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La revue du témoignage urbain

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La tête de l'emploi

Plus c’est vieux, mieux ça fonctionne !

Le tablier de Vulcain

La Catalogne, invitée d’honneur à la fête Artisans 13, décline son savoir-faire traditionnel à sa cousine méditerranéenne. Au stand de Xavier Marti, le rougeoiement du métal éclaire la silhouette du forgeron : ceinturé du vêtement de cuir, concentré sur son travail, il œuvre « avec amour » à la pièce unique. Quand le feu de l’homme protège le métier, la tenue protège l’homme du feu.


 

Koinai : Pouvez-vous décrire votre tenue de travail ?
C’est un pantalon, il faut qu’il soit en coton parce que comme ça on peut pas se brûler, et en plus un tablier de peau, c’est du porc ; ça nous protège tout le ventre parce que la chaleur, c’est mauvais.

K : La tenue est spécifique à votre métier ?
Oui, c’est très spécifique, on fait que le fer forgé, c’est-à-dire qu’on change le volume et l’état du fer avec le fer et la chaleur.

K : Mettez-vous des gants ?
C’est pas indispensable ; dès fois on les met, dès fois non, mais normalement, on a pas besoin de mettre des gants parce que quand on travaille le fer, y a que la pointe qui est chaude.

K : Avez-vous besoin de chaussures particulières ?
Oui, des chaussures avec la pointe en fer, pour pas te casser les orteils si un morceau de fer tombe.

K : Portez-vous des lunettes de protection ?
On a pas besoin de lunettes, parce que c’est très improbable que quelque chose atteigne les yeux.

K : La tenue est-elle fournie par le patron ?
C’est le patron qui paye, oui. Quand qu’elle est abîmée ou trop vieille, on la jette et on en prend une autre. Mais il faut savoir que plus c’est vieux et mieux ça fonctionne, parce que ça devient dur, il est plus rigide et ça protège plus.

K : Avez-vous des poches ?
Non parce que s’il y a des poches, quelque chose peut tomber dedans, et ça peut nous brûler.

K : Quels sont vos différent outils ?
Il y a des marteaux dont les pointes peuvent être différentes, ça chez nous on appelle ça la peina. Tous les marteaux ont des différentes formes : il y en a qui sont fins, d’autres sont ronds, certains c’est pour taper l’un sur l’autre, c’est-à-dire un premier tient le marteau et l’autre tape dessus, et avec ça tu aplatis complètement les pièces. Après, si on veut travailler de petites dimensions, on utilise différentes pinces et les pinces aussi, elles ont différentes formes. Les tenailles aussi ont différentes formes.

K : Vous arrive-t-il de ne pas porter votre tenue ?
Non, elle est indispensable.

K : Et de changer de tenue au cours de la journée de travail ?
Normalement non, mais on travaille toute la journée avec des pantalons bleus en coton, comme ça quand tu l’enlèves tu restes propre, tandis que si tu travailles comme ça tu te salis beaucoup. Et chaque jour il faut se changer parce que le tissu, il devient noir avec la fumée.

K : Votre comportement change-t-il quand vous portez votre tenue ?
Non, c’est juste qu’on a la tête à ce qu’on est en train de faire, on a la tête qu’à notre travail. La tenue n’a rien à voir, on est tout à fait normal. En tout cas, pour moi, ça ne change rien.

K : Avez-vous une anecdote en rapport avec votre métier ?
On nous a demandé une fois comment tournait le petit ventilateur sous le feu. Et un jour, un mec me dit : « C’est très joli, comment vous faites ? d’où vient le gaz ? » Il a pas compris que c’est avec l’air qu’il y a là-dedans qu’on faisait le feu, il croyait qu’un tuyau portait le gaz jusqu’ici. Le public, en général, il connaît pas et des fois, on te demande des questions impossibles : « Où c’est que ça devient le gaz ? » Il y en a pas, de gaz... C’est de l’air qui est avec une turbine manuelle, le charbon chauffe et tu fais le feu. Et le mec, il me disait : « Mais y a pas le tuyau du gaz, c’est normal ou c’est pas normal ? »

K : Qu’est-ce que le métier d’artisan, pour vous ?
C’est un travail comme un autre, mais on est avant tout basé sur la création. Il faut toujours faire des pièces uniques. L’artisan, c’est quelqu’un qui fait des choses avec les mains et avec le moins de machines possible. Alors, il faut faire des choses originales pour que ce soit pas mécanique ou industriel, parce que quand on en fait cinquante pareilles ça devient une industrie, tu le fais plus rapidement et t’as pas besoin de mettre autant d’amour pour le faire que si tu en fais qu’une !

K : Pensez-vous que ce métier se perd ?
Non mais le problème c’est comme tout, il y a une grande industrie derrière qui fond le même fer que je fais mais industriel, ils sont tous pareils, et les gens qui connaissent pas leur métier, ils disent : « Faire une véranda c’est facile parce que tu mets les tuyaux et les fers et tu soudes c’est fait. » Ça c’est pas de l’artisanat, c’est pas le fer forgé, c’est pas mon métier, parce que n’importe qui peut faire ça. Tandis que le fer forgé comme je le fais à la main, c’est différent. Alors, il y aura toujours quelqu’un qui aimera une véranda, une table, une chaise ou un miroir fait à la main, on aura toujours du travail. Mais si, il y a cent ans en arrière, il restait mille forgerons, maintenant il y en a vingt... Et pourquoi ? Il n’y a pas d’école de métier, vraiment, alors ça devient de plus en plus dur, c’est le père qui montre à ses fils et les fils à leurs fils, ça se passe de génération en génération. Parce que mon grand-père il faisait ça, mon père il faisait ça et moi je fais ça, et ceux qui viennent derrière, ils vont peut-être faire ça. Peut-être, je sais pas.

Propos recueillis par Rose line Fernandez le 25/04/08 ; rédaction : Odile Fourmillier.

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