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Industries Marseillaises

Le retour en grâce du savon de Marseille

Reportage au parfum de lavande

Produit emblématique de la ville de Marseille et de son histoire industrielle, le savon connaît actuellement un regain d’intérêt. Besoin d’authenticité ou effet de mode... Cinq ans après s’être lancé dans cette activité, le couple Brunat n’a pas le temps de se poser la question. Leur savonnerie, la Licorne, ne cesse d’augmenter ses ventes et de s’ouvrir de nouveaux marchés.


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Moulage à l'ancienne - photo : JLopez
 Moulage à l’ancienne - photo : JLopez

"Mon mari pensait déjà à l’export. Moi, je trouvais cette idée idiote, lance Laurence Brunat tout sourire. Avec un père et un grand-père qui étaient du sérail, son conjoint Serge Brunat sortait d’un moule à savon. Lui-même commercial dans les huiles, il n’a pas eu de mal, en 1999, à convaincre sa femme de se lancer dans l’aventure. "Il m’a fait écumé toute la région PACA avec ma mallette, révèle la jeune femme. J’ai prospecté les boutiques touristiques. Les gens se sont tout de suite montrés intéressés. Alors moi aussi j’y ai cru." Cinq ans après avoir acheter les machines d’un savonnier qui ne trouvait pas de repreneurs, le couple Brunat fait partie des trois derniers fabricants de Marseille. Partie de rien, leur petite entreprise emploie aujourd’hui huit personnes et vend ses produits en Grande Bretagne, aux Etats-unis et jusqu’au Japon. En France, les savons La Licorne se sont trouvés une place de choix dans les boutiques touristiques, en drogueries, dans les salons et sur les stands d’événements comme le marché de Noël de Marseille. "Nous réalisons notre plus gros chiffre d’affaire pendant la période des fêtes, affirme Laurence Brunat. Et puis c’est en s’exposant que nous nous faisons connaître auprès des grossistes."

"Rentrer dans les supermarchés n’est pas notre priorité"

Ce n’est pas un hasard si la Licorne a gagné en 2000 le concours Créa13 de la meilleure PME. Une toute jeune société qui marche, avec un produit qui fait partie intégrante de l’histoire de Marseille... il n’en fallait pas plus pour séduire le jury. Pour Laurence Brunat, qui ne manquera pas de vous montrer le prix encadré à l’entrée de la boutique, plus qu’une reconnaissance : "il s’agit là de la preuve du sérieux et la qualité de notre travail". Sur le sol français, le savon de Marseille pourrait encore passer pour un savon rustique, bas de gamme et fait pour le ménage. Sur les marchés étrangers, c’est une appellation qui se vend bien. Et chère. "Quand un de nos clients japonais nous a dit que les savons qu’on leur vendait 5,40 Euros pièce s’achetaient là-bas jusqu’à 100 Euros, avoue-t-elle, j’ai eu du mal à le croire." Une fois quitté le territoire, le savon de Marseille devient savon de luxe. En Angleterre, aux Etats-unis, son prix est multiplié au minimum...par 8 ou 9. Seuls suffisent trois arguments en guise de formule magique : "Pure végétale", "Senteur de Provence" et "Made in France". Assurés de telles marges, il n’est pas étonnant que les revendeurs étrangers n’aient jamais demandé à négocier la prise en charge du transport, entièrement à leurs frais. "Nous mettons les produits sur palette, explique Madame Brunat. Dès qu’ils passent la porte de la boutique, nous n’en sommes plus responsables."

Un savoir-faire ancestral

Attirer cette clientèle étrangère n’a pas été facile pour autant. Elle vous le dira franchement : "Les Américains ont une assez mauvaise image des entreprises françaises. Il a fallu qu’on leur démontre que nous étions souples, que nous respections toujours les délais et que nous étions à leur disposition même le dimanche et jours fériés." Une fois les préjugés tombés, le côté artisanal du savon de Marseille a fait le reste. "Quand ils sont venus visiter l’atelier, se souvient-elle, que ce soient les Américains ou les Japonais, tous ont été séduits par notre savoir-faire ancestral. Et à la vu de nos machines centenaires, ils sont tout de suite tombés sous le charme." Si aujourd’hui l’atelier à la douce odeur de lavande se visite, ce n’est pas pour augmenter le chiffre d’affaire. L’entrée est libre. Et ce ne sont pas les quelques savons vendus par jour qui augmenteront les bénéfices. "Ni la vente à tout prix ni les supermarchés ne sont notre priorité, souligne la propriétaire des lieux. Nous laissons ce côté commercial aux grosses fabriques et aux parfumeurs".

"Pour que les Marseillais profitent de leur savon"

En fait, ce sont la municipalité et l’office de tourisme qui ont demandé aux Brunat d’ouvrir les portes de leur Licorne. A l’heure où, par besoin d’authenticité, le savon de Marseille revient à la mode, certaines personnes à la mairie auront compris l’intérêt d’ouvrir à tous un pan du patrimoine marseillais. "La boutique et l’accueil des curieux, c’était plus pour faire plaisir, avoue-t-elle. Il fallait bien que les Marseillais puissent eux-aussi profiter de leur savon". En entrant au coeur de la fabrique au sol gras et glissant, on comprend qu’elle n’a évidemment pas été conçue à cet effet. Petite, elle voit ses ouvriers la déserter lorsque la Licorne reçoit des invités. Seuls aménagements : les protections posées sur le moteurs des machines, la boutique et le musée de l’huile installé à côté afin de pouvoir diviser la visite en trois étapes. C’est ainsi que depuis trois ans, des cars de touristes de toute la France, voire de bien plus loin, débarquent Cours Julien. A la découverte du noble artisanat du savon.

Renaud Douci

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