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La revue du témoignage urbain

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La Viste de bas en haut

Le goût de La "Vi"ste

Une épicerie au coeur des cités

Satisfait de son quartier, l’épicier de La Viste voudrait tout de même voir la ville s’investir un peu plus dans l’aménagement urbain et notamment dans les équipements sportifs locaux, histoire que les jeunes en manque de strusture soient "moins en galère". Le projet de réhabilitation du Parc d’Hanoi en jardin partagé l’intéresse et il y croit ! Il serait lui même prêt à se lancer dans l’aventure en prêtant sa main à toutes les bonnes volontés.


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K. - Est-ce que vous pouvez commencer par vous présenter ?

Bouallem Idri - Moi, je m’appelle Idri Bouallem, ça fait treize ans que je suis ici, en tant que vendeur.

K. - Vous êtes originaire de Marseille ?

B I. - Oui.

K. - Vous habitez le quartier ?

B I. - Non, j’ai habité à La Castellane pendant vingt ans, après mes parents ont habité en face de Continent. Et moi, j’habite à Saint-Louis.

K. - Quand vous êtes arrivé sur le quartier, quelle impression en vous avez eu ?

B I. - C’est une cité tranquille, c’est vraiment une bonne cité. A part deux ou trois qui font le bordel, mais bon, c’est pas... C’est une bonne cité, c’est calme, tranquille.

K. - Est-ce qu’il y a une évolution depuis ces dernières années, certaines choses ont-t-elles changé ?

B I. - Des choses qui ont changé ? Les jeunes grandissent, ils veulent du travail, ils veulent... Comme tout le monde, sinon, non, c’est toujours pareil.

K. - Vos clients sont de tout La Viste ? Du 38, du 74, du Plateau ?

B I. - Non, non, c’est plus le 38. Après, il y a beaucoup de passage, y’a le Centre Social, les gens qui amènent leurs gamins au Centre Social. C’est plus du passage, que des gens d’ici, de La Viste. Y’en a un peu d’en-haut, du Plateau, qui descendent, des mémés. Y’a le Loto, alors elles passent, parce qu’elles disent que je suis gentil.

K. - En quelques mots, comment vous décririez le quartier ?

B I. - C’est une bonne cité, comparée aux autres, il y a vraiment rien à dire. Calme, il y a une bonne ambiance.

K. - Il y a une bonne entente entre les habitants ?

B I. - Oui, il y a une bonne entente.

K. - Qu’est-ce que vous aimez particulièrement dans ce quartier ?

B I. - Tout, parce que c’est pas comme les autres quartiers. Ici, les personnes âgées sont avec les jeunes.

K. - Et sinon, est-ce qu’il y a des choses que vous aimeriez voir changer ?

B I. - Un peu plus de trucs pour les jeunes.

K. - Plus d’activités ?

B I. - Plus d’équipements que d’activités. Les activités, y’a le Centre Social qui s’implante, mais il faut un peu plus d’équipements, parce qu’ils galèrent. Même si ils ont fait le stade, ils galèrent.

K. - Ça ne suffit pas ?

B I. - Non non, ça suffit pas. Comparé à ailleurs où ils ont beaucoup de choses, ici, ils leur ont fait un stade et après le reste, débrouillez-vous.

K. - Ça manque ?

B I. - Ça manque beaucoup. Parce que le stade, bon c’est beau, mais ils aimeraient bien jouer la nuit, surtout l’été.

K. - Et ce n’est pas éclairé ?

B I. - Non, c’est pas éclairé, seulement jusqu’à vingt heures.

K. - Donc ils s’ennuient... Est-ce qu’il y a déjà eu des demandes à la Ville, aux élus ?

B I. - La Ville, la Vllle... Elle est belle la Ville, mais qui va répondre à la ville ? Gaudin ? Qu’est-ce qu’il s’en fout lui ? Gaudin il est dans son bureau là-bas, et il s’en fout. A qui ils vont demander ? Les élus, ils sont là rien que pour les élections, après on les voit même plus, y’a personne d’autre.

K. - Vous avez l’impression d’être délaissés ?

B I. - De toute façon dans les quartiers nord on est délaissé ! Dans les quartiers sud, ils ont tout, eux. Et l’argent... où ils prennent l’argent ? Ils le prennent dans les quartiers nord. Ils ont plus de structures là-bas, qu’ici. Nous, on en a plus besoin qu’eux. Mais bon, ils s’en foutent.

K. - A propos du Parc d’Hanoï, est-ce que vous le connaissez ?

B I. - Je connais l’endroit.

K. - Vous y êtes déjà allé ?

B I. - Oui, parce que j’ai un collègue qui habite là-bas, à côté. Il y a une résidence, des villas, il habite là-bas. Bon, j’ai été chez lui, mais je suis pas vraiment allé au parc. Ça c’est une bonne chose, au moins on a quelque chose pour nous.

K. - Que pensez-vous du projet de réhabilitation de ce parc en jardin partagé ?

B I. - Ce projet est bien, mais il faut que tout le monde s’y mette. C’est à dire, pas qu’une seule partie de la population de La Viste. Il faut qu’il y ait vraiment tout le monde, les européens, les maghrébins, les africains. Il faut que vraiment tout le monde s’y mette. Si c’est qu’une seule partie... ou les maghrébins ou les européens, ils viennent pas, ça sert à rien. Parce qu’après ça veut dire "Pourquoi eux, ils ont ? Et nous, on n’a pas ?"

K. - Cela peut faire des jalousies ?

B I. - Faut que tout le monde y participe. Le projet va être beau, mais faut que tout le monde y participe.

K. - Et en voyant ce parc, est-ce que vous avez envie qu’il y ait des aménagements, qu’il y ait des choses qui soient faites ? Des équipements, des bancs... ?

B I. - Non, ça fait trop loin. Les gens vont pas monter jusqu’en haut pour jouer à la balançoire ou faire un pique-nique, non. Faire un jardin, oui. Une fois ou deux par semaine, ça fait une petite sortie.

K. - Vous pensez que ça peut être une occasion pour que les gens se fréquentent plus, se mélangent ?

B I. - Ils se fréquentent, mais c’est pas tout le monde.

K. - A propos des gens qui pourraient être motivés et concernés par le projet, est-ce que vous pensez que ça peut être justement une occasion de rencontre ?

B I. - Le 74, ils descendent pas ici. A part le Loto, ils viennent pas, il y a pas de contact. Ça m’étonnerait qu’avec le projet qu’il va y avoir maintenant, que les gens d’en haut vont venir, ça m’étonnerait. Parce que ça fait un peu loin, vraiment, ça m’étonnerait. Ils se voient qu’au Loto, après, le reste... Le Loto et leurs sorties avec le Car, sinon, ils se voient pas. C’est malheureux, mais bon.

K. - Sinon, sur le projet de jardin partagé, ça peut intéresser des gens... ?

B I. - Le projet en lui-même, ça intéresse toujours, après, il faut voir la suite. Est-ce que ça va marcher ou pas ? Normalement, ça devrait marcher.

K. - Vous pensez qu’il pourrait y avoir des difficultés ?

B I. - Non, ça m’étonnerait, non. Si chacun a son petit morceau, non. Après, Mounir le directeur du centre social, comme c’est lui qui est à l’origine du projet, il sera là pour gérer. Il faut faire une liste des gens qui vont s’inscrire, faire le partage du terrain, s’engager pour que chacun tienne sa promesse. Oui, pourquoi pas et faire une réunion toutes les années, ou tous les cinq, six mois. Comme ça tout le monde y participe, chacun a son petit morceau de terrain. Ça serait un bon truc, c’est bon pour les fêtes de quartier, on pourra les faire en haut. Un jardin où les enfants vont jouer, faire une piscine, avec un jet d’eau. C’est une bonne idée.

K. - Ça peut faire connaître le parc. S’il y a des gens qui ne connaissent pas trop cet endroit ?

B I. - Ils connaissent, tout le monde connaît.

K. - Il y en a qui n’y sont jamais allés.

B I. - Oui, parce qu’ils sortent pas de chez eux, les personnes âgées.

K. - Pas seulement.

B I. - Mais parce qu’ils sortent pas de chez eux, c’est pour ça. Ils sortent plus de chez eux, après ils ont peur ou... Non, ce serait bien, nous on est là pour que ça marche. De toute façon, je donnerai un coup de main à Mounir.

K. - Vous seriez partant ?

B I. - Ah, moi je suis toujours partant. Pour des bonnes choses, je suis toujours partant, on essaye. Mais je serais là pour lui donner un coup de main. Comme ça qu’ils ne disent pas que La Viste c’est ceci ou cela.

K. - Parce qu’en fait quand on ne connaît pas La Viste, vous pensez que c’est un quartier qui a mauvaise réputation ?

B I. - Mauvaise réputation, et en même temps, tout le monde veut venir ici, habiter. Il y a que des ghettos, ils disent, mais si il y a des appartements vides, il y a tout le monde qui veut venir ici ! Dans les quartiers nord, surtout dans les quartiers nord. Tout le monde veut venir y vivre. C’est n’importe quoi ! Il y a pas de ghettos, c’est pas vrai ! C’est normal, si vous les agressez, c’est normal qu’ils vous agressent. N’importe qui... C’est logique. Mais sinon La Viste il y a rien de... Non, c’est un quartier tranquille.

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