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La revue du témoignage urbain

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Industries Marseillaises

« Je suis à la mer »

Marin-pêcheur

Depuis l’âge de treize ans, des côtes algéroises aux reliefs phocéens, Mourad Kahoul, quarante-cinq ans, œuvre sur les flots méditerranéens : « Moi, j’ai une polyvalence entre le petit métier : le rouget, la bouillabaisse, la pêche artisanale et après j’ai commencé avec mon père à faire du chalutage : c’est un engin de pêche qu’on traîne sur le fond pour la crevette, pour le poisson noble, hein. Ensuite on a fait la sardine, et après je me suis lancé dans la pêche au thon. » Entre filets et combat, pour le maintien d’une activité traditionnelle.


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K : Comment devient-on marin-pêcheur ?
Ben, on ne devient pas : on est. Cinq générations, hè, et après c’est la continuité depuis que je suis dans la pêche avec mon père, parce que je suis initié à faire ce métier comme toute ma famille. Mon père a été quand même un pilier, parmi un des très grands armateurs de pêche au thon, avec un Pied-Noir d’Oran aussi, Monsieur Lubrano. J’ai beaucoup appris avec lui et aujourd’hui, on est encore dans la pêche au thon. Alors, j’ai eu mon certificat d’étude et j’ai tellement fait l’école buissonnière que mon père en a eu marre : "Bon - j’étais à Alger chez les Pères Blancs - tu seras jamais avocat ni médecin, je veux pas gaspiller les sous." Il était assez dur et à l’époque il payait 1000 francs français à la Mission. "Tu vas aller à la pêche, on va voir de quoi tu es capable." Il m’avait donné un petit bateau de dix mètres en bois où j’embarquai trois pères de famille et je lui ai montré que j’aimais ce métier, que j’étais organisé pour gérer cette flotte de pêche, et c’est ce que j’ai fait. Après, ç’a été le syndicalisme pour défendre la pêche : je suis tombé dans une échéance où la pêche française était agressée par l’Union européenne, par des pays concurrents, et je n’aime pas l’injustice.

K : Il faut être marseillais, pour être artisan pêcheur à Marseille ?
Non : à Marseille, y’a des cultures et des traditions. Moi je suis né à Alger, mon père est napolitain de trois générations d’Algérie, ma mère est d’origine algérienne et quand je suis venu en 77 ici, par avion, à 13 heures j’ai atterri, à 18 heures j’embarquais avec les amis de mon père, des Pieds-Noirs d’Algérie qui étaient là depuis 67-68. L’amitié qu’il avait gardée, mon père, avec certains patrons de pêche, j’ai embarqué de suite et je suis parti à la pêche. Et pour être Marseillais, vous savez, Marseille a été construite par toute cette mosaïque méditerranéenne, que ce soit les Grecs, que ce soit du Maghreb, les Espagnols, les Portugais. Marseille, ç’a été ma terre d’accueil. Pour moi, c’est un grand pays du soleil et il faudrait garder cette pêche artisanale qui est fondamentale pour Marseille.

K : Comment fait-on pour trouver le thon ?
Déjà, le pêcheur a du mal à le trouver depuis des siècles. Le thon est un poisson très noble, et quand on voit un thon qui traverse l’Atlantique en 72 heures, c’est quand même un grand poisson, un grand migrateur. Le thon, c’est une pêche à la chance et on trouve, parce que bon, c’est une question de feeling aussi : on sait qu’à tel endroit il est plus qu’à d’autres. Entre pêcheurs, on se donne pas les secrets.

K : Quels sont vos outils de travail pour la pêche au thon ?
La senne tournante : c’est des bateaux de 32 à 45 mètres que je représente, en Italie ou en France, parce que je suis depuis cinq ans président du syndicat des pêcheurs de thons français et y’a quelques mois, j’ai été élu président de l’Association des thoniers méditerranéens. Ce sont des bateaux qui encerclent le poisson avec un filet et qui a une poche avec des anneaux, et le poisson est complètement pris dans une nasse. Alors, y’a plusieurs outils de travail : y’a la palangre flottante, c’est un bout avec plusieurs filins avec des hameçons, on appelle ça en jargon anglais "longline". Sinon, y’a à la canne, c’est plus pratiqué par les Basques espagnols ou quelques Basques français. Et y’a la thonaille, qui est un métier artisanal d’une grande qualité mais là aussi, on a fait l’amalgame entre le filet maillant dérivant coréen, asiatique, qui n’a rien à voir avec la pêche à la thonaille de tradition de la région PACA, entre Carro et Marseille : c’est un filet grossier, typiquement pour le thon, pas pour les pêches accessoires comme le mammifère. Ça, ça représente 0,1 % et on a fait l’amalgame pour enlever ce métier traditionnel et culturel, on n’a pas tenu cas des études du CNRS et on a voulu balayer cette pêcherie, alors il faut se battre pour leur faire comprendre. On arrive à une échéance très dure en novembre, à l’ICCAT, c’est une conférence internationale sur le thon rouge, l’espadon de Méditerranée et si on est pas écouté, on va écrire une lettre ouverte au Président de la République.

K : Quel entretien exigent les outils, le bateau ?
Ben, c’est l’entretien classique, hè : on tire à terre une fois par an le bateau pour le caréner, pour l’entretenir. Un bateau en fer, c’est le sablage, la peinture, un bateau en bois, il faut le calfater, ça veut dire entre planches, éviter qu’y ait des passages d’eau. Après, le matériel de pêche, c’est les pêcheurs sur le quai qui essayent de l’entretenir, à coudre les filets, c’est des trucs classiques. Là on est en train d’ouvrir une école d’apprentissage pour les jeunes, pour leur apprendre le métier de marin-pêcheur. Il faut arrêter de dire que le métier, y’a pas d’avenir : c’est faux, c’est un métier d’avenir. Y’a jamais eu d’école typiquement comme quand je suis arrivé avec mon père, de terrain - oui, y’a des écoles maritimes où c’est que de la théorie, très peu de pratique. Moi j’ai commencé par la pratique et après la théorie parce que le jeune, c’est dommage de lui faire perdre trois ans à l’école si demain il n’aime pas la mer, il faut lui apprendre déjà sur le terrain.

K : Vous travaillez en équipe ?
Oui : un bateau comme le mien, on est quatre, sur un thonier ils sont douze, sur un chalutier ils sont six, ça dépend du bateau mais en moyenne, c’est six, sept personnes à bord d’un bateau.

K : Qui fait quoi, sur le bateau ?
Moi, je patronne, je gère le bateau (rire), l’équipage connaît son poste, chacun à son poste. L’essentiel c’est d’amener le bateau dans les bonnes zones de pêche, c’est moi qui a le souci de la commercialisation, de pouvoir pêcher pour rentabiliser l’entreprise et payer les marins.

K : Quel est votre rythme de pêche ?
Ben, c’est de partir à trois heures du matin et faire douze, treize heures par jour, voilà le rythme normal d’un marin-pêcheur. Ouais, vous partez à deux heures, trois heures à bord, vous faites deux ou trois heures de route - tout dépend la vitesse du bateau - après vous tirez les filets, vous faites route, vous avez à peu près deux heures aussi de travail pour rentrer, trier le poisson, ranger le filet, réparer si y’a des dégâts, souvent, dans le filet. Arrivé à la criée, il faut débarquer le poisson, mettre en caisse, l’expédier au mareyeur ou à l’export et le marin, il rentre chez lui, il est dix-neuf heures, il a tout juste le temps de manger et il se couche. Moi, je fais trois, quatre heures de sommeil, et y’a des moments où on est à plat. Quand on a cinq, six jours de beau temps, c’est non-stop. Ah ! Ben nous, on est tributaires du temps, hè : on peut avoir cinq, six heures de mistral du lundi au vendredi et le samedi il fait beau, il faut y aller. On est rémunéré à la part : si on pêche, on est payé, si on pêche pas, on n’a rien. Mais les prix, c’est toujours les mêmes, continus. Voilà la vie de pêcheur.

K : Où vendez-vous votre poisson ?
On vend aux poissonniers, à des mareyeurs, des négociants de poissons, à Saumaty, à Port-de-bouc, un peu partout, tous azimuts.

K : La concurrence est-elle difficile ?
La concurrence française ne me gêne pas du tout, j’adore la concurrence, hè. On a une concurrence déloyale des pays tiers, qui n’a pas les mêmes charges. Ici, pour que ce soit rentable pour notre entreprise, il faut que ça soit 1 € du kilo minimum et vous voyez du poisson qui vient sur le marché français à 0,50 €, ou des loups et des daurades… Je suis aussi président du Comité Régional PACA et j’ai mes amis aquaculteurs, parce qu’à une époque, mon père et mes oncles, ils ne voulaient pas parler de l’aquaculture : c’était tabou, c’était une concurrence déloyale, et je suis arrivé à fédérer les aquacultures de qualité en région PACA. On a les plus grandes fermes vers Cannes, Toulon, la Seyne. Y’aProvence Aquaculture au Frioul, que j’ai beaucoup soutenue et que je continue à soutenir. Je suis fier parce que c’est la première ferme bio, ils sont deux jeunes dynamiques et je ne veux pas bafouer les anciens, mais il faut respecter les jeunes parce que c’est la relève et notre identité qui reste. L’aquaculture, ils ont une part de reconnaissance parce que y’a une concurrence déloyale de Turquie ou de Grèce qui rentrent du poisson 50% moins cher que la production française, alors je soutiens cette filière. Ç’a été difficile de faire comprendre à mes copains pêcheurs en mer ouverte, il fallait qu’on les accepte, on n’avait pas d’alternative et il vaut mieux contrôler une pêche française de voisinage, soutenir des aquaculteurs de qualité, qu’avoir une concurrence déloyale des pays tiers qu’on ne contrôle pas. Pour le consommateur, la traçabilité est claire, qu’un produit de l’extérieur, on sait pas d’où il vient, comment il a été conditionné, dans quelles conditions il a été pêché. Là, je travaille avec une ONG dans le processus d’une pêche responsable, et on va travailler sur du filet de pêche biodégradable.

K : Que préférez-vous, dans votre métier ?
Rester pêcheur traditionnel, parce que dans la pêche traditionnelle y’a des cultures. Quelque chose de très symbolique, c’est que le consommateur ne mange pas du poisson qui a six mois dans les frigos et mon métier de pêcheur, c’est d’être au contact du consommateur, de pas faire de la pêche industrielle qui perd les repères du pêcheur au consommateur. Je travaille actuellement sur la production et la commercialisation direct au consommateur et si je viens souvent, il faut que les consommateurs sachent pourquoi : parce que la grande distribution, quelle que soit l’enseigne, ils vendent n’importe quoi, ils s’en foutent, c’est le profit. Moi, je contrôle dans les grandes surfaces et quand je vois que le poisson est impropre à la consommation, par exemple, je suis obligé de le mettre par terre puisque c’est ma vie, je ne peux pas laisser le consommateur acheter de la merde, s’intoxiquer, après il bannit ce produit et qui c’est qui va morfler ? C’est le pêcheur.

K : Et quand vous partez sur votre bateau… ?
Je perds pas mes repères : je prends au cap, je vais sur les zones de pêche. C’est vrai que depuis quelques années, c’est le combat. Quand je vais à la pêche, je m’évade des portables, du stress administratif et je revis, je reprends de l’énergie. On m’a posé une question sur une chaîne de télévision, y’a pas longtemps : "Vous êtes capable de quitter et faire une représentation à Bruxelles ou dans une commission internationale et travailler directement, au lieu de venir et partir ?" Je peux pas quitter la mer, c’est impossible. Je préfère même me taper six heures de vol que rester dans un bureau feutré et perdre mes repères, il faut être au contact tous les jours. C’est pour ça que moi, le jeudi, vendredi, samedi et dimanche, jusqu’au lundi quand il fait beau, je suis à la mer. Ah oui ! C’est avec plaisir, hè. Moi, ce que je reproche à mes parents, c’est qu’on a toujours bafoué les médias, les journalistes, et ça c’est interdit aujourd’hui. Pourquoi les écologistes nous tapent dessus ? Parce qu’ils savent communiquer. Nous on sait pas, on sait pêcher mais on sait même pas vendre, la preuve, on est bafoués par les négociants de poissons et ça c’est scandaleux. Tout le monde sait pêcher aujourd’hui parce que la technologie de la pêche, l’électronique a évolué. Il faut savoir vendre aussi pour valoriser son produit et son entreprise et surtout, garder ses repères de pêche artisanale.

K : Quelles réglementations régissent votre activité ?
Ah ! Alors, la pêche française est gérée par huit cent quarante-sept règlements communautaires : on a des licences de pêche, des jours de mer, une réglementation sur le maillage, la longueur des filets, l’embarquement du bateau, et 50% est inadapté : la preuve, ils sont en train de réduire 30%. La réglementation communautaire pour 2008-2012, on veut casser 30% de la flotte, encore. 2004, on a cassé quand même 42% de pêche en région PACA. On essaye de dire : "Les pêcheurs, c’est à cause d’eux qu’y a plus de poisson." Faux. Comment ça se fait qu’on a cassé 42% de la flotte depuis dix ans, et on se plaint que certaines espèces ont disparu ? Est-ce qu’on a fait des analyses d’eau sur la pollution des dégazages sauvages des gros trusts pétroliers ? Aujourd’hui par exemple, les pêcheurs de daurade à la palangre, aux hameçons, on veut appliquer et je l’ai bloqué à Bruxelles par du lobbying. On veut pêcher des daurades de deux kilos avec des hameçons pour pêcher des cachalots de quatorze centimètres ! Ils veulent faire une réglementation de Mer du Nord, sans reconnaître la spécificité méditerranéenne. À Marseille, y’a des petites barquettes de sept à dix mètres qui pêchent la rascasse, la bouillabaisse et chaque région a sa culture et sa tradition, c’est pour ça que je me bats pour garder les traditions dans chaque région.

K : Des espèces de poisson disparaissent ?
Non, au contraire : on revoit beaucoup de poissons qu’on ne voyait plus. La langouste, y’en a, du thon, on a fait tant de cinéma depuis deux ans, c’est la politique un peu américaine : à une époque, à San Diego, y’avait une grande pêche thonière et pour éliminer cette pêche, on a dit : "Il faut plus manger de thon parce qu’y a du dauphin dans les boîtes." On a essayé de faire peur, depuis deux ans, ici. Les scientifiques à l’ICCAT ou l’Union Européenne qui donnent des études sur la Méditerranée, c’est des scientifiques américains. C’est là où l’opinion publique doit savoir la vérité, parce que dans pas longtemps y’aura plus de pêcheurs et on saura plus quoi manger, et là ça devient dangereux parce que c’est tout un métier, des traditions qui se donnent. Si y’a plus de pêcheurs, c’est fini, et ceux qui sortiront des écoles ça sera plus les donneurs de leçons de pêche, et la pratique est fondamentale. On a des scientifiques, des gens de terrain à la FAO ( Organisation des Nations-unis pour l’alimentation et l’agriculture ), à la CGPM ( Commission Générale des Pêches pour la Méditérrannée ), une organisation de chercheurs méditerranéens, ceux-là ne sont pas consultés. Y’a pas de volonté politique pour vraiment défendre et la dernière réunion que j’ai eue à Paris devant le directeur des pêches, de dire : "Pourquoi vous ne faites pas une étude sérieuse ? - Pas de budget." Alors certains scientifiques essayent de dramatiser la situation en disant : "Oh, y’a plus de poissons", pour avoir des budgets, mais qui morfle pendant ce temps ? Ben c’est le pêcheur, parce qu’on fait un arrêt sur une espèce. C’est en dents de scie, la pêche, c’est très aléatoire : intempéries, y’a des cycles, on comprend pas, même pas les scientifiques ils le comprennent. Aujourd’hui, on a pris cent kilos de merlan, le lendemain, au même endroit, y’en a plus et on revient quinze jours après, on en prend. Ça s’explique pas, c’est la nature.

K : Vous arrive-t-il de revenir le bateau vide ?
C’est très rare. Ça arrive, hè, mauvais courant. Le poisson, il vit un peu comme nous : quand il pleut, on se balade pas dans la rue en T-shirt, c’est exactement pareil, quand il fait mauvais, qu’y’a des courants, le poisson il se met dans des abris, il bouge pas, ç’a été prouvé. C’est pour ça que à des moments, on peut rentrer, pas sans aucun poisson, mais c’est pas rentable pour la journée de pêche et y’a des jours, alors, on sait plus où mettre le poisson.

K : Justement, faites-vous encore des pêches miraculeuses ?
Bien sûr. Maintenant les pêcheurs de thon ont le droit de pêcher deux mois par an et après, on entend que les pêcheurs de thon ont dépassé le quota. Si y’a plus de thons, on peut pas pêcher en deux mois ce qu’on devrait pêcher en un an, c’est que du thon, y’en a. Y’a quelques années, on disait : "La sardine, dans le Golfe du Lion, y’en a plus" mais la rade est pleine de sardines. Vous allez au ralenti au moteur - et c’est pas une galéjade, c’est la réalité - pour ne pas brusquer le poisson et à l’épuisette, vous prenez un seau de sardines.

K : Avez-vous une anecdote liée à votre activité ?
Y’a dix ans, j’ai pris un requin blanc de trois mètres, au large de Riou. Dans l’enrouleur de filet, tout d’un coup, je vois un museau arriver, je regarde et je suis reparti à la renverse ! Il était vivant, mais tout enroulé dans le filet. Je l’ai ramené ici et j’en ai fait cadeau au Centre océanographique de Marseille pour faire des recherches. Mais j’ai perdu une journée entière et j’ai fini à deux heures du matin avec la grue sur le quai pour le mettre à terre.

K : Pensez-vous être le représentant d’une tradition ?
Moi, je suis pêcheur de tradition et de culture, je pense être le représentant d’une vraie pêcherie, d’un vrai métier, dur mais passionnant. Je ne pourrais pas faire autre chose. Si j’étais dans certains endroits où la mer a séché comme la mer d’Aral au Kazakhstan, je sais pas s’il ne faudrait pas que je me rapatrie dans un endroit où y’a de l’eau : c’est comme une grenouille, elle ne peut pas rester sans eau.

K : En quoi appartenez-vous au monde maritime ?
Déjà par ma famille, hè. Le monde maritime, je suis né dedans, c’est ma vie. Marseille, j’adore, je voudrais que la pêche à Marseille perdure : c’est magnifique de voir le matin tous les pêcheurs, des gens très courageux, aller avec des petits pointus… Souvent y’a beaucoup de vent, le mistral, c’est pour ça qu’on est dans la plus belle ville de France : on a le bien de Dieu, la Bonne Mère qui nous protège par le mistral, ça dégage. Et ces gens-là vont affronter la mer tous les jours à Sormiou, à Morgiou, aux Goudes, à la Madrague, au vallon des Auffes, tous ces petits ports où ces petits pêcheurs artisans ramènent cette production locale, peu, parce que c’est en rapport avec l’engin, c’est la réglementation. Aujourd’hui, un bateau de pêche ne peut pas être renouvelé sans l’accord de l’Union Européenne. C’est complètement aberrant : si on casse un moteur, il faut demander l’autorisation avant de le changer. Et ces pêcheurs qui vont avec des vieux moteurs, toc, toc, toc, toc, toc, au Château d’If prendre dix kilos de rascasses, deux kilos de rougets et amener le poisson vivant sur le quai… Y’a qu’à Marseille qu’on voit ça, c’est pour ça que j’ai milité pour renouveler les tables pour les pêcheurs, les mettre aux normes sanitaires pour le consommateur. Je me bats beaucoup pour la qualité, là on est en train de créer cette maquette pour leur attribuer des sacs en plastique avec un logo Pêche artisanale, pêche fraîche, pêche locale avec des fiches recettes. J’ai rien à apprendre aux Marseillais sur la bouillabaisse mais on a déjà un site. Et la tradition de la pêche artisanale à Marseille, dans la région PACA aussi, elle est magnifique. De Menton jusqu’aux Saintes-Maries de la Mer, c’est que des falaises de roches - je vais pas critiquer mes amis du Languedoc-Roussillon mais c’est un fond plat, vaseux, sableux, le poisson n’a pas la même texture, le même goût, la même iode et je dis que de Marseille à Menton, le meilleur poisson, c’est chez nous !

Propos recueillis par Barbara Marin le 13/10/07 ; rédaction : Odile Fourmillier ; image : Laurent Dumoulin.

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