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La revue du témoignage urbain

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Le tri arrive

Cavaou Bien... ?

Ce ne sont pas vraiment des paysages de carte postale. Vous pensez qu’il y a des gens qui s’y baignent ? Quant au parfum de vacances... Fos et sa région sont réputés pour être extrêmement pollués. Faire le point sur le pourquoi du comment et ce qu’en pensent les concernés, c’est notre créneau ! Nous sommes donc allés interroger Mr Moutet, président de l’Association de Défense de Protection du Littoral du Golfe de Fos. Le constat qu’il nous livre est édifiant...


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Voir en ligne : Association de Défense de Protection du Littoral du Golfe de Fos (A.D.P.L.G.F)

Koinai : Présentez-nous votre association.
Daniel Moutet : Notre association s’est créée en 2003, essentiellement pour combattre GDF. La venue de GDF sur la plage du Cavaou pour nous c’était dramatique, c’était la perte de la plage, la perte du bien-être qui nous reste... cette plage qui est magnifique.
Donc on a créé l’association pour essayer de combattre GDF, mais on savait à qui on avait affaire (à un mur, hein !). A force de ténacité, d’ingénieurs à la retraite qui sont entrés dans l’association pour essayer d’éplucher l’étude d’impact, l’étude de danger tout ça..., ça a fait que nous avons déposé un recours, on a pris un avocat... Malheureusement, ce recours... La justice elle est toujours, je vais dire, “partisane de l’État” et compagnie : comme c’est un projet "État", ils ont jugé l’affaire cinq ans après ! Ce qui veut dire qu’ils avaient fini de construire, quand ils ont jugé. Voilà.
Donc on s’est retrouvés en gagnant l’autorisation d’exploiter, ce qui est énorme, face à GDF, une petite association comme nous ! On a gagné l’autorisation d’exploiter. Ils sont obligés de faire une nouvelle demande d’autorisation avec nouvelle étude d’impact, nouvelle étude de danger et tout ce qui s’ensuit derrière. Il faut comprendre qu’une fois que c’est construit, il y en a pour 800 millions d’euros... On peut pas dire "bon, vous cassez tout, vous rasez tout et on s’en va", quoi.

K : Ils font quoi exactement, là-bas ?
C’est un terminal méthanier. C’est la réception de bateaux qui transportent du GNL (Gaz Naturel Liquéfié). Ils le reçoivent dans trois immenses cuves ; ils reçoivent ce gaz-là. Il reste liquéfié dans ces cuves-là parce que c’est cinquante fois le volume d’étendue. C’est énorme !
Donc on a eu, pendant trois ans, des bagarres avec GDF. On a manifesté et tout ça, et bon, malheureusement, cinq ans après le jugement tombe et ils ont perdu.
...Ils vont refaire tout ça. On s’est pratiquement entendus avec GDF, parce que bon, on va pas les laisser démolir tout ça, hein : huit cent millions d’euros, on n’est pas fous... On s’est entendus pour que le peu de plage qui nous reste, ils participent à l’aménager, à nous la garantir ; enfin à nous la faire garantir, parce que c’est pas à eux, c’est au grand port maritime de Marseille. Et pouvoir avoir l’accès au pont (il y a un grand pont bleu qui est en bout, en continuité de la route). Ce pont-là est réservé aux secours de GDF. C’est nous d’ailleurs ! Comme on a dit que les secours ne pouvaient pas arriver sur cette presqu’île-là, on a fait construire ce pont. "A cause de nous". Mais comme c’est eux-mêmes qui ont construit, qui ont tout fait, qui ont tout réalisé, ils le gardent pour eux en secours. Donc on est arrivés à leur faire dire : ce pont-là il faut qu’il serve à toute la partie industrie pour le grand port maritime de Marseille, et restera à nous le pont qu’on appelle St Gervais. A nous définitivement, quoi.
C’est un pont qui a été refait après la guerre, qui avait été bombardé. Donc c’est un pont qu’on y tient, quand même. Voilà.
L’histoire de GDF, pratiquement, c’est ça. A l’heure actuelle, on a redéposé un recours sur l’autorisation d’exploiter provisoire. Mais comme on sait très bien, ils attendront qu’ils aient fait toute la démarche pour redemander une nouvelle autorisation d’exploiter, ça sera jugé après. On le sait très bien. Mais ça les emmerde, en parlant franchement. Surtout que je peux vous situer la force qu’ils avaient... Nous on a une petite avocate de Marseille, par rapport à son mari qui était de Fos (on l’a choisie parce qu’elle avait quand même un attrait à Fos, quoi). Les avocats de GDF, il y en avait trois. Pour la défense, quand c’est passé au tribunal, c’était cinquante mille euros par avocat. 150 000 euros d’avocats pour GDF... et ils ont perdu ! Ça vous dit ? (rires) Nous, jamais on aurait pensé... Après, je vais dire au milieu de notre bagarre avec GDF, s’est greffée la venue de l’incinérateur de Marseille.

K : Vous pouvez nous en parler ?
100 mètres avant le grand port maritime de Marseille, sur votre droite, vous avez l’incinérateur. En bout, il y a un poste de garde. Il y a deux grosses cheminées qui sortent et un gros truc rond : il y a deux blocs, "deux tranches" si vous voulez, d’incinération. C’est dans le gros truc rond qu’il y a des tôles vertes translucides, et la grosse partie rectangulaire qu’il y a attenante, c’est toute la partie filtration et nettoyage des fumées.
Alors vous le verrez pas fumer parce que - ça on le savait pas au début - ils traitent les fumées pour qu’elles sortent à la même température que l’atmosphère. Normalement, toutes les usines d’incinération, ça fait un panache de vapeur. Là, ils refroidissent la vapeur, pour que ça sorte à la même température que l’atmosphère. Donc, on voit pas de fumée. On voit rien. Sauf que malheureusement, il y a quand même 0,3 nanogrammes de dioxine par mètre cube et je me rappelle plus, il faudrait que je recherche, c’est par millions de mètres cubes qu’on compte la sortie des fumées, quoi. Donc ça représente quand même un volume conséquent de dioxine...
Il faut savoir aussi que les dioxines qui sont analysées... Il y a 117 molécules de dioxine qui sont connues. Sur les 117, il n’y en a que 21 qu’on sait analyser, qu’on sait définir et quantifier. Donc tout le reste, on sait pas l’analyser, on sait pas ce que ça fait, on sait rien du tout. Alors Gaudin il a dit : "n’importe comment, ça polluera beaucoup moins que les usines qui sont ici à l’heure actuelle", en parlant d’Arcelor Mittal. Arcelor Mittal, c’est une aciérie. C’est la plus grosse aciérie de France qui reste encore en fonction. Ils ont été, pendant un moment, vraiment le premier, presque mondial, je vais dire, en émissions de dioxine. C’était jusqu’à 14 grammes de dioxine par an, qu’ils émettaient : c’était énorme. Énorme ! Sauf que les dioxines que produit toute aciérie, elles sont connues. Elles sont analysées, et on sait exactement ce que ça fait. Aujourd’hui, ils ont mis des filtres, ont fait des efforts malgré tout et rejettent en moyenne sept à huit grammes par an, ce qui est encore énorme.
L’incinérateur auquel on s’est battus va en dégager... alors je sais plus, aux alentours de un, 1,2, quelque chose comme ça. Sauf que ces molécules de dioxine qui sortent dans l’atmosphère ne sont pas du tout connues. On sait pas, en brûlant des déchets, ce que ça fait ! Ce que vous jetez, il y a des ingrédients dedans qui sont inconnus. Quand ça brûle, on sait pas ce que ça fait. Donc, un incinérateur, on ne peut pas savoir exactement les molécules qui sortent, et on peut pas les contrôler, vu qu’on ne les connaît pas.

K : Est-ce que les gens de l’incinérateur font des efforts pour effectuer ces analyses, identifier ces molécules... ?
Alors, l’usine proprement dite - moi qui en ai visitées beaucoup, puisque je me bats contre - c’est quand même une usine de dernière génération, où ils ont investi énormément d’argent pour essayer de polluer le moins que possible. Le plus malheureux, c’est ça, dans l’histoire : ils se font forts d’être costauds, de vraiment bien filtrer, tout ça, sauf que le reste on le sait pas.
Après, on a un problème, quand même, de CO2. Chaque fois qu’on va brûler, on émet du CO2 dans l’atmosphère. Pourquoi avoir fait cet incinérateur-là, alors qu’on sait faire autrement ? Et on sait pas enlever ce CO2... Pour l’instant, ils disent "on va l’enterrer dans des mines", ils disent "on va faire ci", "on va faire ça", alors que c’est faux. C’est complètement ridicule tout ça... Dans des mines de sel, le jour où il y aura une fissure, que ça sortira de la terre, ça retournera dans l’atmosphère, ça sera pareil. Donc le CO2 c’est quelque chose qu’on combat et eux, ils sont allés faire un incinérateur qui va émettre énormément de CO2. Donc, à partir de là, encore une fois, on est contre.
Pour revenir à cette construction-là, un petit peu en arrière, Marseille par deux reprises a essayé de faire un incinérateur sur Marseille du côté des Aygalades, à l’entrée de Marseille, au-dessus de l’Estaque à peu près, et dans les quartiers sud de Marseille. Par deux fois les Marseillais s’y sont opposés. Par deux fois, Gaudin il a dit, "bon, je retire le projet". Sauf que en faisant l’incinérateur ici, il a dit : "je crains rien, c’est pas mes électeurs qui vont aller contre moi, donc je risque rien, les Fosséens ils sont déjà pollués donc un peu plus ou un peu moins... ! On va le mettre là-bas." Mais la problématique qui se passe, encore une fois, c’est qu’ils ont pollué pendant 100 ans : vous savez, la décharge d’Entressen. Ils ont entreposé pendant 100 ans les déchets. A l’heure d’aujourd’hui, il y a deux ans en arrière, ils ont fait quelque chose de propre, c’est-à-dire des casiers comme on le demandait.
C’est-à-dire, ils ont creusé, ils ont enlevé les déchets qu’il y avait déjà entreposés. Ils les ont mis de côté, ils ont fait des casiers bien plus hauts, avec des membranes géotextiles pour étancher tout ce qu’on va y mettre dedans ; au fond, des drains pour récupérer tous les jus qui peuvent couler et aller polluer la terre. Tout ça ils l’ont fait en 2007. Ils ont fait un hangar immense de réception des trains pour plus qu’il y ait d’envol quand les trains déversaient les poubelles. Ils ont mis à l’intérieur de ce hangar une presse de cinquante tonnes pour compacter les déchets en cubes et les filmer en plastique pour plus qu’il y ait d’envol du tout pendant le transport de ce bâtiment jusque dans les casiers. Ils ont refait les voies ferrées, ça en 2008, fin 2008 pour que les trains puissent continuer à y aller.
Tout ça pour dire que ce qu’ils ont fermé aujourd’hui, c’était complètement aux normes ! Et l’Europe n’a jamais dit, jamais, de fermer cette décharge... Elle a uniquement dit : "il faut la mettre aux normes." Voilà. Et c’est ce qu’ils ont fait en 2007.
Je vais dire : le problème de cette décharge-là (et il y en a beaucoup, des élus du coin qui ont été contents qu’elle ferme), c’est que ça va pas résoudre le problème de 100 ans de déchets en arrière. Ça, il ne faut pas l’oublier. C’est que la fermentation continue... Le jus, chaque fois qu’il pleut, continue à couler et un jour ou l’autre, quand ça va vraiment toucher la nappe phréatique, qu’est-ce qu’on fera ? Qu’est-ce qu’on fera ? Donc, nous, ce qu’on avait préconisé là-dedans, c’est de continuer à faire des sites d’enfouissement à l’intérieur de ce qu’ils ont déjà enfoui. Faire des tranches pour aller jusqu’au niveau zéro et pour pouvoir étancher ça. Et si vous voulez, arriver au bout de 10/15 ans, à avoir fait tout le tour de cette fameuse montagne et d’avoir que des casiers étanches. Et ça, on aurait pu dire au bout de 15 ans, on a définitivement isolé les déchets de Marseille de la nappe phréatique. Là, qu’est-ce qu’ils vont faire ? Ils vont semer de la pelouse au-dessus, ils vont planter des arbres et puis...
Donc véritablement, nous on avait une autre approche de la gestion je vais dire, de cette décharge-là et surtout à la place de l’incinérateur, quoi.

K : Toutes les décharges de Marseille arrivent directement à l’incinérateur ?
Marseille est, je vais dire, un petit peu spéciale, parce qu’il n’y a pratiquement pas d’apport volontaire pour faire le tri. Il y en a très peu, à Marseille. Il y a un centre de tri qui est à côté de l’incinérateur : il est fait pour les déchets qui arrivent en train.
Donc il y a deux centres de rechargement de wagons à Marseille, il y en a un vers le Port Autonome en bas vers l’Estaque, et il y en a un autre de l’autre côté de Marseille. Ils chargent les trains. C’est des wagons où il y a trois petits containers dessus, et c’est ces petits containers qui sont pris directement sur les wagons, qui sont mis sur des tables basculantes et ça tombe dans une fosse pour être pris par des grappins.
Mais là-bas, il y a, comment dirais-je... C’est pas qu’un incinérateur. C’est une usine de traitement de déchets. Il y aura 300 000 tonnes de brûlées. Il y aura 60 000 tonnes (ils disent 100 000, mais bon plutôt 60 000 tonnes) de déchets méthanisés. C’est-à-dire que c’est des méthaniseurs, ils vont sortir du gaz méthane de là, et ils vont produire l’électricité avec ce gaz-là. Et il y a un centre de tri mais c’est pas vraiment... moi j’appelle pas ça trier, parce que si je trie, c’est pour revaloriser la matière. Le plastique, il se refond, il fait du plastique. Le bois, on fait la pâte à papier. Le papier, il se recycle indéfiniment... Eux, c’est leur matière première pour brûler : ils trient, mais ils vont brûler. Alors c’est vrai que dedans il va y avoir, sur mettons, allez, 300 000 tonnes, il va y avoir même pas... je crois que c’est prévu pour 17 000 tonnes de recyclables. Ce qui est très minime, rien du tout ! C’est même pas 10 %. Donc à partir de là...

K : Vous êtes combien dans l’association ?
Alors jusqu’à il y a un an, on était environ deux cent licenciés qui prenaient la carte mais c’est symbolique, c’est cinq euros. Et bon depuis... L’année dernière on avait déjà perdu et cette année on en a encore reperdus. Vu que bon, malheureusement l’incinérateur s’est créé. Mais là ça va un petit peu redémarrer, ce soir on va en parler, par rapport au PPRT. Je sais pas si vous avez entendu parler... C’est le Plan de Prévention de Risques Technologiques. PPRT. C’est ceux qui sont... l’État est en train de faire tous les cercles de danger autour des usines. Suite à AZF à Toulouse, l’État a dit, les maisons tout ça ne sont pas assez protégées et celles qui sont trop près des usines, qui rentrent dans ces cercles là, il faudra les détruire.
Donc à travers l’État, la DREAL [1], la DRIRE [2] ils sont en train de recalculer tous ces cercles de danger et ils vont nous imposer ces cercles-là autour des usines. Avant, ces cercles étaient réduits, eux ils vont les augmenter, hein ! C’est pas en réduisant, qu’ils vont aller, c’est en augmentant. Donc il va y avoir énormément de gens qui vont être touchés par les risques qu’ils disent, et ils vont faire raser des maisons, quoi. Comme là où il y a eu l’inondation en-dessous la Bretagne, en Vendée et compagnie, là. C’est pareil. Ils ont dix-huit mois pour créer cette concertation, pour créer ces cercles-là. Moi je vais en faire partie sur Fos, mais je vais en faire partie aussi sur Lavéra, là où il y a eu les cheminées noires, les torches. En face Fos, vous avez Port de Bouc avant d’arriver, et de l’autre côté du Canal, Martigues : vous avez Lavéra. Un site pétrochimique énorme.

K : En fait ce que vous dites, c’est que tant que les gens ne sont pas touchés personnellement, ils ne s’impliquent pas ?
Exactement. Là, vu qu’il va y avoir ce PPRT qui va se mettre en place, les gens vont être vite concernés, il y en a beaucoup qui vont être touchés. Donc ils vont venir me voir, ils vont venir à l’association voir qu’est-ce qu’on va faire... On est en train de monter un collectif d’associations [3], parce que si vous voulez il y a Marseille - Saint Menet qui est touché par l’usine de chlore. Il y a Total-La Mède, il y a Berre, il y a Lavéra, il y a nous, Fos, Martigues... Alors on va réunir toutes ces associations-là qui sont autour de leurs sites comme moi je suis autour du mien. Et on va se rencontrer, tous les présidents d’associations, tous les présidents de syndics, tout ça, pour essayer de monter un collectif pour combattre ce phénomène-là.
Ceux qui seront d’un certain cercle, ils vont être obligés de renforcer les volets, renforcer les fenêtres, tout ça, et ça sera à nous de payer ! Donc ça il en est hors de question, hein... Comme moi je suis ici à Fos, mais je suis natif de Lavéra, j’y ai encore ma mère qui a 80 ans, qui habite dans une villa... Il y a 55 ans qu’elle y habite ; elle a fait construire elle, quoi. Avec toutes les autorisations, avec tout ce qu’il fallait. Donc je me vois pas en train de rafistoler une maison, la mienne, que je suis aussi dans le cercle ici ; je me vois pas faire tout ça.
Donc déjà moi je vais m’élever énormément, et on va monter ce collectif pour essayer de s’élever vraiment contre ça, quoi. S’il y a des problèmes, ils ont qu’à faire réduire, aux industriels, leurs risques ! Point final ! C’est aux industriels à faire des sacrifices. Ils gagnent assez de ronds, hein, sur notre dos...

K : Il paraît que le maire de Fos est très engagé ?
Ah oui. Énormément. Il fait partie de toutes les CLI [4] et il fait partie de toutes les instances dans les usines tout ça, pour combattre la pollution.

K : Comment ça se fait que vous ayez des connaissances aussi pointues ? Vous avez quoi comme formation, vous faites quoi comme métier ?
Alors, mes connaissances se sont faites sur le tas.
Métier, je fais conducteur d’engins portuaires, je décharge les navires. Sur la commune, j’étais chasseur et pêcheur. Donc je connais les terrains comme ma poche, je connais la mer très bien aussi, et je connais tout ça.
Quand je me suis engagé fin 2002, début 2003, ça a été un combat qui m’a plu. Et vraiment j’ai épluché, j’ai lu énormément. Moi j’ai pas de roman à lire, j’ai jamais lu de romans : je lis que des trucs d’associations, des trucs sur les incinérateurs, sur GDF, quand on a étudié GDF, les enquêtes publiques tout ça, je me suis mis à fond dedans. A fond. J’ai un bateau qui a sept ans et qui a plus revu l’eau ! Il est sur une remorque et voilà. J’ai abandonné tous mes trucs pour me consacrer à ça. En dehors de ma vie professionnelle, quoi.
Et c’est vrai que j’en connais un rayon, parce qu’il s’est greffé... GDF ça a été un combat, mais là-dessus s’est greffée la pollution autour de nous, et ça a été un combat avec Arcelor Mittal. J’ai envoyé les photos de pollution à la DREA, en même temps je leur envoyais à eux. Ils m’ont (je vous jure, hein !) ils m’ont traité de... “Le maniaque de Fos avec son appareil photo”. Ils parlaient de moi comme ça à l’intérieur de l’usine, quoi. Parce que j’étais maniaque avec mon appareil à photo. Mais il n’y a que comme ça, que... à travers les piliers, à travers les discussions avec la DRIR, tout ça, qu’on a fait vraiment toucher du doigt leur pollution à Arcelor Mittal, au directeur, en disant "voilà, c’est vous qui émettez ça".
Maintenant, il faut protéger. Il faut mettre des filtres, il faut tout ça. Donc grâce à toutes ces discussions depuis des années, ils sont arrivés à mettre des filtres, à investir énormément d’argent, parce que ça coûte très cher, de filtrer des hauts fourneaux, des trucs comme ça... C’est en millions d’euros, en milliards d’euros, quoi ! Et depuis cinq ans qu’on est sur eux, ils y ont consacré plusieurs dizaines de millions d’euros ! Ça, c’est... vraiment... Alors ils ont encore énormément d’efforts à faire, et on maintient la pression dessus, hein, pour arriver à avoir une pollution raisonnable, je veux dire. Pour l’instant, elle est toujours pas raisonnable. Pour moi, elle est toujours pas raisonnable ! Il faut qu’elle diminue encore. Et on arrive malgré tout à avoir de bonnes relations, maintenant je veux dire, avec les industriels... Au début j’étais la bête noire. J’étais l’homme à abattre...

K : Vous avez subi des pressions ?
Oh oui, oh oui ! A mon boulot, j’ai été, pendant quatre ans, mis au placard... Je devais passer chef d’équipe, monter de grade tout ça... On m’a puni carrément, hein ! Presque à m’isoler complètement, quoi. Pourtant j’ai jamais, jamais une seule fois parlé de mon association à mon travail. Jamais mis de tracts, jamais fait de... C’est vraiment... J’ai jamais milité dans mon travail. Sauf que oui, ça oui... au cours d’une réunion, j’ai traité tous les directeurs de toutes les usines tout ça, de “technocrates en chemises blanches”, quoi. Ça je me suis pas gêné, parce que c’est des pourris !

K : C’est vous qui avez créé l’association ?
Oui, oui. Et je suis un des seuls qui restent. Un des plus vieux de l’association. Mais les autres que vous allez voir, les membres du bureau, ils sont arrivés un an, deux ans après. Ils sont avec moi depuis longtemps.

K : Vous avez quels financements pour l’association ?
Alors par rapport à la ville, on a 5 000 euros je crois. Puis après on a la communauté de communes : on a aussi une bonne subvention. Les locaux nous sont prêtés totalement, on ne paie rien ni chauffage, ni lumière ni rien...

K : Tout ça, c’est par la mairie ?
Par le SAN [5], par la Communauté de Communes, quoi. Bon, on est vraiment bien aidés. La secrétaire qui est là, c’est une secrétaire que je prends par les emplois aidés. Ça fait cinq ans que j’ai une secrétaire là, comme ça. Bon tous les deux ans malheureusement, elle s’en va... Il y en a une qui avait trouvé du travail, donc elle était partie avant. Mais bon. Je procède comme ça, c’est bien, ça fait travailler une dame qui n’avait plus travaillé depuis longtemps. Donc ça la remet dans le bain pour après trouver un travail. Et elle est vraiment contente de travailler là, quoi !

Propos recueillis par L. Ledolley

P.-S.

Voir aussi :
- Notre entretien avec les adhérents de l’association :
http://www.koinai.net/mutations-urb...
- "A Fos-sur-Mer, pourquoi tout le monde meurt d’un cancer ?" sur le site Rue89.

Notes

[1] Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement.

[2] Direction Régionale de l’Industrie de la Recherche et de l’Environnement.

[3] Voir le site du collectif des PPRT-13 : http://collectifdespprt13.e-monsite.com/

[4] Commissions Locales d’Information (structures de concertation, obligatoirement mises en place par certaines installations classées pour la protection de l’environnement en France, par exemple par les centrales nucléaires civiles).

[5] Syndicat d’Agglomération Nouvelle.

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