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La revue du témoignage urbain

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Qu'elle était verte ma colline

Arènes ou l’art de la concertation

Au coeur des quartiers nord, un parc, "la Colline", délaissé. Une volonté, celle des habitants et des associations locales de se le réapproprier. Diagnostic partagé, tchatchades, cartographies participatives, ateliers citoyens, un processus de concertation est lancé. C’est l’association Arènes dont la géographe Karine Besse se fait ici le porte-parole, qui mène le projet "Vivre ensemble la Colline", pour un parc réhabilité, au goût des riverains.


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Koinai - Pouvez-vous nous présenter Arènes ?

Karine Besse - Arènes est une structure dont l’objet social est de faire avancer et de développer la démocratie locale, et de mettre en oeuvre, d’évaluer, d’élaborer des processus de concertation, avec et en appui à différents acteurs. Ces acteurs-là, peuvent être très variés, ça peut être des institutions, des communes, des communautés de communes, des pays. On vient même en appui des conseils régionaux, des conseils généraux, pour la mise en place de processus participatifs pour le réaménagement d’un espace publique. Mais on intervient aussi dans l’appui à des structures locales, type associatifs, type centre social, par exemple des associations de locataires et là, on se pose plus sur le territoire de la région PACA, et plus précisément à Marseille ces derniers temps.

K. - Comment cela s’est-il passé sur le projet de réaménagement du Parc du Belvédère Séon ?

K B. - Dans le cas des Musardises, donc du centre social les Musardises, et du quartier Consolat-Mirabeau, dans ce cadre-là, on a été appelé par le centre social, et par le CUCS du Littoral-Séon, pour mettre en place un processus participatif, donc une concertation avec les habitants, sur la thématique de la réappropriation par les habitants, du "parc du Belvédère Séon tranche sud".

K. - C’est le nom officiel ?

K B. - Voilà. C’est le nom officiel qui n’est pas très sympa, donc tous les habitants l’appellent "La Colline".

K. - Qui a pris l’initiative de vous contacter ?

K B. - Alors à l’initiative du projet, il y a le conseil de maison du centre social. C’est une sorte de Conseil d’Administration du centre social, au sein duquel se retrouve des habitants, des associatifs, bien sûr la directrice du centre social et quelques salariés du centre. C’est lors d’une de ces réunions du conseil de maison, début 2008, qu’une demande s’est exprimée de la part de certains habitants en présence : "Il faudrait qu’on puisse se réapproprier ce parc." Ce parc qui a quand même été réaménagé en 2003 une première fois, et en 2006 une seconde fois, donc par deux tranches, avec plusieurs millions qui ont été octroyés et notamment pour le rachat d’une partie du terrain à une copropriété, afin de pouvoir avoir un ensemble assez vaste. Donc tout ce parc qui fait quand même neuf hectares, appartient entièrement à la ville de Marseille.

Le problème de ce parc c’est qu’il est complètement en pente, c’est la topographie des lieux. C’est une des contraintes principales du parc. La ville de Marseille l’a réaménagé, a mis de l’argent, c’est un élu qui a appuyé le réaménagement de ce parc, le CIQ aussi a beaucoup appuyé. Et au final, le constat des habitants en présence, c’est que depuis quatre, cinq ans, sur ce parc, il ne se passe pas grand chose. Tous les équipements ont été dégradés très rapidement, les équipements qui avaient été faits en béton en plus. J’ai envie de dire, bon au moins on les fait en béton, les gens de la cité ne viendront pas dégrader, mais si justement. C’est presque un défi qui leur a été lancé. Et au final, la fontaine a été dégradée. Ils ont coupé pas mal d’arbres, quand ils ont réaménagé, ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a très peu d’ombre sur cette colline, les équipements sont dégradés, il y a des départs de feu très réguliers, tous les étés.

K. - Tout ce qui avait été fait avant, ce n’était pas en concertation avec les habitants ?

K B. - Pourtant si, il y a eu une concertation. "Les Parcs et Jardins" ont mené une concertation sur le territoire, pour faire ce réaménagement en 2003 et 2006. Et je pense en plus, en toute bonne foi. Dire qu’il y avait beaucoup d’habitants, je ne sais pas vraiment, mais en tout cas les associations étaient présentes, le CIQ aussi. Les "Parcs et Jardins"sont revenus avec la demande de certains et ont modifié les plans, suite à ces temps de concertation, je pense que ça a dû se dérouler en réunion publique. Donc il y a quand même eu quelque chose de concerté, une certaine ouverture à un moment donné.

K. - Comment s’est mis en place le projet avec vous ?

K B. - On a donc été chargé, par le centre social et le CUCS, d’organiser la concertation avec les habitants sur la réappropriation de ce parc. On applique notre méthodologie, mais en s’adaptant complètement au quartier, aux acteurs, aux dynamiques locales. On réalise un diagnostic partagé dans un premier temps, à travers plusieurs types d’actions, comme les "Tchatchades" qui sont plutôt de l’ordre du débat public, des ateliers de travail avec les habitants, avec de la cartographie participative, qui permet à chacun d’exprimer ses pratiques sur le territoire, les zones qui posent soucis, les zones dans lesquelles il aime se retrouver, les endroits de convivialités.

Après, on a fait des diffusions de films sur la Colline, avec débat, sur le devenir de ce parc. Puis tout récemment des entretiens un peu plus normés. Et tout ceci va constituer un diagnostic partagé un peu hybride certes, mais je pense qu’il sera assez complet. Pour après, suivant la méthodologie que nous employons, organiser une réunion publique, pour poser publiquement ce diagnostic, le partager avec les institutions, les élus, et interpeller l’élu sur "aujourd’hui qu’est-ce qu’on fait ?" Il y a un certain nombre de dynamiques qui sont en train de naître sur le quartier pour la réappropriation de cet espace-là, et donc "Qu’est-ce qu’on fait ?", "Qu’est-ce qu’on peut faire avec vous ?" ou "Qu’est-ce que vous, vous pouvez faire avec nous ?" "Qu’est-ce que vous ne voulez pas faire avec nous ?" Publiciser cette parole-là, et ces échanges, entre les institutions et les habitants, les associations, notamment le CIQ qui est assez remonté sur la gestion de ce parc, qui pour eux, est vraiment déplorable. Leur question c’est : "Pourquoi dans les quartiers sud, les parcs sont très bien aménagés, ils sont magnifiques et pourquoi dans les quartiers nord on laisse les parcs à l’abandon ?!" L’idée c’est de mettre tout ça en dialogue, sortir de l’état de non-dialogue, comme jusqu’à présent où vraiment il n’y a pas grand chose qui avance.

K. - Aujourd’hui, où en est le projet ? Arrivez-vous au terme ?

K B. - Ah non, non. Il y a encore du pain sur la planche. Il y a la phase diagnostic participatif qui se termine, et là on va passer au gros enjeu. C’est de pouvoir organiser une réunion publique comme je disais tout à l’heure. Ça va être le moment pivot cette réunion publique, qui doit nous permettre d’énoncer un certain nombre d’enjeux sur ce parc, et à partir de ces enjeux-là, sur des pistes d’actions. Derrière cette réunion publique, l’idée c’est d’organiser un certain nombres d’ateliers avec les habitants volontaires. C’est pour cela qu’il est très important de mobiliser un maximum de personnes pour la réunion publique et faire un gros travail de porte à porte dans le quartier en amont. Ainsi les habitants volontaires participeront aux ateliers d’actions qui vont être menés derrière. Ça va pouvoir être un atelier aménagement, un atelier gestion sécurité, un atelier animation du parc...

K. - Et là, Arènes reste en appui ?

K B. - Oui, complètement, avec le centre social. Là, c’est ça se passera au coeur du centre social, et effectivement c’est nous qui animerons ces ateliers de travail. L’idée c’est vraiment d’arriver à dégager des pistes d’actions claires, et aussi de les confronter à la réalité "est-ce que cette action, elle est réalisable là, et comment ?", et de travailler ça, avec les habitants. C’est aussi de l’apprentissage pour tout le monde. "Moi, j’ai envie qu’il y ait ça, est-ce que c’est possible ? Est-ce qu’on a l’autorisation ? Est-ce qu’on arrive à dégager des financements ? Est-ce que la ville de Marseille, à un moment donné, met la main au porte-monnaie pour développer ci et ça ?" Après ce temps d’ateliers. Il y aura un autre moment, un autre temps collectif où on va présenter ces actions qui auront été travaillées. Il va falloir à ce moment-là faire un choix, prioriser ces actions, choisir une ou deux actions qu’on souhaite mener. Et à ce moment-là ces actions se mettront en place, là nous espérons, sans nous. L’idée c’est que ces actions soient prises en main par une association locale, prise en main par le centre social, par un certain nombre d’acteurs. Par rapport à la mise en oeuvre très concrète, on estime qu’on est plus dans notre rôle. Le principe, c’est de transmettre en fait, "l’art de la concertation", et de s’arrêter là. Parce qu’il y a beaucoup de travail à faire ailleurs...

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