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La revue du témoignage urbain

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Sur la route

Kaléidoscopie des Cités d’Or

De passage dans notre pays, où il met en œuvre ses talents de photographe dans diverses missions (illustration de sites web, concerts, mariages...), J. Rojas, écolo dans l’âme et Colombien de sang, nous décrit l’Ailleurs qu’il a quitté pour une Europe où la culture artistique fait office de terre promise. Récit haut en couleurs d’un Latino-Américain qui trace sa route en dehors des sentiers battus !


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Voir en ligne : Galerie de J. Rojas - Honduras Art

Koinai : Dis-moi où tu es né ?
Je suis né à Bogotá, en Colombie, année 78, voilà, je suis né le 7 juillet.

K : Tu es resté longtemps là-bas ? forêt tropicale, Costa Rica
Non, en fait j’ai pas mal bougé depuis que je suis petit. A l’âge d’un an, j’ai déménagé avec ma famille à Costa Rica, en Amérique Centrale. Mon père a trouvé un travail dans un centre de recherche agricole dans la forêt tropicale dans un endroit qui s’appelle CATIE (Centre Agronomique Tropical de la Recherche et de l’Apprentissage). Voilà, il a trouvé un boulot là-bas, comme chef en charge de l’imprimerie du centre, en charge d’organiser et d’éditer tous les documents du centre. Je suis arrivé à l’âge d’un an ; on a vécu là-bas pendant huit ans au total.

K : C’était comment, de grandir là-bas ?
C’était génial. Parce qu’on était à deux heures de la capitale, pas loin d’un petit village. Même si c’était dans la forêt, on avait toutes les choses dont on peut avoir besoin comme ici dans la ville. Dans le centre, il y avait une petite école aussi pour les fils des chercheurs, des professeurs, des autres personnes comme mon père...

K : ...pour les enfants des employés.
Exactement. Il y avait quand même une piscine, je me rappelle. Et en plus, il y avait beaucoup d’espaces ouverts pour les enfants comme moi, pour jouer. On avait beaucoup de liberté. C’était un endroit très calme, très sûr... Mes parents pouvaient me laisser sortir n’importe où, ils savaient que rien ne pouvait m’arriver.
Et en même temps, c’était un endroit très sain, loin des endroits avec de la pollution, avec beaucoup de nature partout. Je pense que c’était un excellent endroit pour grandir.

K : La forêt tropicale, tu me disais ? Y a quoi comme animaux dans une forêt tropicale ?
Il y avait pas mal de serpents. Je me rappelle d’avoir vu une fois un paresseux (oso perezoso), ces ours qui montent, qui grimpent dans les arbres, qui sont hyper lents. Beaucoup de petits insectes aussi, j’ai vu pas mal paresseux des insectes bien grands... en même temps j’étais petit ! Mais des tarentules, des scorpions, des choses comme ça... Je me rappelle que quelqu’un a capturé une fois un jaguar, dans la forêt. En même temps, il y avait une espèce de calanque au milieu de la forêt, il y avait une manière de descendre, et en bas il y avait une rivière énorme où maintenant, actuellement, il y a des tours-opérateurs qui font du rafting. Voilà, on était un groupe, je me souviens plus de combien d’enfants mais on était nombreux, assez nombreux. On avait tous des vélos pour nous déplacer.

K : T’étais copains avec les enfants des autres employés ?
Exactement. On était tous des copains. Et en plus on était des élèves dans la petite école, c’était une école primaire.

K : Tu es resté huit ans, donc... Et après ?
Oui. Je me rappelle que ma dernière année, c’était la troisième année de primaire, je sais pas si c’est similaire ici. Et dans ce moment-là, le contrat de Bogotá, capitale de Colombie mon père a été fini ou n’a pas été renouvelé... je pense qu’il y a eu un problème de budget au niveau du centre. On a été obligés de retourner en Colombie, à Bogotá. On est arrivés à la fin de l’année 86, si je ne me trompe pas. Et, bien sûr, c’était un changement énorme... Bogotá, c’est une ville énorme, elle est plus grande que Paris, il y a 9 millions d’habitants, 10 millions d’habitants aujourd’hui. Le bruit, la pollution... Particulièrement le bruit, c’est une chose qui m’a choqué, je me rappelle très bien.
On est arrivés chez mes grands-parents (du côté de ma mère). On avait un appartement qu’on a loué quand on est partis de Colombie et quand on est rentrés, il y avait encore des gens qui habitaient là-bas. On a dû attendre 6 mois, le temps qu’ils partent et qu’on répare l’appartement, qu’on remette une couche de peinture. On a vécu quelques mois chez mes grands-parents. J’ai bien aimé... Je me rappelle des choses, je jouais aux échecs avec mon grand-père. J’ai jamais gagné, c’est une des frustrations les plus grandes de ma vie, parce que maintenant il nous a laissé, ça fait déjà vingt ans... Ils avaient un jardin très sympa, avec des fleurs que ma grand-mère prenait son temps, pour avoir un beau jardin.
J’ai un petit frère qui a peut-être 5 ans de moins que moi. On n’avait pas la même liberté qu’à Costa Rica... Si on sortait c’était pour aller dans un parc qui n’était pas très grand, pas loin de chez mes grands-parents, et peut-être avec ma mère ou mon père, ou avec un adulte. Parce que bien sûr, c’était pas la même chose que là-bas ! Après 5-6 mois on a déménagé, dans notre appartement, un petit appartement à côté d’une avenue énorme ; on peut dire un mélange entre l’avenue du Prado, le cours Lieutaud et Sakakini, tout autoroute Nord et l´avenue 100...presqu´en face de chez moi à Bogotá compris dans la même avenue. Il y avait des bus, des taxis même à trois heures du matin. Même si on habitait au 5ème étage, c’était horrible. On avait du double-vitrage, mais quand même le bruit était infernal. Moi, j’étais totalement habitué d’avoir un silence complet pendant la nuit, ou juste le bruit des oiseaux et des insectes.

K : Vous êtes restés combien de temps à Bogotà ?
On est restés deux ans et demi, trois ans maximum. La situation économique en Colombie n’était pas terrible. C’était pas facile de trouver un emploi. Mon père, il a pas réussi. Ma mère, par contre, elle était prof, professeur dans une école, dans le cours préparatoire, et en plus c’était la même école que la mienne... C’était pas exactement génial de sortir pendant la pause et de retrouver ma mère par là, alors je faisais attention à ne pas faire de bêtises, bien sûr.
Dans les écoles bilingues les années là-bas sont comme ici, elles commencent en septembre (les années scolaires) et terminent en juin, mai/juin. Et comme moi je suis arrivé en décembre, je pouvais pas rentrer directement à l’école pour continuer mes études... J’ai terminé la troisième année de primaire au Costa Rica. J’étais obligé de rentrer en quatrième année. Ça suppose que... Attends.
Pour le dire d’une autre manière, j’ai pas réussi à continuer la quatrième année. Mais en même temps, mes parents pensaient que la qualité de l’enseignement était meilleure en Colombie qu’au Costa Rica, alors ils ont décidé de me faire répéter la 3ème année... Redoubler, voilà. Et en plus comme je suis arrivé au milieu de l’année, je suis rentré dans une école qui commençait les cours en janvier et les terminait en octobre/novembre ; je suis resté là 5-6 mois et après j’ai changé d’école encore une fois, dans l’école où ma mère était prof.
J’ai toujours détesté bouger d’une école à une autre, de re-connaître des collègues encore. J’avais une... c’était pas une phobie, mais une terreur totale d’être obligé de changer. C’était une terreur que je ne peux pas expliquer.
Alors, on est partis. Bon, mon père a fait quelques travaux comme infographiste, comme publiciste en Colombie. Mais bien sûr la situation économique en Colombie n’était pas la meilleure pour nous, et il a commencé à chercher... En plus la situation politique en Colombie à la fin des années 80 n’était pas terrible, par rapport à la situation avec la guérilla, les narcos... C’était l’époque de Pablo Escobar ; il y avait un autre groupe derrière, qui s’appelait le M19, qui a disparu maintenant. Et juste quelques mois avant notre arrivée en Colombie, ce groupe M19 a envahi le palais de justice, je sais pas combien de guerilleros sont entrés là-bas et ils ont pris tous les députés en reprise du palais de justice, centre ville de Bogotá (1985) otages. Ça a duré quelques jours. Finalement, l’armée a décidé de réagir, mais d’une manière totalement disproportionnée. Ils ont amené un tank, un char. Ils ont attaqué le palais de justice sans vraiment savoir s’ils pouvaient tuer des députés ou pas. Et finalement, ça a été un massacre total. Je me rappelle quelques semaines après qu’on est arrivés, avec mon père on est allés au centre-ville, sur la place principale où il y a le palais présidentiel, le palais de justice etc ; je me rappelle très bien de voir la façade du palais, avec une architecture très européenne avec des colonnes romaines. Je me rappelle de voir toute la façade remplie des trous des balles des mitraillettes. Aussi un grand grand trou où le char, le tank, a explosé le mur pendant la reprise du palais. Voilà le souvenir que j’ai.
Finalement, mon père a réussi à trouver un emploi, à Honduras, toujours en Amérique centrale, dans une université d’agriculture panaméricaine. C’était aussi un centre de recherche similaire à celui de Costa Rica. Mais ce n’était pas dans un endroit totalement tropical, c’était plus sec par rapport au climat, à la végétation etc. Et voilà, on est partis, je me rappelle très bien, quelques jours après mon anniversaire, où j’ai fêté mes 10 ans. Mon père était déjà là depuis quelques semaines pour préparer notre arrivée. Et c’était génial de quitter Bogotá, d’arriver là-bas... Je me rappelle, mon père nous attendait à l’aéroport Tegucigalpa, capitale du Honduras à Tegucigalpa, avec une espèce de petit camion pour tous nos bagages. On est allés direct au centre-ville dans un magasin qui vendait des vélos, il nous ont achetés des petits vélos pour chacun, pour ma grande sœur et pour mon petit frère... Et la première chose que j’ai fait au moment d’arriver à l’Université, qui est dans la campagne, c’est de sortir en vélo dans cet espace libre, comme j’avais à Costa Rica. Et c’était une manière de rencontrer aussi les autres enfants des professeurs et employés du centre.

K : Comment es-tu arrivé en France, et pourquoi ?
Ah... Comment dire ? C’était par rapport à une histoire du cœur. J’ai rencontré une Marseillaise à Honduras. J’avais pas mal d’amis français là-bas. C’était il y a huit ans, plus ou moins... La plupart d’eux, c’était des Français qui sont arrivés à Honduras pour faire leur service social, j’imagine pour éviter de faire le service militaire ici, et c’était des très bons amis. Comme moi j’habitais pas à la capitale, Tegucigalpa... J’habitais avec mes parents, au début, bien sûr, il y a huit ans ! Un peu plus, peut-être... Neuf ans ? J’étais à quoi, 60 km de la capitale. Et le week-end quand je sortais, je préférais rester à la capitale, et pas retourner à 3 heures du matin ou je sais pas quelle heure chez mes parents. Comme ça voilà, c’était plus facile.
Après que je les ai connus, je suis resté chez eux, ils avaient une grande maison avec tous les volontaires. Un jour, je suis arrivé là-bas, et cette personne était là. On s’est bien entendus, on était... On a commencé à être des amis, bien sûr, au début. Après six mois, on est devenus un peu plus qu’amis et on a commencé à sortir ensemble. C’était plus ou moins au moment où j’avais terminé mes études à l’université, je commençais à travailler.

K : Tu as fait quoi comme études ?
J’ai étudié... Alors... Je suis ingénieur en sciences de l’environnement. Je pense que le côté environnement m’a intéressé beaucoup, bien sûr, par rapport à mes expériences vécues à Costa Rica, Honduras, dans la campagne, la nature...
Après mes études, j’ai travaillé dans la même université agronomique et agricole où mon père travaillait, et j’ai travaillé là-bas pendant un an et demi. J’étais en charge d’un programme pour faire des échantillons d’eau, et du laboratoire de la qualité de l’eau. J’étais en charge de faire des analyses et aussi de faire les récoltes des échantillons, préparer le programme, voilà. Pendant ce temps, c’était quand j’ai connu les Français... Cette personne aussi.
Après ça, mon contrat s’est terminé. J’ai passé quelques mois à chercher un travail à la capitale. Et la seule chose que j’ai trouvée, c’était pas mal en fait, ville de East End, île d´Utila, Honduras c’était pour travailler dans une ONG écologiste, dans une petite île aux Caraïbes honduriens. L’île s’appelle Utila, elle est très touristique, plutôt pour les “backpackers” (mochileros), comment tu dis les gens qui voyagent... ? Des jeunes personnes qui n’ont pas beaucoup d’argent, et qui voyagent comme ça. J’ai déménagé là-bas, j’ai vécu presque pendant un an là-bas. Quand j’ai décidé de retourner à la capitale ou chez mes parents... parce que je ne gagnais pas beaucoup d’argent, et pour des autres raisons, j’ai décidé de quitter l’île...
A mon retour, on était plus proches, avec elle. J’ai trouvé un autre travail à la capitale. Et voilà, comme elle était là, je l’ai aidée à trouver un travail là-bas aussi. Alors on a décidé d’emménager ensemble. Et on a vécu là-bas, ensemble depuis l’année 2003 jusqu’à l’année 2006, 2007. Dans ce moment-là, son contrat était terminé, elle bossait pour Médecins Sans Frontières. Elle était obligée de retourner ici à Marseille. Et après quelques mois qu’elle est partie, on a commencé à parler de la possibilité pour moi de venir ici. Et finalement j’ai décidé de quitter le Honduras.
Ça faisait longtemps que j’avais cette idée dans la tête, de quitter l’Amérique Latine en général, pas un pays en particulier mais sortir de l’Amérique Latine et aller dans un autre pays, où peut-être j’aurais la chance d’apprendre une nouvelle langue, avoir de nouvelles expériences. J’étais très attiré par l’Europe, pas que la France, mais l’Europe en général, par rapport à son histoire, à la musique, l’accès à l’art... Beaucoup de choses où là-bas, l’accès est un peu plus difficile. Et voilà, c’est pourquoi je suis ici. Je suis arrivé en mai 2007.

K : Quelles ont été tes premières impressions sur le pays, ou sur la ville ?
Bonne question ! En fait, dans l’année 2004, je suis venu ici pendant un mois. C’était à la fin de mon travail à la capitale, avant mon travail dans cette petite île. J’ai travaillé pendant un an et demi à la capitale, et à la fin j’avais économisé suffisamment d’argent pour venir donc je suis venu avec ma copine. Et j’ai adoré, c’est vrai que c’était pendant les vacances, j’étais pas obligé de travailler ou d’être responsable par rapport aux choses du quotidien, bien sûr... J’étais ravi, j’étais impressionné par les constructions qui datent de 1000 ans, 2000 ans. D’autant plus que Marseille a une histoire très ancienne par rapport à la France.
Mais j’étais étonné un peu - maintenant je comprends très bien - mais j’étais étonné que la plupart des gens ici ne se rendent pas compte de l’histoire d’ici. Il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas l’histoire de Marseille ou les sites importants qui nous parlent de la ville. Même pas ma copine, je pense qu’elle n’était pas intéressée par ça alors que moi j’étais à fond pour aller visiter des endroits, même si j’ai fait le touriste... mais c’était ça, j’étais le touriste ici !
J’ai bien aimé le mélange des cultures. J’ai pas imaginé la France au début Marseille, la ville du soleil comme ce que j’ai vu à Marseille... En même temps j’ai pas mal bougé pendant mon temps ici, j’ai été à Paris, je suis allé à Bordeaux, même en Espagne : j’ai été à Santander, parce que ma sœur habitait là-bas pendant quelques années. Je peux dire que j’ai bien aimé, même si j’étais dépendant d’une manière ou d’une autre pour communiquer, bien sûr.

K : Et par rapport à l’ambiance, aux gens... C’est quand même assez différent ici non ? On est, a priori, moins chaleureux, moins tactiles... ?
Oui, au début, je sentais cette distance entre les gens. Là-bas, bien sûr ça existe mais c’est pas exactement la même chose. Je sais pas. Ici, à mon avis, il y a une espèce de... Je sais pas, l’espace personnel de chaque personne est plus grand que là-bas, que pour les gens là-bas. Et je pense que ça m’a beaucoup touché au début. C’est seulement maintenant, après quelques années de vécues ici, que je comprends ou que j’accepte ça dans ma tête. Ils ont besoin d’un peu plus d’espace pour se sentir, je sais pas... en sécurité. Et là-bas, les gens sont un peu plus ouverts sur les autres personnes, et pas que sur les amis, les personnes qui sont proches.
Là-bas, on arrive chez un ami, par exemple... Entre hommes on se fait pas de bise, on se donne la main. C’est un truc un peu machiste. Mais par contre, on se serre dans les bras ; avec les femmes, avec les hommes... C’est un truc très chaleureux. Même si on se connaît pas trop, c’est une manière de se rapprocher aux autres personnes et inconsciemment je pense que ça aide beaucoup, ça te donne une envie de connaître l’autre personne, de savoir un peu plus de l’autre personne, de partager. Peut-être c’est juste une chose inconsciente de mon côté. Et peut-être, depuis que je suis arrivé, au début, comme je sentais pas... Je la sens pas encore, cette proximité avec la plupart des personnes que je connais. Ça m’a bloqué un petit peu par rapport à ce que je peux partager avec les autres personnes.
Même actuellement toujours, par exemple j’étais chez des amis la semaine dernière et il y a une amie de la famille qui est venue chez eux, que je connais ; c’est une femme, voilà, plus âgée que moi. Et au moment que je dis au revoir, je me suis rapproché de mes amis, que je connais depuis longtemps alors ils savent que je peux être parfois très tactile, et je les ai serrés dans mes bras. Et j’ai totalement oublié que cette femme, je la connais pas trop, elle ne me connaît pas trop et j’ai fait la même chose. Et immédiatement j’ai senti comme si elle était un peu en crise, comme si j’étais en train de faire quelque chose de complètement interdit. Je l’ai serrée dans mes bras mais elle est restée comme congelée, immobile, alors ça me met un peu mal à l’aise. Elle aussi je pense qu’elle était un peu mal à l’aise... Voilà, quelquefois j’oublie ça. Je sais pas de quelle manière les gens regardent ça, peut-être c’est juste trop personnel pour une personne qui n’est pas très connue. Et même pour les gens qui se connaissent... Maintenant je comprends, je connais, je tolère. Je m’adapte, voilà.
Une autre chose que j’ai trouvée ici : là-bas je pense qu’on est habitués à être galants, par exemple ouvrir la porte aux femmes, les laisser passer avant les hommes, ou si on va rentrer dans une voiture, aller du côté du copilote et ouvrir la porte, etc ; et pour moi c’est une chose hyper normale, c’est même inconscient. Et ici j’ai trouvé que quand je fais ça, les femmes trouvent ça un peu bizarre, comme si... comme si on était en train de dire une autre chose... Quelqu’un m’a dit qu’ici peut-être, les femmes font un lien entre ça et le machisme. Comme si juste le fait de faire ça, ça voudrait dire que les hommes sont plus forts et que les femmes n’arrivent même pas à ouvrir une porte. Je l’ai jamais pensé comme ça.
Voilà, juste une réflexion de plus !

K : Ça n’a pas été trop dur d’apprendre le Français ?
Si, ça a été hyper dur ! Je pense que c’était une des choses les plus dures de ma vie par rapport au temps que j’ai pris pour l’apprendre, et souvent je suis tombé sur l’idée que j’arriverais jamais à parler la langue. Parfois, j’étais totalement bloqué et je sentais comme si je n’avançais pas. Je me suis posé des questions : "peut-être que je suis trop vieux pour apprendre une langue", "peut-être que j’ai un problème dans mon cerveau par rapport au français" ! En plus avec ma copine, comme on s’est connus au Honduras on parlait espagnol tout le temps... Même si parfois on a fait l’effort pour parler en français. Et voilà, j’ai pas beaucoup pratiqué à la maison au début. Par contre, une chose qui m’a aidé énormément, ça a été quand on a commencé à payer l’internet et la télé. Voir les journaux, les émissions, les programmes comme “Thalassa”, “Faut pas rêver”... Ça, ça m’a aidé beaucoup. Et aussi lire le journal, Courrier International, des choses comme ça. Mais c’était très difficile. Je pense que j’ai pris un an, un an et demi pour me lâcher un petit peu. J’ai perdu beaucoup de confiance sur moi et je pense que ça a été une chose négative par rapport à pratiquer la langue et faire un effort ; c’était dur.

K : Qu’est-ce qui te manque le plus par rapport aux pays dans lesquels tu as vécu ?
Le climat ! Le climat. Il fait beau toute l’année, il fait entre 25 et 30° toute l’année. On a la mer Caraïbes. L’eau est plus chaude qu’ici. Ici, je rentre dans l’eau et 5 minutes après il faut que je sorte parce qu’il fait trop froid ! Là-bas, je suis arrivé à rester quatre, cinq heures dedans sans problème. Voilà, ça c’est une chose qui me manque !

K : Et encore tu es pas trop mal tombé, parce que Marseille, tu as la mer et c’est quand même un des endroits les plus chauds de France !
Tout le monde parle de ça. C’est vrai que pendant l’été, ça m’est arrivé que ça me soit un peu insupportable, la chaleur ici... Mais tout le monde me dit ça, qu’à Marseille il fait beau, que l’eau est magnifique, la mer, etc... Mais... La mer là-bas... C’est vrai en même temps, qu’avant de venir ici, j’avais très envie de vivre dans un pays où on peut sentir les changements de saison. Parce que là-bas, j’étais un peu fatigué de la même chose toute l’année, toute ma vie, depuis ma naissance. Il y a une époque pluvieuse et l’autre époque est sèche, mais la température reste plus ou moins la même. Et j’aime bien ça, c’est vrai, mais les extrêmes sont un peu trop pour moi. L’été ici... L’hiver, particulièrement ce dernier hiver, je pense qu’il m’a bien, bien, touché, c’était pas terrible.
Sinon, quelle autre chose me manque de là-bas ? Ben les gens, mes amis, ma famille. C’est clair que je suis très loin d’eux et c’est pas facile de retourner pour les voir. C’est clair qu’aujourd’hui, on a toutes les technologies, les chats, Skype, e-mails, webcam, etc, mais bien sûr c’est pas la même chose. Ça me fait penser à la question : il y a 30 ans on n’avait encore que les lettres, le courrier pour rester en contact. Je me rappelle quand j’étais à Costa Rica, j’ai écrit une lettre à ma grand-mère en Colombie, et ça mettait trois semaines pour aller en Colombie, juste à côté, et trois semaines de plus pour retourner. Maintenant c’est une question de secondes et on communique ; c’est hallucinant quand on pense à tout ça.

K : Au niveau de la cuisine, quelles différences ? Quels sont les plats typiques ?
De la Colombie, du Honduras, du Costa Rica ? Les plats typiques de là-bas... Les plats en général ils ne sont pas si esthétiques qu’ici. Ici, la cuisine française n’a pas besoin que du goût ni des choses qu’on mange, mais aussi qu’elle soit esthétique, voilà, les couleurs, la combinaison des ingrédients, etc... Là-bas on mange, et on mange ! On n’a pas des entrées ou je sais pas quoi... On a un plat énorme et on peut mélanger tout ce qu’on veut, pratiquement. En Amérique centrale, on mange beaucoup des haricots, rouges ou noirs. On utilise beaucoup le maïs, mais ça c’est dans toute l’Amérique latine. Ça c’est une chose qui m’a étonné en France... J’ai regardé des champs de maïs partout et après j’ai su qu’ici, vous n’utilisez pas ce maïs pour la consommation humaine mais pour les vaches, etc. J’étais hyper étonné parce que là-bas on mange beaucoup de maïs et c’est délicieux. Même comme ça, grillé. Tortillas... On fait de la farine de maïs, et on fait des tortillas. J’imagine qu’ici les gens connaissent la cuisine mexicaine, les burritos, les fajitas, ce type de choses... Bon, les plats typiques de l’Amérique centrale, ça dépend de chaque région. Sur les côtes du Pacifique, Caraïbes, il y a beaucoup de fruits de mer. Il y a la soupe de coquillages, caracol. Les coquillages des Caraïbes sont grands. Du poisson au lait de coco ou soupe de poisson. On utilise beaucoup de lait de coco.
Le Gallo Pinto c’est juste du riz blanc avec des haricots rouges et on fait gallo pinto cuire le riz avec le lait de coco. Toujours le lait de coco... Ça c’est délicieux, et on le trouve presque partout en Amérique centrale. Il y a aussi des choses similaires aux burritos, fajitas, tacos du Mexique mais elles sont un peu différentes. Il y a une chose de Honduras qui s’appelle baleadas qui est en fait une tortilla mais pas de farine de maïs mais de farine de blé avec des haricots rouges mixés, comme une purée d’haricots rouges, et une espèce de crème fraîche, qu’on appelle mantequilla crema, littéralement ça veut dire beurre-crème, ça n’existe pas ici. C’est comme la crème fraîche mais plus liquide. C’est délicieux.
Il y a aussi les tortillas con quesillo. Là-bas, on n’a pas, heureusement, 300 types de fromage comme ici. Il faut dire que beaucoup de fromages que j’ai trouvés ici, j’aime pas trop ou j’aime pas du tout, ils sont trop forts... ils puent. Mais là-bas, on a quelques types de fromage, il y a un type de fromage qui ressemble à la brousse, il s’appelle quesillo ou queso fresco, et c’est plutôt comme la brousse ou comme la feta, un peu salé, délicieux, il pue pas, c’est parfait ! Et on ne sent pas une chaleur quand on l’avale comme les fromages d’ici, qui puent...
Alors Tortillas con quesillo, c’est 2 galettes de farine de maïs et au milieu pupusas on met des morceaux de quesillo. Et on le fait cuire dans une casserole avec de l’huile pour dorer les tortillas et faire fondre le fromage. Sinon il y a aussi un autre truc qui vient d’El Salvador, ils s’appellent pupusas, ils sont aussi... plutôt comme des tortillas, mais la différence c’est qu’on utilise un fromage comme le quesillo, ou le queso fresco, salé, mais on l’écrase et on le mélange avec la masse (la pâte) pour faire la tortilla avant de le faire cuire. Donc c’est un mélange encore plus fort.
Sinon en Colombie il y a une variété beaucoup plus grande que (dans) la cuisine centraméricaine, je pense parce que le pays est plus grand et qu’il y a des différences culturelles et traditionnelles très marquées entre les régions. ajiaco Je peux te parler de deux plats que je connais bien, l’ajiaco, c’est une soupe à base de poulet... (NDLR : Recette ci-dessous !) Cette soupe, elle est originaire de la savane de Bogotá, une espèce de vallée en hauteur où on trouve Bogotá, en plein milieu de la Cordillère des Andes. Les paysans préparent cette soupe parce qu’il fait frais là-bas. C’est une soupe à base de poulet et trois types de pomme de terre : là-bas on a plusieurs types de pommes de terre, c’est une autre chose qui me manque !

K : Mais on a aussi plusieurs types de pomme de terre.
Il n’y a pas la pomme de terre que je cherche depuis que je suis ici... Papa plusiers types de pommes de terre d´Amérique du Sud criolla, c’est une pomme de terre ronde plutôt... "sableuse". Elle est orange et délicieuse. Dans la soupe on ajoute 3 types de pommes de terre, qui quand elles cuisent elles font épaissir l’eau de la soupe. Donc, trois types de pommes de terre ; du poulet ; un peu de coriandre, oignon. Les deux choses les plus exotiques de cette soupe, d’un côté on ajoute une herbe qu’en fait on trouve ici : c’est une herbe sauvage, ici on pense que c’est une mauvaise herbe, qu’elle ne sert à rien... Ça s’appelle guascas. J’avais cherché sur internet, mais je ne me rappelle pas le nom commun ici. Mais apparemment on la trouve partout, dans la campagne, dans la montagne. Elle est hyper connue, mais voilà, personne ne l’utilise.
Et de l’autre côté, à la fin quand on a la soupe, on ajoute des choses très intéressantes, très particulières : de la crème fraîche, des câpres, des avocats (on les coupe en petits morceaux, et on les mélange dans la soupe) et du maïs. Le sacré maïs, important ! Tout ça on le mélange dans la soupe et c’est comme... un arc-en-ciel gustatif ! Magnifique, vraiment.
À Bogotá, on a aussi des choses à grignoter, les pan de yuca, ça veut dire pan de yuca pain de manioc : c’est à base de farine de manioc ; pan de bono (ne me demande pas ce que ça veut dire bono, ni quels sont les ingrédients mais c’est délicieux) et almojabanas, buñuelos et l’équivalent pour les tortillas en Amérique Centrale et Mexique, en Colombie, ce sont les arepas. Elles sont plus petites et plus épaisses et elles sont faites avec de la farine de manioc, de yuca... et du fromage comme le quesillo... similaires à la préparation des pupusas d’El Salvador.
Bon, j’ai parlé de l’ajiaco en Colombie, dans la région centrale du pays, où il y a Bogotá ; et au nord, dans le département de Santander, la capitale s’appelle Medellín, c’est la deuxième plus grande ville de Colombie... elle est connue aussi pour d’autres choses, mais j’ai pas envie de parler de ça, parce que c’est le stéréotype colombien. Là-bas, il y a un plat qui s’appelle la bandeja paisa. Les gens qui viennent de Medellín, on dit les paisas. La bandeja c’est comme un plat pour amener des verres, des assiettes. Voilà, un plateau. Bon, je ne me rappelle pas très bien, je ne veux pas dire de bêtise !
Sinon, je connais un plat, je me rappelle plus le nom, qu’on mange dans un bol avec du riz blanc, on ajoute des haricots rouges, plus grands dans cette région, préparé avec des bananes plantains, des chicharrones (côtes de porc), du lard, coriandre... et d’autres choses, des haricots et de la viande hachée, avec des morceaux d’avocat à côté et on mélange tout dans un bol de soupe. On mange tout mélangé ! C’est pour ça : je pense qu’un Français ne le ferait pas, ici. Juste l’idée de mélanger des choses qui ont un goût différent... Je pense qu’ici, vous avez le culture de, voilà... "Il faut manger ça au début, et après, voilà..." C’est un peu un sacrilège, l’idée de mélanger les choses.

K : Et la cuisine française, tu aimes ?
Heu, oui... J’aime certaines choses, pas tout ! J’aime pas cet ordre que vous utilisez. Quand j’ai faim j’aime bien manger et j’aime pas qu’il faut manger au début ça, que la salade soit au début ou à la fin... Je trouve que les plats ici ne sont pas si grands pour mon goût.
Bon, de la région ici, du Sud, j’adore la soupe au pistou. La ratatouille j’aime pas trop, parce que j’aime pas les aubergines. La blanquette de veau. J’ai goûté le conejo, le lapin. J’étais à Bordeaux il y a un an, j’ai goûté le lapin à la moutarde, j’ai adoré et j’ai aussi goûté el pato, le canard, le magret de canard, juste comme ça sans rien ajouter, même pas des épices.

K : Vous n’en mangez pas trop là-bas, du canard ?
Non, on ne le mange pas. Enfin, au moins en Amérique Centrale, et au Colombie. Peut-être plus au sud, style l’Argentine ou le Chili, Uruguay, Paraguay...

K : Il y a des plats européens que vous mangez, là-bas ?
Pizza, pastas ! C’est un truc un peu international. Sinon, des plats français, non, je pense pas. Ah, le filet-mignon, on connaît très bien là-bas. Par contre, on le mange presque tout le temps avec des frites, je ne sais pas si c’est pareil ici. Les frites là-bas on les appelle papas a la francesa, j’imagine que ça vient de l’expression en anglais french fries.

K : Il y a d’autres pays que tu aimerais voir ?
J’ai envie de voyager partout. Je ne suis pas du tout patriotique... Je pense que ça, c’est grâce au fait que j’ai pas mal bougé depuis que je suis petit.

K : En fait, tu es colombien mais tu n’as pas beaucoup vécu en Colombie...
Oui, exactement. Pour moi, la nationalité c’est juste un passeport, un papier qui dit où tu es né. Finalement "on est tous des citoyens du monde" et voilà !
J’aimerais bien... L’Asie m’attire beaucoup. Mais je peux dire la même chose pour l’Afrique, l’Europe de l’Est... Même les autres pays de l’Amérique du Sud que je connais pas. Au sud de la Colombie, je suis jamais allé.

K : Mais est-ce que tu te verrais y vivre ? C’est une chose de vouloir voir plein de pays, mais y vivre...
Je pense que je ne me sens pas prêt pour dire : "voilà, il y a ce pays en particulier où j’aimerais bien vivre". Et c’est peut-être pour ça que j’ai très envie encore de voyager, de découvrir d’autres cultures. Et finalement je pense que j’arriverai à savoir ou à me dire : "voilà, ici c’est un endroit que j’aime bien, je pourrais rester y vivre".

K : T’aimerais rester encore longtemps en France ?
Oui, j’aimerais bien y rester encore un moment. Ça va dépendre de plusieurs choses, du travail particulièrement, si je peux faire suffisamment d’argent pour vivre, pour rester ici, et aussi si j’arrive à réaliser mes objectifs par rapport à la photographie, si j’arrive à réussir.

K : Comment tu en es venu à être photographe, tu ne trouvais pas de boulot dans ta branche ici ?
Je n’ai aucune formation en photographie. C’est une longue histoire. Dans mon dernier travail lié à mes études, j’ai vécu des mauvaises expériences. Ça veut dire que je me suis posé beaucoup de questions par rapport à ça, si j’avais vraiment envie de vivre de ça, de gagner ma vie de cette manière. Je me suis rendu compte dans mon dernier travail qu’il y a beaucoup d’hypocrisie liée aux activités écologiques de protection de l’environnement. Ça veut dire (je généralise !), d’un côté le monde investit je sais pas, 10 millions pour des actions de protection de l’environnement, contrôle de la contamination, de la pollution, etc, et en même temps ces mêmes personnes qui investissent ces 10 millions investissent un milliard pour des choses qui sont liées à la contamination, à l’industrialisation, etc. Je trouve ça très hypocrite. Et d’une autre manière je trouve ça comme... nager à contre-courant. Je me suis posé beaucoup de questions. J’ai des convictions très claires par rapport à l’écologie ! J’ai grandi à la campagne, j’ai une passion envers la nature... Et pour ça... Voilà, ça a été une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de m’arrêter avec des choses liées à mes études.
Et bon, la photo je la connais depuis que j’ai vécu au Costa Rica. Mon père faisait de la photo, il m’a appris à utiliser un appareil photo, un vieil appareil photo, totalement mécanique, manuel. J’ai appris à l’utiliser quand j’avais quoi, 5 ans peut-être. J’ai toujours aimé. C’est vrai que pendant un long moment, j’ai laissé ça de côté. Mais pendant mes années à l’université, pendant que je travaillais, j’ai continué à faire de la photo. J’ai même mélangé un peu la photo avec mon travail. Parfois j’étais sur le terrain, je trouvais ça important de documenter un peu avec des images les choses que j’étais en train de faire. Aussi pour ma thèse, j’ai aussi ajouté la photo, le côté images, vidéo à ma thèse. Mais j’ai jamais pensé que je pourrais vivre de ça.
Pendant que j’ai travaillé, j’ai participé dans plusieurs expositions mais c’était juste pour partager mes images. J’ai jamais pensé que quelqu’un pourrait être intéressé de m’acheter mes images. Alors j’étais très étonné une fois, j’ai organisé une exposition et une personne s’est approchée de moi et m’a demandé combien je vendais mes images. Finalement il m’a acheté je sais pas, 10, 15 images. J’ai fait pas mal d’argent comme ça. Ça a été la première fois que je me suis posé la question : "peut-être que je pourrais vivre de ça".
Quand j’ai démissionné de mon dernier travail, j’ai eu la chance d’être contacté par une amie qui m’avait acheté aussi une image pour décorer sa maison, qui travaillait dans l’Agence de coopération et de développement espagnol pour l’Amérique Centrale, spécifiquement pour le Honduras ; et elle m’a dit que l’Agence avait envie d’un photographe pour documenter tous les projets de développement qu’il y avait dans le pays. Voilà, j’ai fait un devis. J’ai préparé un projet pour proposer mes services. C’était la première fois que je faisais ça. J’étais pas du tout sûr qu’ils accepteraient... J’ai été étonné, ils ont accepté ma proposition. J’ai bossé pendant un mois et j’ai gagné peut-être 3 fois plus que ce que je gagnais comme ingénieur... ! C’est hyper bien tombé et quelques semaines après, j’ai reçu un autre appel d’une autre agence, liée à l’Agence du développement espagnol et comme ça, j’ai commencé à faire des travaux un peu partout. Indirectement, voilà, mon réseau a commencé à s’élargir. Et finalement, j’ai fini par faire tout type de photo : chaque fois que je recevais un appel pour me proposer un travail, j’ai toujours dit oui, même si c’était une chose nouvelle. Après c’était le stress pour me renseigner par rapport à ce que le client avait envie !

K : C’était quand, la première fois qu’on t’a acheté des photos ?
C’était plutôt... Vers 2001, 2002. Voilà. Et jusqu’à présent, je continue avec cette idée, de vivre de la photo. Bien sûr je peux encore, de la même manière que j’ai mélangé mes études avec la photo à côté... j’ai envie de rester dans la photo, mais aussi de lier la photo avec l’écologie, la nature, l’environnement. Ça veut dire qu’éventuellement, j’espère pouvoir trouver des travaux dans des ONG environnementales, écologiques... Greenpeace par exemple. Même des centres de recherche... Pas le CNRS, je pense, mais voilà, des centres de recherche liés à la biologie par exemple, des choses comme ça.

K : D’accord. Pour conclure, comment tu vois l’avenir ? Quels projets ?
Oui, ben comme je viens de te dire, pouvoir vivre de la photo, comme j’ai fait au Honduras avant de venir ici, ces derniers quatre ans avant d’arriver ici. De créer, avoir mon réseau bien bien fait ici. Et c’est clair qu’ici le système t’oblige à être plus en règle avec l’État... par rapport au statut, aux impôts qu’il faut payer... Là-bas c’est un peu plus facile, en général. Alors ça, j’ai pas mal de problèmes pour comprendre comment le système marche, mais apparemment je suis pas la seule personne ! Même les Français ont du mal à comprendre. Et alors oui, je pense que mon idée c’est plutôt de créer ma petite entreprise comme photographe indépendant pour offrir différents services, plusieurs services photographiques.

K : Tu as déjà le statut d’indépendant ?
Non. Pas encore. Mais dans les mois à venir, j’espère m’inscrire. Et éventuellement, j’espère avoir un réseau international, ça veut dire de pouvoir bouger, pas mal bouger. Pas rester ici à Marseille tout le temps... Et bien sûr peut-être de pouvoir faire une mission en Afrique, pendant quelques semaines, pour une agence humanitaire ou de développement, comme l’expérience que j’ai au Honduras... Et je pense que de cette manière je peux mélanger un peu mes deux intérêts : le fait de voyager, de connaître d’autres pays, d’autres personnes, etc... et de faire des photos. Ça serait, je pense... C’est mon but, et je serai content si j’arrive à ce point-là.
Mais bien sûr je suis conscient que c’est difficile. Ici particulièrement. Si je compare entre ici et Honduras, là-bas il y a pas la même concurrence qu’ici par rapport aux photographes, voilà. Ça veut dire que c’est un peu plus facile de se faire un nom. Si on fait un bon travail, si on fait un travail de qualité c’est plus facile de s’établir comme photographe. Même, pas que dans la photo, avec les autres choses aussi. Alors c’est compliqué, mais au moins je reste avec cet objectif. Voilà, je fais l’effort, et j’espère qu’éventuellement j’y arriverai !

Propos recueillis par Lynda Ledolley

P.-S.

Recette de l’ajiaco :

Ingrédients :
- 3 blancs de poulet, de préférence avec l’os et la peau
- 2 épis de maïs coupés en 3
- 6 à 9 pommes de terre (selon leur taille)
- 2 cuillères à soupe de guascas
- sel, poivre
- câpres
- crème fraiche
- 3 avocats

Préparation pour la soupe : Mixez de la coriandre fraîche, un oignon et 4 gousses d’ail avec un peu d’eau. Cette préparation peut être utilisée pour relever toutes sortes de soupes.

1) Dans un grand récipient, versez environ 2 bols d’eau par personne. Ajoutez la préparation précédente, les pommes de terre coupées en dés, le maïs déjà coupé et la guascas. Amenez à ébullition ; remuez de temps en temps.

2) Quand l’eau bout, ajoutez le poulet et couvrez. Remuez de temps en temps.

3) Quand le poulet est cuit, réservez-le et laissez refroidir. Lorsqu’il est froid, retirez la peau et les os ; coupez-le en petits morceaux. Gardez-le de côté ; faites chauffer la soupe à feu doux.

4) Pour épaissir la soupe, vous pouvez utiliser de la fécule de pomme de terre (ou quelques flocons de purée en sachet). (Dans la recette originale, les "papas criollas", pommes de terre des Andes, rendent naturellement la soupe plus consistante.)

5) Ajoutez les morceaux de poulet.

6) Placez les câpres et la crème fraîche dans des bols séparés. Coupez les avocats en deux ; retirez le noyau, laissez la peau.

Servez la soupe. Chacun choisit la quantité de câpres et de crème qu’il souhaite. Ajoutez les morceaux d’avocat à la soupe avec une cuillère (sans la peau !).

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