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La revue du témoignage urbain

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Les sentences de l'habitant

Je bouge pas avant 2010

Alors que le mois de janvier est marqué par la disparition des enseignes commerçantes, côté logement, certaine locataire affirme, bail à l’appui, que rien ne saurait l’amener à partir avant expiration. Au 93 de la rue de la République, la mère assure la défense du périmètre familial, la nécessité faisant office d’obstination. Argumentaire.


Je bouge pas avnt 2010
 Je bouge pas avnt 2010

Koinai : Vous êtes locataire ?
Ouais, le propriétaire c’est Marseille République. Marseille République, voilà. Nexcity la grande Agence se trouve à Paris. Pour payer c’est juste là, au 97 ; il y a deux petits bureaux Nexcity mais la grande société se trouve à Paris.

K : Vous travaillez ?
Je travaille, je travaille même le soir tard, je rentre à deux heures du matin. Obligée, je travaille pour mes enfants. J’en ai que cinq : la dernière, elle a neuf ans , l’autre elle a treize ans, les grands vingt-deux, dix-neuf et vingt.

K : Vous êtes née à Marseille ?
Non, je suis née en Algérie, il y a des mots que ne comprends pas. Je suis venue à presque seize ans mais j’étais enfermée avec le mari et tout. C’est lui qui travaillait. Depuis qu’il est décédé, c’est moi qui a commencé à faire. Ah ! Vous voyez comment ils sont les arabes : c’est l’homme qui fait tout, la femme qui reste à la maison. Depuis 1986, je suis venue, j’ai vécu avec quelqu’un, j’ai eu les deux petites, il est parti depuis 1990, alors...

K : Et dans votre logement, il va y avoir des travaux ?
Moi, ils m’ont dit qu’on va me reloger parce que, moi, j’ai mon bail jusqu’en 2010. Il est renouvelé tous les 6 ans, je l’ai renouvelé en 2004. Voilà. C’est pour ça que j’ai plus d’avantages que les autres. Ceux qui n’ont pas été renouvelés, ils ont été virés ou bien ils leur donnaient des appartements qu’ils étaient obligés d’accepter. Quand le bail est terminé, ils les ont relogés dans les appartements qu’ils étaient forcés. Moi, j’ai dit : "Non, je bouge pas parce que j’ai mon bail qui va jusqu’en 2010."

K : Désirez-vous rester dans le secteur ?
Ah, oui ! Je reste dans le secteur, je peux pas y aller loin parce que je travaille vers Camille Pelletan. Surtout, je suis malade de mon pied. Moi, j’ai été agressé en pleine journée, à une heure trente l’après-midi. Il m’a pris le sac, j’ai couru après lui, et après, il a pris des bouteilles, il a commencé à jeter. Ils m’ont coupé les deux tendons. Eh oui, je ne sais même pas qui c’est quand même. Il avait le casque, et maintenant que je le vois je ne sais pas que c’est lui. Je n’arrive plus à marcher comme avant. Sept mois j’ai pas marché. J’ai pas vu la rue comment elle était. Depuis le mois de novembre, j’ai commencé à bouger. Jusqu’à maintenant, je boite. C’est pour ça je veux pas bouger, ils vont me donner un appartement au premier ou au deuxième. Avec l’âge et tout, j’ai pas le temps, j’ai 50 ans.

K : Savez-vous où vous serez relogée ?
Non. Ils m’ont proposé là, j’ai refusé, j’ai trouvé que l’appartement était petit. Depuis ce jour, chaque fois que j’appelle : "Oui, oui, oui, oui... ne vous inquiétez pas, on va vous reloger le mois qui vient, le mois qui vient." Parce qu’ils ont relogé les autres, ils ont proposé 5000, 6000 ; ils ont accepté, avec les sous. Moi, j’ai dit : "Non, j’accepte pas tant que je ne trouve pas un appartement comme la mienne : grande." J’ai presque 95 m². Je ne bouge pas ; j’ai sept petits, où je vais les mettre ? J’ai un grand balcon tout le long. Là, ils veulent en profiter, ils veulent récupérer les grands appartements et ils vont nous donner des petites cages. Ça, j’accepte pas ! Les 6000, 7000, qu’ils les gardent. Moi je pars pas, je reste, jusqu’à ce qu’ils me donnent un appartement, je ne lâche pas le morceau. Je paie mon loyer, je suis en règle avec eux, c’est pas la peine qu’ils me cassent la tête.

K : Subissez-vous des nuisances ?
Oui, de la poussière, c’est pour cela que c’est toujours fermé. Voyez l’odeur qu’il y a dans l’escalier, il y avait des clochards, ils étaient en haut. Après ils ont fermé avec une grande chaîne et un cadenas ; ils ont laissé les matelas - excusez le mot - pleins de merde. Et j’ai téléphoné au moins vingt fois, y a personne qui est venu pour l’ouvrir. Y a même pas de lumière dans les escaliers. Aussi, je vois là, jusqu’à deux heures, trois heures du matin, tout le monde crie, même dans la journée. Ici, on ne peut plus passer nulle part. Normalement, oui, on fait le tour pour passer.

K : Ils vont faire des aménagements dans l’immeuble ?
Ils vont faire le bâtiment, ils vont faire des projets dans l’appartement ; l’immeuble, je sais pas ce qu’ils vont faire.

K : Cela va durer jusqu’à quand ?
Jusqu’en 2007. Y a un coiffeur qui m’a dit, ils vont placer une grue là, je sais pas ce qu’ils vont faire, parce qu’il y a une réunion de ceux qui font les travaux.

Propos recueillis par Étienne Barbier le 12 janvier 2006 ; rédaction : Patricia Rouillard.

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