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La revue du témoignage urbain

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Femme aujourd'hui

Allons voir si la rose…

« Je m’appelle Sovanny, c’est un prénom d’origine cambodgienne. J’ai 21 ans, et à cet âge ben… je suis entre la jeune femme - je pense - et la femme. Mais, non, je ne me sens pas encore du tout femme. Je suis étudiante en école de commerce à Troyes. Ben… j’espère avoir un bon boulot dans le secteur de la gestion finance et puis comme toutes les filles, être mariée, avoir des enfants et puis… ça sera déjà pas mal. »


 

Koinai : Comment s’est passé le passage de l’adolescence à l’âge adulte ?
Ça s’est fait naturellement. Mais c’est vrai que c’est quand j’ai quitté le cocon familial que je me suis le plus sentie adulte parce que j’avais mon appart, j’étais loin de ma famille et que je devais me faire à manger toute seule, la cuisine toute seule, le repassage… et là, je me suis sentie plus adulte, parce que j’avais plus de responsabilités, quoi… Ça m’a grandie mais… mais de dix ans.

K : Qu’est-ce qui a déterminé le choix de votre filière d’études ?
Ça s’est fait progressivement parce que j’ai jamais… Même là, maintenant, je ne sais vraiment pas véritablement ce que je veux faire. Je suis en école de commerce à Troyes et l’année prochaine je m’oriente plus vers le secteur de la finance, gestion finance. C’est vrai qu’au lycée vu que j’ai fait une voie générale c’est un secteur que je ne connaissais pas du tout, j’ai eu envie de le connaître. Année par année, je vois que ça me plaît, ça marche, alors je continue et puis je fais mes spécialisations année par année.

K : Les études vous sortent du cocon familial. Qu’avez-vous ressenti la première fois seule ?
Ben… seule au monde, parce que je ne connaissais personne et que voilà ça fait, ça fait bizarre hein ! De se retrouver… Mais il n’y a pas véritablement de coupure. On s’appelle quand même tous les jours donc pour moi je ne la ressens pas. Quand j’ai un problème au niveau des papiers ben… c’est papa-maman que j’appelle donc… Physiquement oui, elle y est la coupure mais pas dans ma tête. Quand je suis avec mes amis, je ne ressens pas le manque, et puis quand je suis seule des fois à la maison, ben oui…

K : La distance avec la famille renforce-t-elle les amitiés ?
Justement, là où je suis, personne a ses parents et donc forcément, ben… on se lie plus vite d’amitié, et plus fort. Souvent on se le dit qu’on est une seconde famille, quoi. Surtout que bon, quand même, dans le monde du commerce ce sont des gens assez sociables, et on s’ouvre vraiment vite. Même, on s’aide : par exemple, moi je n’ai pas la machine à laver ; je vais souvent voir un copain et puis je fais la machine à laver chez lui, des petits trucs comme ça, oui. Au fur et à mesure, chacun à son tour, on se fait la cuisine.

K : Avez-vous vécu des moments difficiles ?
Les six mois de stage à Manchester c’était… Non, c’était super, super dur, parce que là, en plus d’être seule, c’est la communication qui est super dure. J’avais des notions d’anglais mais… voilà, je ne parlais pas couramment. Heureusement, dans la maison, il y avait une française avec moi, des espagnoles, une polonaise et quatre anglaises. On était normalement douze colocataires, je veux dire il y avait douze chambres. Mais on ne mangeait pas toutes ensembles. J’avais plus d’affinité avec une anglaise et deux espagnoles, donc on mangeait toutes les quatre, mais après, c’est vrai que… avec les autres collocs on se croisait, on se disait bonjour, on était polies et tout, mais on ne passait pas tout notre temps avec elles.

K : Vous êtes-vous frottée au monde du travail ?
Oui, j’ai fait des petits boulots, j’ai fait serveuse dans des stades, dans des courses de chevaux, je travaillais dans des bars à Manchester. J’ai été très surprise parce que tous ont été super accueillants, et justement le fait d’être d’une autre nationalité, ils s’intéressent à vous, ils font des efforts pour parler ; quand ils voient que l’on avait du mal avec des clients, de suite ils venaient, ils nous aidaient, donc ça a été super facile.

K : Dans un an vous finissez vos études, redoutez-vous de rentrer dans la vie active ?
Oui, oui beaucoup parce que je ne me sens pas prête, parce que comme je vous l’ai dit au début, je ne me sens pas encore femme. Pour moi je suis encore… pour moi je suis toute jeune, j’aime encore faire la fête. J’ai peur d’avoir des responsabilités au niveau professionnel et c’est vrai qu’au jour d’aujourd’hui je ne me sens pas encore capable de travailler au sein d’une équipe parce que… pour moi je n’ai que vingt et un an et là, par contre ça fera vraiment… J’avais une coupure au niveau de la famille et là ça sera encore une coupure mais au niveau professionnel, quoi…

K : Songez-vous à fonder une famille ?
Oui, oui, mais beaucoup plus tard, pas maintenant. J’aimerais avoir mon premier enfant avant vingt-huit ans : entre vingt-six et vingt-huit ans. Je n’ai pas envie de le faire trop tard puisque j’ai envie d’être jeune, d’avoir "l’esprit jeune" pour le comprendre. Mais ça c’est normal.

K : Envisagez-vous un jour d’être mère au foyer ?
Ah ! Non pas du tout, pas du tout, parce que je n’ai pas envie d’être dépendante de mon mari, j’ai envie de gagner… J’ai envie de faire mon propre avenir. Moi, j’ai besoin de sortir, de rencontrer des gens tout le temps et c’est vrai que dans le milieu du travail ça nous laisse la possibilité de rencontrer énormément de monde. Moi je sais que je ne pourrais pas…C’est tout un métier, d’être mère au foyer. C’est une autre vie, je ne peux pas les juger mais moi je trouverais ça ennuyeux.

K : Que pensez-vous de la femme du XXIe siècle ?
Ça dépend des secteurs. C’est vrai que moi à mon âge, quand on est une femme - oui une femme, on peut dire une femme - on a beaucoup plus d’avantages au niveau des sorties, par exemple. C’est vrai que c’est plaisant : quand on va en boîte, ben on a des places gratuites, on a des verres gratuits. Tout le temps dans les soirées organisées il y a toujours quelque chose pour la femme et c’est vrai que le garçon il est un peu délaissé. Mais par contre au niveau du secteur professionnel ben… je trouve qu’il y a encore des progrès à faire parce que… c’est vrai que l’on en parle beaucoup à l’école avec les profs et même les profs eux-mêmes le reconnaissent ; on le sait tous plus ou moins mais quand même il y a toujours une discrimination au niveau de la femme. Je le ressens, heu… Je n’ai pas subi les frais.

K : Est-il plus facile d’être une femme qu’il y a vingt ans ? Par rapport à votre grand-mère, à votre mère avez-vous vu une évolution ?
Ben, par rapport à maman je ne vois pas trop de différence, parce qu’elle travaille, elle mène une vie active ouais, mais par rapport à ma grand-mère oui, parce qu’elle était mère au foyer et puis voilà. Elle devait s’occuper des enfants quoi ; et elle ne travaillait pas, elle ne travaillait pas.

K : Envisagez-vous de travailler ?
Ah oui ! Ah oui ! J’envisage de travailler parce que ben… justement heu… rester à la maison, pour moi ça serait trop ennuyant et j’ai besoin de bouger, je suis quelqu’un qui bouge beaucoup et…

K : L’indépendance est-elle liée au travail ?
Moi je pense que oui parce que si la femme ne travaille pas, le jour où elle veut tout quitter - j’espère pas pour cette femme - mais si elle veut quitter son mari ou quoi, ben financièrement elle ne pourra pas, donc elle sera obligatoirement obligée de…

K : Que pensez-vous des femmes qui ont lutté pour leur indépendance ?
Je suis fière de ces femmes parce que c’est grâce à elles que maintenant on a cette place dans la société. On a encore des petites lacunes, on va dire. On dit qu’il y a une égalité mais bon, l’égalité c’est pas ça. Ça dépend après des entreprises, des patrons mais bon… Pour moi c’est dans le domaine du travail qu’il y a le plus… C’est dans n’importe quel métier voilà : une femme pompier, une femme plombier, il y en a mais c’est rare. Dans nos têtes ça n’a pas encore tout a fait changé. Je ne sais même pas moi si j’aurai la chance de voir une femme présidente… Dans longtemps, dans longtemps… Il y en a déjà quelques-unes au gouvernement, mais moi, mon opinion : je pense que ça sera vraiment… Je serai très âgée.

K : L’égalité dans le couple, vous y croyez ?
Je ne suis pas au courant du tout. Il restera toujours des amis machos, qui ne voudront pas que leurs femmes travaillent, et restent à la maison. Ben… justement, dernièrement ils nous disaient que dans le sud, ils étaient beaucoup plus machos que dans le nord. Dans le sud c’est vrai que les hommes aiment beaucoup plus se faire voir, "C’est moi qui maîtrise la femme" ; ils sont beaucoup plus fiers. Alors que dans le nord, ils ont beaucoup plus de "respect" pour la femme. Vu que j’ai fait mes deux ans d’études à Troyes, c’est vrai que je n’étais plus habituée à cette mentalité. Depuis mon retour à Marseille je m’en aperçois. C’est par rapport à mes copains, je le ressens comme ça : des super machos…"Toi tu restes à la maison, ce soir je sors, tu sors pas". Ils sont super jaloux. Moi je le prends plus à la rigolade. Après, est-ce qu’ils pensent vraiment ou est-ce que c’est des paroles en l’air ? Ils le disent pas à moi, c’est à leurs copines respectives mais je pense qu’il y a une part de vérité. S’ils le disent, c’est parce qu’ils le pensent, après ils tournent ça à la rigolade mais…

K : Vous-même, est-ce que vous militez ?
Non, pour ça non, c’est vrai que je suis loin de ça.

Propos recueillis le 08/08/06 par Mireille Perez ; rédaction Patricia Rouillard

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