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La revue du témoignage urbain

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Les sentences de l'habitant

La lettre est arrivée

Au n°18

Vendredi soir au bar Paris Palace. Il est dix heures et les membres de l’association "Centre Ville Pour Tous" sont sur le point de se quitter. La réunion terminée, le débat se poursuit hors champ ; la tension n’est pas totalement retombée : Nadine Roubertout, dont le bail expire au mois d’avril, vient de prendre connaissance de l’augmentation légale applicable si renouvellement. Cette responsable de la communication compte bien faire entendre son désaccord. Vindicte.


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La lettre est arrivée
 La lettre est arrivée

Chez moi il n’y a pas de travaux prévus. Je suis rentrée dans un appartement où les propretés avaient été faites, mais pas avant mon entrée, plutôt par les locataires précédents. En tout cas c’était très propre. Il n’empêche que c’était un simple cache misère : il y a des fissures partout, les canalisations sont celles d’origine, l’électricité a été faite à la va-vite, le carrelage a des dénivelés parce qu’il est d’origine également. On n’est pas dans un appartement de haut standing, même si les surfaces sont agréables et grandes : 86 m². C’est d’ailleurs sur cette base qu’ils justifient l’augmentation, c’est-à-dire en comparaison à d’autres appartements qui, je suppose, on été rénovés. En plus ils prétextent un ascenseur : c’est un immeuble où il y a trois ailes, l’ascenseur n’en dessert qu’une jusqu’au deuxième étage, et je dois monter encore trois niveaux avant d’atteindre mon appartement. Donc je peux pas dire que j’ai l’ascenseur jusqu’à mon appartement. Et ils utilisent cet argument, également. Donc ils m’ont adressé une lettre.

Quand j’ai reçu cette augmentation de loyer je l’ai ressentie comme équivalente à une expulsion : aujourd’hui je paye 494€ sur le principal, sans compter les charges. Et sur ce principal il demande 280€ d’augmentation, plus d’un tiers, 40%. Mais les salaires n’augmentent pas à cette vitesse et si on n’a pas les ressources suffisantes pour faire face, on se retrouve à la rue. Donc ça équivaut à l’expulsion. C’est de la folie ! Aujourd’hui les salaires stagnent, où va t-on se loger ? Y a pas assez de gens dans les rues ?

Je paye 93€ de charges par mois pour l’électricité, l’ascenseur, l’entretien des parties communes trois fois par semaine. Or ce dernier service n’est pas rendu aujourd’hui. Il y a une femme qui vient faire le ménage régulièrement dans l’immeuble, sauf que comme ils rénovent les appartements où il n’y a plus de locataires, les escaliers sont toujours sales ; cinq minutes après son passage c’est pire qu’avant. En plus les ouvriers ne font pas trop attention : il y a trois jours, ils ont pété une canalisation et l’eau s’est répandue dans l’appartement du dessous et également à côté en dégradant évidemment celui qu’ils étaient en train de refaire au cinquième étage.

Ça fait au moins six à huit mois que les ouvriers sont dans cet appartement, alors je sais pas ce qu’ils y font, mais six à huit mois pour rénover un appartement, ça me parait particulièrement long. Je pense qu’il prévoit un appartement de luxe, avec des prestations très élevées, et c’est sur cette base qu’ils justifient l’augmentation des loyers des autres appartements. Nous n’avons jamais été informés, si ce n’est que nous savons que nous sommes dans le périmètre Euroméditerrannée, que des changements sont prévus, mais on nous parle pas des conséquences. Personne. Moi, je l’ai découvert lorsque j’ai reçu cette lettre il y a trois mois maintenant ; une lettre de proposition d’augmentation de loyer ou de renouvellement de bail. C’est-à-dire six mois avant.

Eurazéo a déjà saisi le propriétaire de l’appartement, qui à son tour a saisi la commission de conciliation sur le motif qu’il y avait litige entre nous, or, les négociations ont même pas commencé au niveau de la prétention. Qu’on me demande 280€, je considère que c’est malhonnête et que ce n’est pas justifié. Aujourd’hui, ils se basent sur des critères qu’ils fournissent dans la lettre : la plupart des appartements se situent rue de la République du deuxième au cinquième étage. Les surface sont comprises entre 7m² et pour le maximum 93 m². Ils ont tous été construits entre 1865 et 1869, et les loyers se situent entre 642€ pour un trois pièces de 71m² et pour le maximum de 715€ pour un trois pièces, rue Saint Cannat.

En attendant je vais me présenter devant cette commission. Je vais aussi me renseigner sur les indices de construction qui prévalent aujourd’hui en terme d’augmentation de loyer. J’ai tous les éléments ici : c’est un loyer 89 mais l’immeuble date de 1865, donc, les canalisations et le carrelage datent de 1865 ; et la chaudière doit avoir vingt ans, si ce n’est pas davantage. Dans l’ensemble il est propre, spacieux, il est au dernier étage, il est super bien éclairé. Donc, le loyer que je paye équivaut au service rendu. Aujourd’hui, parait-il que l’indice a changé, je vais me renseigner. C’est tout, je n’irai pas au-delà. C’est le taux officiel pour moi, si on connaît pas l’autre.

Je suis venue prendre conseil auprès de Centre Ville Pour Tous de manière à pouvoir assurer ma défense. En même temps, puisque je suis directement touchée, si je le peux, aider les autres pour qu’ils ne se trouvent pas dans la même situation que moi. Plus les gens parlent, plus ils se calmeront. Et moi c’est l’objectif que j’ai proposé a l’association : les aider à médiatiser leur actions, puisque c’est mon travail, de manière a ce que ces agissements prennent fin. Ça parle rarement dans mon immeuble et pourtant je suis de celles qui ont les meilleures relations avec le voisinage. Hier j’ai rencontré une voisine qui m’a dit "Ils essayent de nous mettre tous à la porte". Aujourd’hui c’est la fille de mon voisin de pallier qui m’a dit : "Heureusement que ma maman n’est pas cardiaque, parce qu’un huissier est arrivé sans que nous ayons reçu un courrier de rappel". Ils avaient versé le loyer, qu’ils on pu justifier, et l’huissier s’est pointé, comme ça, chez eux, sans prévenir. Et ils ont un loyer 48 !

Vous savez comment c’est : ils pensent que c’est la loi du plus fort, donc qu’à un moment les gens finiront par se fatiguer. Pour les propositions de relogement, apparemment c’est plutôt "Vous prenez ou vous laissez". Il n’y a pas d’alternative. Ben non, faut pas se fatiguer, ni baisser les bras, faut continuer. Dans les immeubles à côté j’en connais, qui ont eu des propositions d’augmentation de loyer et qui ont réussi à le faire baisser... Les locataires sont les mêmes.

Propos recueillis le 28/01/2006 par Patricia Rouillard.

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