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La revue du témoignage urbain

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Au hasard des rues

Ça se presse aux ateliers des mots

Ecrivain en terrasse

À Marseille depuis quatre ans, Guillaume Guéraud, 35 ans, écrit des livres pour la jeunesse, publiés pour la plupart aux éditions du Rouergue. La Faites des Mots l’a ainsi invité à participer au débat "Des mots des petits aux mots des grands" et à présenter La Brigade de l’œil, son dernier ouvrage : « Un livre ça se prête, ça se donne, ça s’échange et puis voilà, ça fait parler, ça fait communiquer donc, tant mieux. » Le verbe coloré de l’auteur de romans noirs.


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Ça se presse aux ateliers des mots
 Ça se presse aux ateliers des mots

Koinai : Vous avez quelle formation ?
À la base, j’ai une formation de journaliste. Je travaillais en presse écrite dans différents quotidiens régionaux et je me suis fait tous les journaux, et je me suis fait virer de tous les journaux pour lesquels je travaillais et…

K : Pourquoi vous vous êtes fait virer ?
Heu… parce que j’étais insolent, je faisais le con, enfin, des trucs comme ça. Après je me suis retrouvé au chômage et c’est là que j’ai commencé à écrire des romans, voilà.

K : C’est l’inactivité qui vous a poussé à l’écriture ?
Ouais ouais ouais, exactement.

K : Vous n’écriviez pas, avant ?
Non, j’écrivais des articles, juste, mais écrire des articles c’était chiant, surtout dans les quotidiens régionaux, donc voilà.

K : Quels sont vos thèmes, vos sujets ?
Je sais pas si y’a des thèmes, après c’est des romans noirs, c’est-à-dire des romans ancrés dans une réalité sociale contemporaine plutôt rude. Généralement les personnages principaux y z’ont treize, quatorze, quinze ans, ils luttent avec leurs propres moyens pour essayer de s’en tirer, quoi, sauf que vu que c’est des romans noirs, c’est parcouru d’actions plutôt violentes et ça se termine pas forcément très bien.

K : Pourquoi le roman noir ?
Parce que j’aime ça en tant que lecteur, et après moi j’aime bien raconter les choses violentes en tant qu’auteur, donc, voilà. Ch’ais pas, ça fait partie de ma culture, et de lecteur et de cinéphile et puis parce que le roman noir, c’est une espèce de façon de décrire une réalité sociale qu’on voit jamais à la télévision et même dans les journaux la plupart du temps, ou alors c’est des faits divers, mais les faits divers on a juste le fait, c’est-à-dire on a jamais le temps de faire connaissance avec vraiment les personnages, quoi. Donc le roman c’est une façon, à partir de faits comme ça qu’on peut retrouver dans les faits divers, de décrire la réalité des personnages qui généralement participent à ce genre de faits divers, que ce soit des violences de banlieue ou… enfin, plein de choses. Moi, j’ai un roman qui s’appelle Je mourrai pas gibier, qui est raconté à la première personne par un ado de quinze ans qui, le jour du mariage de son grand frère, prend le fusil de chasse de son père et tire dans le tas ; voilà, ça, fait divers exceptionnel, c’est-à-dire c’est pas un truc qui arrive tous les jours, mais bon, voilà.

K : C’est un exutoire ?
Heu… pour moi ouais, un peu, ouais. Moi je suis pas quelqu’un de violent dans la vie, même pas du tout, mais en même temps raconter des choses violentes, ça me calme vachement, ouais.

K : Ç’a été quoi, votre première écriture ?
Mon premier livre il s’appelle Cité Nique-le-Ciel. C’est inspiré directement, enfin à la base, de mon quartier. Moi, j’ai passé vingt-cinq ans dans une cité de la banlieue de Bordeaux et bon - alors c’était pas une cité qu’on retrouvait dans l’actualité, genre, comme les quartiers Nord de Marseille ou Goussainville à Paris ou Vaulx-en-Velin ou Vénissieux à Lyon mais je crois que finalement, toutes les cités se ressemblent, quoi ; même si y’en a une de temps en temps qui est projetée à la une de l’actualité parce que y’a des violences ou quoi, ouais, toutes les vies des cités se ressemblent. Puis généralement, bon, ça éclate quand c’est violent mais la plupart, dans les cités, même dans les quartiers Nord, le quotidien de la cité c’est pas la violence, quoi, c’est d’abord l’ennui, quoi, c’est l’ennui. En tout cas, moi c’est ce que j’ai vécu dans mon quartier et par contre, pour mon premier livre, j’ai regroupé les événements violents qui ont eu lieu dans mon quartier, voilà, je les ai concentrés comme ça.

K : Donc vous vous inspirez de votre vécu ?
Ouais, pour mes premiers livres oui. Pour les derniers non, pas du tout ; par exemple à propos de Je mourrai pas gibier, je m’inspire pas du tout de mes propres histoires, là, ou ça vient plus du cinéma ou de l’imagination même si à la base, effectivement, y’a toujours un truc qui est ancré dans la réalité puisque c’est des faits divers qui peuvent arriver de temps en temps, voilà.

K : C’est qui, vos références littéraires ?
C’est plutôt dans la littérature américaine, les romans noirs, quoi. Après je me compare pas à eux, loin de là, mais c’est des références parce que c’est des gens qui m’ont inspiré. Ch’ais pas, James Ellroy, bon ça c’est du polar américain plutôt brutal ou après, même, pas que des romans noirs mais des romans, enfin des trucs romanesques, quoi, comme Jim Harrisson ou ch’ais pas, Carson Mc Cullers. Essentiellement la littérature américaine.

K : Ce sont vos auteurs préférés ?
Ouais ouais, avec Steinbeck, Brautigan et puis ado, moi, je lisais des choses pas spécialement violentes à part Steinbeck, j’ai lu genre les classiques qu’on lit à l’adolescence ou même plus tard genre Maupassant, Giono, ça j’ai adoré aussi. Moi, mon écriture est vraiment loin de ça mais c’est des auteurs que j’adore.

K : Vous écrivez comment ?
Heu… j’écris sur papier, je mets au propre à l’ordinateur au fur à mesure. Moi, je vais écrire dans les cafés à Marseille, parce que j’ai besoin… ch’ais pas, qu’y ait des gens autour, c’est pas des gens qui m’inspirent mais j’ai besoin qu’y ait une petite agitation. Donc voilà, je vais dans des cafés au soleil avec ma feuille et mon stylo et j’écris là, et après je rentre chez moi et je mets au propre ce que j’ai écrit. Mais bon, je reste juste une heure ou deux dans un café et après je fais autre chose, quoi.

K : Vous avez une discipline de travail ?
Non, pas vraiment, non. Essentiellement plutôt l’après-midi, pas de règle, quoi. J’écris juste quand j’en ai envie, et y se trouve que plus le temps passe et plus j’en ai envie, donc, ouais, à peu près j’écris tous les après-midi, je dois écrire deux heures en moyenne par jour, c’est tout.

K : Vous avez un souvenir d’enfance lié à l’écriture ?
Non, quand j’étais enfant j’écrivais pas, moi. Enfin, juste les rédactions en français à l’école et puis voilà mais, même si j’aimais bien écrire les rédactions, non, j’ai pas de souvenir ; par exemple j’ai jamais tenu un journal intime ou un truc comme ça, quoi.

K : Et maintenant, vous vous verriez faire autre chose ?
Non non, moi, j’aime ça, donc je continue de faire ça et puis heu… non, non. J’ai pas envie de travailler, moi, de toute façon.

K : C’est un travail, l’écriture…
Ouais mais bon, c’est pas un travail dans le sens commun, quoi, c’est-à-dire, déjà financièrement c’est la galère parce qu’à moins de vendre… Moi jusqu’à l’année dernière j’étais encore au RMI, par exemple. D’ailleurs il faut que je remercie la CAF de Marseille, quoi, parce que j’étais au RMI, ouais, jusqu’à la fin de l’année dernière - enfin, pas tout le temps, mais genre trois mois sur six - et là depuis un an, effectivement je suis plus au RMI parce que bè, l’écriture, ça me rapporte un peu plus mais, bon c’est quand même… Enfin, moi financièrement, pour tout vous dire, je gagne mais largement moins que le SMIG, voilà. Puis les auteurs sont payés une fois par an.

K : Comment ça se passe, pour être publié ? Vous avez démarché beaucoup de maisons d’édition ?
Bè j’avais envoyé mon premier manuscrit par la poste, et heu… Bè j’y connaissais rien en maison d’édition donc j’avais pris des adresses dans les catalogues en librairie, puis j’avais envoyé aux éditeurs les plus classiques en jeunesse genre Le Seuil, L’école des loisirs, Nathan, Bayard et compagnie et tous m’ont dit non - ils répondent mais des réponses bateau, quoi, enfin, des trucs bidons - puis après, le Rouergue a dit oui, voilà, ça a démarré comme ça.

K : Là, vous travaillez sur votre prochain livre ?
Ouais, je suis en train de terminer un petit roman, encore pour ados. J’ai du mal à le terminer, il me reste trois ou quatre chapitres à écrire. C’est encore une histoire assez violente, mais qui démarre très violemment et après, petit à petit, elle devient vachement plus vivante et plus humaine, quoi, vachement plus tranquille et le résultat, je sais pas trop comment la finir. Je réfléchis là-dessus en ce moment.

K : Vous êtes en contact avec d’autres auteurs ?
Non, pas trop, à Marseille je connais pas beaucoup d’auteurs, je connais surtout des illustrateurs. Enfin, là, à l’occasion de La Faites des Mots, j’ai rencontré Georges Foveau, qui est un auteur cent pour cent marseillais d’après ce que j’ai compris. Je connaissais pas et il était au débat aussi, donc ça m’a permis de l’entendre, résultat je vais quand même lire un de ces bouquins, et puis voilà, c’est tout. Sinon, bè y’avait Yasmina Khadra mais que je connais pas, j’ai encore lu aucun de ses livres.

K : Vous avez participé à la mise en place de la manifestation ?
Ouais, je les ai aidés en tant un peu que bénévole, pour monter les stands et tout ça. Je trouve que c’est une équipe vraiment hyper sympa qui fait un bon boulot, quoi : des espèces de passeurs de livres qui vont emmener les livres dans les foyers de sans-papier et tout ça, des lieux où les gens vont pas tout seuls comme ça vers les livres, hein, bien que les bibliothèques soient gratuites et ouvertes à tous, c’est pas des gens qui vont spontanément tout seuls à l’Alcazar, par exemple. Moi j’admire vachement, même les bibliothèques publiques je trouve ça génial : c’est quand même le seul truc, les livres, qui s’échange encore gratuitement, y’a pas autre chose ; c’est dommage, mais bon voilà.

K : Puisqu’on est à La Faites des Mots, quel est votre mot préféré ?
Heu… je sais pas, franchement j’ai pas réfléchi. Je devais écrire une carte pour l’atelier de cartes, justement, et c’est trop compliqué. Je trouve c’est con en plus comme question, parce que bon, ça heu… ou alors ça demande trop de réflexion. Moi je sais pas si j’ai un mot préféré, comme mon livre préféré, je saurais pas le dire, comme mon film préféré, y’en a trop, quoi, donc non, franchement je sais pas.

K : Vous en pensez quoi de la manifestation, votre feeling ?
Bè j’avais peur parce que franchement, vu comment on a bricolé toute la semaine pour essayer d’organiser le truc, je pensais que ç’allait pas être terrible et puis finalement c’est super bien, parce que y’a plein de monde aux ateliers, ça fonctionne hyper bien. En plus il fait beau et tout, ouais, y’a plein d’activités à faire pour les jeunes, même pour les grands, voilà.

Propos recueillis par Odile Fourmillier le 22/09/07 ; image : Patrick Chiappe.

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