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La revue du témoignage urbain

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Qu'elle était verte ma colline

La cité Saint-Louis, un îlot dans le quinzième

Discussion à bâtons rompus en compagnie de l’Amicale des locataires de la cité Saint-Louis. Construites à la fin des années 20, les deux cent dix-huit maisons de ce que l’on nomme "La cité Saint-Louis" constituent une entité particulière dans le quinzième arrondissement. Menacée un temps de disparaître en raison de sa vétusté, celle qui a servi de cité d’urgence au lendemain des bombardements de la seconde guerre mondiale est toujours vivante. Pour pallier l’inconfort, les occupants les ont progressivement aménagées en les adaptant aux standards actuels...


 



L’AMICALE ET LE VOISINAGE

Jacky - On s’occupe de l’Amicale des locataires de la Cité Saint-Louis.

Maryse - On s’occupe des maisons ! On s’occupe des travaux à faire auprès du bailleur.

Jacky - Voilà. C’est une amicale, quoi.

Maryse - Mais là, on va changer de logo, parce que vu qu’ils ont mis des maisons en vente, il y a des propriétaires, donc on va faire locataires et accédants. Donc, on est là pour recevoir toutes les doléances des locataires, et nous après, quand on est convoqué pour la gestion avec le bailleur, on dit ce qui va, ce qui va pas. Et il y a quand même un conseiller... c’est lui qui doit tout dire, qui doit tout faire, mais nous on est là pour appuyer ce qu’il a fait... même si c’est pas fait.

Jeanne - Il y a deux cent dix huit logements, ici.

Danielle - C’est des maisons qui ont été construites en 1926, qui ont été finies en 1928. Et cette année-là, les gens ont commencé à arriver. Voyez que, elle est pas jeune, la cité. Elle a été labellisée... On a eu le label du patrimoine. Y a la plaque dehors. Parce que, à un moment donné, le bailleur voulait détruire toutes ces maisons, parce que, censément, ça leur convenait plus. Y avait trop de travaux à faire... Et ils voulaient faire des HLM. Donc on s’est battu tant qu’on a pu. Et on est arrivé à avoir le label. Maintenant y a qu’une chose, c’est qu’ils les ont mis en vente. Alors le locataire, s’il veut rester locataire, il reste locataire, celui qui veut acheter, il achète. Et les maisons vides, que malheureusement, nous, comme ça a été le cas, y a eu beaucoup de décès, beaucoup des gens qui ont été malades, il a fallu les mettre en maison de retraite, tout ça... Donc c’est des maisons vides. Et ils les vendent. Alors, il faut être locataire d’HLM dans d’autres groupes pour pouvoir venir acheter ici. Pour avoir droit à la vente.

Maryse - C’est vrai que c’est un village ancien. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de maisons vides maintenant, parce que vu l’âge des gens...

Jeanne - On se connaît tous. Puis c’est les enfants, les petits enfants qui sont venus vivre ici.

Maryse - Moi, je suis née ici. On est toutes né là.

Jeanne - Nous, on est venu en 1945.

Maguy - On est né là. Voyez, moi je suis née à côté. Et ça fait que du coup, on a fait la continuité.

Josephine - Ce qui fait que la vente nous a un peu embêtées.

Maryse - Avant, c’est vrai que, pour une location... Ma mère est venue dans la cité, elle avait dix ans. Mais moi, je suis née dans cette maison, vous vous rendez compte un peu ? Dans la maison où il y a eu mes grands-parents. Alors ! Autre que c’est vieux ! Il faudrait qu’ils nous les fassent cadeau, les maisons. Surtout que les travaux, ils ont jamais rien fait ! D’ailleurs, on avait pas de sanitaires dans l’appartement, on avait un cabinet turc. Parce que les petites maisons, y a une petite cour derrière, et les toilettes étaient dehors... Alors chacun s’est fait sa salle de bains... Celui qui l’a vue et qui la voit aujourd’hui, ça a plus rien à voir. Même la plus vieille des maisons, que personne a rien fait, y a toujours eu un petit changement.

Jeanne - Parce que c’était une cité d’urgence. À la place de la Bourse y avait des maisons qui s’étaient écroulées, qui étaient vétustes. C’était pour reloger les gens.

Maguy - Ils ont bâti la Cité, en cité d’urgence. Voyez, l’urgence elle dure depuis...

Maryse - ... 84 ans.

Josephine - Nous par exemple, quand on est venu, on habitait à Saint-Lazare. Notre maison a été bombardée pendant la guerre. Donc on avait plus de maison. Et on nous a donné une maison ici. Depuis 1946.

Jacky - C’était beaucoup ouvrier, ici.

Maryse - Il y a beaucoup de familles nombreuses.

Jeanne - Des familles italiennes, espagnoles. Et moitié-moitié, moitié français, moitié espagnol.

Maguy - Parce qu’avant, y avait beaucoup d’usines, là. Y avait des huileries, des savonneries, les tuileries, le sucre Saint-Louis, les abattoirs... beaucoup le port... Y avait beaucoup de dockers... On travaillait aux alentours...

Josephine - C’était international...

Maryse - On s’entendait bien. Y avait beaucoup de travail, avant.


LA VIE DE VILLAGE... MAIS QU’EST- CE QUI CHANGE ?

Maryse - Y a pas eu de changement.

Jeanne - Par rapport à l’emploi, y a beaucoup moins d’emplois maintenant. Y a beaucoup de chômage... dans le quartier, notamment.

Maryse - Y a plus rien. Y a plus d’usines.

Jeanne - Le loyer, c’est ça qui nous fait rester, aussi.

Maryse - Y a eu beaucoup de constructions, depuis. D’ailleurs, y avait que celle-là, de cité. Consolat, c’était qu’une campagne, on n’était que entouré de campagne. Maintenant, vous n’en voyez plus.

Maguy - Ça a commencé par le lycée... Après, ça s’est bâti tout autour... il s’est bâti des grands ensembles.

Maryse - Mais nous, c’est toujours un petit village. Même si on est au milieu des cités, nous c’est la vie de village ici.

Maryse - Ici, y a l’Entraide, la Solidarité, deux fois par semaine. Le loto, tout ça. Y a des sorties, par l’Entraide...

Jeanne - Pour se réunir ensemble, il y a des après-midi dansants.

Maryse - Ça fait qu’on a beaucoup de contacts avec Consolat. Et même, par ce biais, y en a qui viennent de Saint-Henri, de Saint-Louis. Pas tout le temps, mais comme avec la carte vous pouvez aller dans n’importe quel club, alors ça fait qu’il y en a beaucoup qui viennent, pour des sorties, voilà. En principe ici, c’est pour l’Amicale... D’ailleurs, c’est les HLM qui nous ont donné le local. La maison d’à côté, c’était une boucherie et une épicerie. A l’entrée de la Cité, y avait une boulangerie. Maintenant, c’est un appartement.


CÔTÉ COMMERCES ?

Jeanne - On avait tous les commerces, avant. On avait la mercerie là-bas. Y avait un coiffeur, une charcuterie... C’était vraiment un noyau villageois.

Jeanne - Maintenant, y a plus rien !

Maryse - Maintenant, il reste quoi ? Consolat, y a une boulangerie, une rôtisserie, une épicerie, le primeur aussi, et c’est tout. Ce sont les plus proches commerçants ! Sinon, on va à Saint-Louis pour faire nos courses. Avant c’était plus commercial, parce que maintenant y a plus les mêmes commerces, y en a beaucoup qui ont disparu.

Maguy - Beaucoup au profit de banques et assurances.

Jeanne - Là, y a un coiffeur qui a fermé, c’est une mutuelle qui vient d’ouvrir à la place.

Maguy - Ce qu’il y avait, c’est tout des assurances, maintenant.

Josephine - À un moment donné, c’était la grande mode des téléphones portables, y avait plein de magasins de téléphones portables. Et ils ont tous fermé.

Maryse - Et puis n’importe comment, les commerces d’alimentation, tout ça, c’est obligé qu’ils ferment. Parce que beaucoup de gens vont au Grand Littoral. Ils vont d’un côté, de l’autre, ça fait que le petit commerçant, il fait presque plus rien. Le petit commerçant, il est là pour dépanner, c’est tout.

Jeanne - Autrement ici, ils ont toujours travaillé les commerces. Y avaient que eux, et on était toute la population de là, donc ils travaillaient beaucoup.

Maryse - Mais maintenant, les grandes surfaces ont un peu tué tout le reste.

Maguy - Oui ! Tous les petits commerces !

Jeanne - Mais c’est comme partout.

Maguy - Non, ce qui est important quand même, c’est de dire que chez nous, étant donné que c’est une population quand même vieillissante, ça marque plus. Parce que quand même, les gens d’un certain âge, justement ici, elles ont pas de voiture, elles arrivent plus bien à marcher. Et donc ça a plus d’impact, ça les pénalise plus à Consolat que autour. Ici, particulièrement.


CÔTÉ JARDINS ?

Jeanne - Il y a un jardin avec des bancs, nous, on y va tous les après-midi. On va là-bas, au soleil, en haut de la Cité.

Jeanne - Il est bien entretenu. Y a que les soirs d’été... vu qu’il est pas spécifique à la cité, compte tenu qu’il est ouvert, il est fréquenté le soir malheureusement, par des jeunes d’ici ou d’ailleurs.

Maguy - Pourtant, y a des affiches "Interdit".

Jeanne - Nous, tous les après-midi, on y va. Quand c’est l’été, on se met sous les platanes avec les fauteuils, et on lit, on discute... Nous, on est toujours dehors. On est un peu des nomades.

Jeanne - Par contre à la Colline, on n’y va plus. Quand il y a les Journées du Patrimoine, souvent on a fait le tour. Pendant trois ou quatre ans, on a fait la marche, on y est allé à la Favorite, où y avait Monticelli, là-bas...

Maryse - C’est une villa, mais elle est un peu cachée. Monticelli habitait là-bas.

Jeanne - Quand y avait le Patrimoine, on a fait des arrêts là-bas. Y a beaucoup de monde qui sont venus visiter. Et après, alors, on faisait la cité, le parc Consolat, alors là on montait sur la Colline, on faisait tous les chemins.

Maguy - Là-haut, c’est vrai qu’ils ont fait un beau parc. Ça fait une belle balade. Mon mari y va souvent se balader. Ça va jusqu’au port, là-bas. Mais ils ont tout démoli. Ils ont arraché des oliviers, ils arrachent les bancs...

Maryse - Tout ce qu’on leur a mis.

Jeanne - On peut rien garder, voilà.

Maryse - On m’a dit qu’il y a beaucoup de jeunes de Saint-Louis qui passent par là, qu’il y a beaucoup de gens qui passent par cette colline à pieds, à la place de faire le grand tour.

Jeanne - Il reste encore les grottes qu’il y avait avant. Maintenant il y a plus grand monde qui y va, mais nous, petits, étant donné qu’on avait rien, on avait que de la campagne, on jouait tout le temps là, donc les grottes, on y était tout le temps. Y avait les trois collines, en haut, aussi, quand on allait vers Saint-André. C’était une colline où y avait plein de genêts, plein de plantes. On avait que ça pour s’amuser. Maintenant, ça a pas l’air de trop les intéresser. Voyez, la jeunesse, par exemple, le soir, au lieu de venir dans celui-là de jardin, qu’il y a que des bancs... Là-bas, à la Colline, ils ont un grand espace où ils peuvent aller, y a tout... Mais non ! Ils viennent là, c’est près des maisons. Ils embêtent les gens ! Quand on a voulu faire ce jardin, on a fait une pétition, parce qu’on disait : "c’est pas un endroit pour faire un jardin, y a des habitations, tout ça". Ils nous ont pas écoutés. Et maintenant, c’est nous qu’on morfle, parce qu’il faut voir l’été, le matin, quand vous vous levez, c’est Beyrouth.

Maguy - Mon beau-frère, il habite juste à côté. Avant il sortait, maintenant il peut plus sortir, parce qu’ils sont en bande. Il peut plus rien dire. Et on peut pas le fermer, ils grimpent par les grilles !

Josephine - Ils ont cassé la serrure. Ils les ont changé trois ou quatre fois, maintenant ils la change plus.

Maguy - Et si on le supprimait ? On lève tout, ils viendront plus.

Josephine - Maintenant c’est fait, tu peux plus supprimer. Nous, quand on les voit dans la journée, on essaie de leur parler, on leur dit : "Faites attention, quand vous mangez, quand vous buvez..." Y a la poubelle à côté, ils s’en vont, tout est par terre. Alors on leur dit : "Mon Dieu, quand vous passez là, vous avez la poubelle. En plus, c’est un jardin d’enfants, donc les enfants viennent jouer..." "Oui, oui, madame !" Ils nous disent jamais non. On leur dit gentiment, on essaie de leur parler, c’est vrai ! Et je me rappelle, au début, on avait la clef, on fermait le soir. Et c’était pareil, ils grimpaient aux grilles et ils rentraient.

Maguy - Un jour, ils ont craché sur Jacky, parce qu’elle s’occupait de fermer la porte.

Josephine - Alors, qu’est-ce que vous voulez faire dans une situation comme ça ? Elle a rendu la clef, elle a dit : "je m’en occupe plus."

Maguy - Mieux ! Y a quatre arbres ! Quatre petits arbres, jolis comme tout, des micocouliers. Ils en ont tué un. Avec le canif, ils ont enlevé toute l’écorce... Alors que, comme on leur dit : "Ce que vous laissez, ça va être pour vous !"

Jeanne - Mais on peut essayer de leur faire comprendre. Ils te disent toujours "Oui madame, vous avez raison..."

Maryse - Ils sont pas contrariants !

Jeanne - C’est vrai. On y va pas avec agressivité. Mais bon, le problème, il reste entier.
Et puis c’est des jeunes d’un peu partout. Une fois, on a demandé à certains, avec qui on pouvait parler, parce que ils étaient là, à fumer le narguilé. "D’où vous venez, vous ?" "Moi, je suis du Merlan." "Moi, je suis de Saint-Joseph." "Moi, je suis du Canet." C’est-à-dire, ils vont à l’école là, et quand ils ont la pause, ils viennent ici. Ils sont tranquilles, mais quand ils s’en vont, par terre y a les pizzas, les pains, les canettes...

Maryse - Mais y a jamais de portefeuille !


ET DEMAIN, LE QUARTIER ?

Jeanne - On va voir avec les nouveaux propriétaires. On va voir comment on va s’entendre.

Maguy - Je crois pas que ce soit un plus pour nous, parce que les gens qui viennent ici, ils ont juste acheté, ils font pas partie, si on puit dire, du tissu social d’ici. En plus de ça, la cohabitation locataires - propriétaires, ça va pas se faire... Enfin, on verra.

Maryse - Mais les gens, ils sont bêtes d’avoir acheté. Parce qu’ils vont se lever l’âme, payer un crédit...

Jeanne - Mais t’as vu qui c’est qui vient, Maryse ? C’est pas les gens de la cité, c’est ceux qui viennent de dehors, voilà !

Maryse - Mais t’es pas mieux avec un petit loyer ?

Danielle - Au prix où ils vendent les petites maisons, ici... Où tu vas acheter une petite maison seule, un quatre pièces pour 76 000 € ?

Maryse - Mais combien ils vont avoir de travaux à faire ?

Danielle - Mais ils auraient pas pu acheter ailleurs ! Si tu connaissais les prix de l’immobilier...

Maryse - Oui, mais ailleurs tu rentres, tu as rien à faire !

Danielle - Une petite maison qui, ici, vaut, 75 000 €, si tu y rentres sans rien avoir à faire, tu peux la trouver qu’à partir de 200 000 €. Et comment veux-tu qu’un jeune couple qui n’a pas d’argent de côté, il fasse un crédit de 200 000 € ? Qui va prêter 200 000 € à des gens qui gagnent 1000 € ?

Jeanne - Sûrement personne.

Maryse - Personne leur prêtera ! Voilà.

Jeanne - Enfin, nous ce qui nous inquiète le plus, c’est que les relations vont changer entre les locataires et les propriétaires. Même avec des gens qui étaient déjà là. Ils vont dire : "Je suis propriétaire !". Moi, si il me dit ça, je lui dis : "Et alors ? Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse que tu es propriétaire ? Moi je suis locataire et je suis comme toi. Voilà !" Moi, si jamais je l’achetais, je me verrai pas plus haut que celle qui l’a pas acheté. Et puis, je sais pas si c’est vrai, mais paraît-il qu’une nouvelle propriétaire avait jeté un objet encombrant à la poubelle. Le concierge lui a dit : "Oh, mais il faut pas mettre ça ici, faut le mener là bas." Elle lui a répondu : "Moi je fais ce que je veux, je suis propriétaire !"

En choeur - Oh !

Maryse - Mais vous savez à Saint-Just, c’était les mêmes maisons que nous. Ça a été les premières qui ont été mises en vente - c’était des cités-jardin. Eh ben, y a eu des disputes et des disputes... Des gens qui étaient amis, qui étaient voisins, qui étaient parrains, marraines de l’un, de l’autre, qui étaient presque des frères, en sont venus à ne plus se parler. Plus du tout. A cause de la vente. Bon, après quinze, seize ans ça s’est calmé. Mais bon... J’ai eu des retombés de cette histoire jusque dans les Alpes. L’année passée, un garçon qui habitait la cité quand il était tout petit et qui maintenant est mon voisin dans les Alpes, me dit : "Alors, on vous les vend, les maisons dans la cité ? Eh ben, si ça fait comme à Saint-Just ! Ma tante, il a fallu qu’elle parte, parce que, presque à se battre avec le fusil !"

Jeanne - Faut essayer de pas en arriver là, quand même.

Maryse - Oui, mais ça peut pas être bien. Il y a eu des maisons vides qu’on a attribuées, donc ils sont devenus locataires. C’est des jeunes. Ils se sont pas intégrés avec nous. Et pourtant, des fois, c’est des enfants de la même famille. On demande à ce que... Rien, rien. Y a pas le contact, comme on avait nous ! Ils communiquent pas. C’est pas la même chose. Nous on fait des fêtes, on essaie d’attirer les jeunes... Vous les voyez pas. On se décarcasse, mais ils viennent pas. Quand on fait des réunions, qui est-ce qu’il y a ? Toujours les mêmes. Et après, ils vous disent : "On fait rien."

Jeanne - Ils ont une vie actuelle, ils travaillent. Quand ils arrivent chez eux le soir, ils s’occupent des enfants. La vie, c’est pas la même que les gens qui sont à la retraite.

Maryse - Mais avant, on travaillait nous aussi.

Jacqueline - Mais la vie, c’est pas la même. Moi j’ai connu la cité où tout le monde était devant les portes. Maintenant, j’irai pas taper chez mon voisin et lui demander "Hervé, t’as pas un peu du lait ?" Pourtant je le connais, mais je le ferais pas.

Maryse - Ça se fait plus !

Jacqueline - J’irai le faire à une vieille !

Maguy - Ce qui a beaucoup tué tout ça, c’est la télévision ! Parce que nous, on était tout le temps dehors. On mettait les chaises dehors. Les enfants, ils venaient jouer, les parents discutaient.

Jeanne - On était que des familles nombreuses, donc y avait beaucoup d’enfants.

Maryse - Et puis, les petits, maintenant, vous les voyez devant l’ordinateur. Nous, avec les pignons de cerise, on jouait aux billes.

Jeanne - Mais c’est plus la même vie. Le soir, toute l’avenue était pleine de monde, jusqu’à onze heures et demi, minuit.

Maguy - Là, tu restes dehors, tu te fais massacrer. A sept heures du soir tu rentres, maintenant.

Maryse - Plus jeune, je disais : "Qu’est-ce qu’elles ont, ces vieilles ? Toujours elles rouspètent !" Et maintenant je me dis : "Oh ma collègue ! Tu fais comme elles !"

Danielle - Avant, c’était moins voyant, parce que vous étiez tous dehors. Alors que maintenant, y en a que quelques-uns dehors.


DES SOUHAITS POUR LE QUARTIER ?

Maryse - Qu’on soit pas délaissé.

Danielle - C’est vrai que, depuis quelques années, on le fait revivre, ce quartier, parce qu’avant il vivait, il était connu...

Maryse - Y avait une identité forte, mais de banditisme ! Le Panier, c’était renommé. Eh ben, ici, c’était pareil. Moins que le Panier, quand même. Mais enfin, nous avons eu beaucoup de vedettes...

Jeanne - Mais malgré tout, ces vedettes-là, elles étaient droites pour protéger. Quand on allait danser, ils nous raccompagnaient le soir.

Maryse - Quand même, ils étaient de la cité. Bon, maintenant, on est renommé par notre livre, par notre histoire...

Maguy - Et c’est pas pareil !

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