pour avoir certains droits et qu’ils soient mis en oeuvre et dans sa vie personnelle, être vigilante. Par rapport à la participation politique, et les femmes sont payées en moyenne 20 % de moins. Moi, à poste égal non, parce que tout est codifié, mais les grades les moins avancés et le temps partiel sont excessivement occupés par des femmes : elles choisissent de ne pas travailler le mercredi pour rester avec leurs enfants. Je connais quelques hommes qui font ça, mais c’est l’exception.

Je devrais faire un gros travail d’introspection pour me dire : « C’était quoi tes rêves ? » D’avoir atténué certaines angoisses, certaines souffrances, oui. Ç’a été un peu freiné mais je suis dans une notion de pyramide : " Ça ne peut que s’améliorer ", ce qui me renvoie à une injustice : peut-être que je serai parfaitement réalisée à 50 ou 60 ans, mais le corps ne suivra pas et c’est très personnel, la relation à la vieillesse, pourtant il faut accepter. Je me teins les cheveux alors, ça reste une forme de séduction, je veux être une femme de quarante ans qu’on dit être une belle femme de 40 ans et pareil pour 50, 60. Et quand je souffre par rapport à l’aspect physique, je le mets de côté : « Tu peux pas y faire grand-chose, tu feras un jour quelque chose ou t’attends simplement de t’y habituer pour que ça soit plus si terrible ? »

J’avais écrit dans mon journal : « J’espère que je serai une belle femme qui aura du succès, un boulot intéressant, un homme bien à ses cotés, de beaux enfants » mais je me rendais compte que pour y arriver, c’est pas évident. Après ils ont été confrontés à la réalité ou par rapport au travail, je tombais dans le truc : « Donne-toi les moyens. » J’avais des rêves d’amour-passion absolu et les quelques fois où je m’y suis retrouvée, c’était pas possible, pas confrontable au réel. Avec Vincent, je me disais : « Je suis dans l’amour raisonnable » mais y’a eu vraiment une dimension amicale et d’égalité, on était en confiance et c’est pas un amour-passion mais c’est un amour profond, un lien qui s’est forgé et je préfère la réalité, elle est beaucoup plus belle et valorisante. Ce rêve d’amour, c’est une illusion. On peut pas vivre dans la passion. D’abord, chimiquement c’est prouvé (rire)… C’est une histoire d’amour, avec les frustrations que ça sous-entend, c’est comme ça.

Si je pouvais retourner en arrière, je travaillerais bien à l’école, j’éviterais de perdre du temps, je m’associerais avec des personnes enrichissantes et pas qui profitent de moi et j’aurais plus investi dans l’intellectuel, la réalisation : j’aurais cherché des informations pour savoir vers quoi me diriger, où je me sentirais accomplie. Je peux pas dire ce que je suis, et ça me dérange beaucoup. J’aurais adoré dire je suis avocate ou journaliste, un métier… C’est un rêve mais ça, c’est se dire que plus tard ce sera mieux, et pas savoir assez savourer le présent et se poser de temps en temps, comme j’arrive pas à me projeter dans un an, mais je suis encore dans mes rêves de plus tard : je me déciderai à prendre soin de ma peau et je serai bien. Des fois ça me déprime mais je fais rien pour le combattre, je me dis : « Peut-être que le plus important, c’est pas de me faire tirer le cou ou mettre de la crème anti-rides mais de m’aimer telle que je suis et ça va pas s’arranger, tu vas attendre 80 balais pour dire t’étais pas mal à 40 ? »

Mes projets ? Apprendre l’allemand, si possible passer mon Cambridge proficiency, faire du sport, arrêter de fumer, mettre ma crème anti-rides tous les jours, me sentir bien, ah ! ça oui, quel projet ! Me dire : « Lâche-toi un peu, y’a pas tout qui va se défaire ! »

Atteindre une forme de sérénité, d’harmonie qui me serait bénéfique et qui serait bénéfique aux autres, c’est mon obsession actuelle. Ces derniers temps, j’étais tellement fatiguée, donc une frustration constante : « Quand je serai reposée, je pourrai me reprendre en main sans que ce soit difficile, j’arriverai à trouver un équilibre. » Je me suis construite dans le contrôle, la contrainte, la rigidité, mais je suis stressée, tendue et je rêverais d’être calme, c’est quelque chose que je mets en avant, et les gens ont de moi l’image d’une femme un peu stressée mais dynamique, combative, ce qui est très gratifiant mais c’est pas nécessairement ce que je veux : quand tu combats, les choses ne te viennent pas avec grâce, sérénité. Mais je ne suis pas prête pour les choses comme la méditation, la détente, m’autoriser à me faire du bien et m’occuper de moi.

Je dirais aux femmes de pas céder de terrain. Être femme, dans le monde en général, c’est une tare : en Asie on a tué, mutilé 100 millions de petites filles. Maintenant qu’ils n’ont plus de femmes, celles qui restent on s’en sert de marchandise, on les partage. En Afrique on est mutilée dans son essence, ça me révolte profondément. Y’a aussi les femmes qu’on bat dans le monde entier, y compris en France donc être conscientes de la chance, mais on a des siècles et des siècles derrière nous. Y’a des lois mais y faut être vigilantes, toujours demander plus, être plus assertives avec leur père pour obtenir les mêmes droits que leur frère, se renseigner sur sa santé, la procréation parce que c’est indispensable et c’est une grosse responsabilité. S’informer sur toutes les possibilités de métiers et se dire : " Je mérite parce que je suis un être humain et j’ai autant de valeur qu’un homme. " À ajouter ? Ben, quand je nous vois toutes les deux, je suis fière d’être une femme.

Propos recueillis par Odile Fourmillier, août 2007.

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