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La revue du témoignage urbain

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Chacun son métier

Ceux qui murmuraient à l’oreille des Vespa

Germain et Eugénie, jeunes propriétaires du garage Vespa flambant neuf qui a ouvert ses portes il y a peu rue Saint Savournin, nous content leur amour de ces scooters singuliers et de la "vieille mécanique". Tout en nous livrant quelques-uns de leurs secrets de restauration : manuel à l’usage des passionnés...


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K : Présentez-vous, pour commencer, tous les deux.
Germain Hild. - Je m’appelle Germain, ça fait trois ans que je suis dans la mécanique, en particulier basée sur les Vespas : l’ancienne mécanique, quoi. A force de pratiquer, on s’est dit que c’était bien d’ouvrir notre magasin. Voilà... Passionné des vieilles choses en général, et surtout de la mécanique.
Eugénie Réhabi-Grandadam. - Moi, c’est Eugénie. J’ai commencé par les bateaux ! Je suis diplômée en mécanique bateau, et puis ensuite j’ai eu ma Vespa... Je me la suis refaite toute seule. Quand j’ai commencé à faire de la mécanique dessus, j’ai voulu tout savoir donc je me suis lancée dans la Vespa ! C’est comme ça que j’ai connu Germain. C’était mon tuteur de stage. Et voilà ! J’ai fait un stage de trois mois, et puis après c’est devenu un virus. Bon, et puis mon papa était dedans depuis déjà 40 ans. C’est une affaire de famille... C’est un héritage.

K : Il était dedans... professionnellement ?
Non, passionné. Et puis bon, il faisait un peu sa mécanique à lui aussi, sur ses scoots. Donc voilà. J’en ai fait un peu avec lui, aussi. Le petit virus de la famille...

K : Vous avez quel âge, tous les deux ?
Eugénie : Moi j’ai 26 ans.
Germain : Et moi 29.

K : Vous êtes nés ici ?
Eugénie : Moi Aix. Mais je suis arrivée là, j’avais trois ans.
Germain : Moi je suis né à Carpentras, dans le Vaucluse. Je suis originaire du Vaucluse, en fait. Je suis arrivé à Marseille quand j’ai commencé à bricoler dans les Vespas, justement. Je voulais refaire le mien, je cherchais pas du tout dans ça et j’avais trouvé un magasin sur Marseille. Et en fait, en commandant la pièce que je recherchais, j’ai envoyé une candidature et ça a commencé comme ça pour moi.

K : Et là vous êtes en train de passer le BEP, c’est ça ?
Ouais. Pour compléter... Pour avoir le diplôme...

K : Pour valider votre expérience ?
Voilà. Exactement. J’ai d’autres diplômes mais qui ne servent pas forcément... J’avais envie d’avoir ce petit truc en plus, tant qu’à faire. En plus, en ayant le magasin, tout ça, bon... C’est bien que ce soit un peu officiel, quoi.

K : Vous avez quoi comme autre formation, alors ?
Une formation de designer industriel. Donc, dessin industriel, tout ce qui est cotation de pièces... Ça a quand même trait à la mécanique, quoi. C’est plus la conception, l’étude des structures, des matériaux et tout ça, et après, design, c’est plus l’esprit esthétique en plus de l’esprit fonctionnel. Entre-temps, j’ai fait aussi un peu de mécano-soudure. Donc du coup, l’un dans l’autre, les expériences s’ajoutent... Ça fait qu’aujourd’hui, on peut tout refaire sur la Vespa, que ce soit la tôlerie... si après éventuellement il y a des pièces à fabriquer pour plus tard, si on peut fabriquer nos propres pièces... Ce sera l’aboutissement du truc, quoi.
Eugénie - On aimerait bien, ouais.

K : Il paraît que ça coûte très cher en matériel, pour pouvoir faire ça.
Germain : Ouais...
Eugénie : C’est la machine, hein... Le tour.
Germain : Il faut des machines-outils en plus, pour usiner l’acier, qui sont assez importantes, assez chères... donc c’est précis, aussi. C’est une autre étape, quoi ; la fabrication. Pour l’instant on se contente de... Etant donné qu’on trouve toutes les pièces, de toute façon, qu’on a besoin, pour l’instant on les achète telles quelles. Peut-être plus tard ?
Eugénie : Ben oui, j’espère bien ! On va se lancer...
Moi aussi, j’ai d’autres diplômes, en fait. J’ai fait quatre ans de secrétariat : mon BEP et mon Bac. C’était pour rassurer ma maman, en fait. Elle voulait pas trop, mécanique et tout... Donc j’ai fait mes diplômes (bon ça me sert maintenant, quand même) et puis après j’ai arrêté, et je suis partie en mécanique.

K : C’est sûr que le secrétariat, savoir se débrouiller des papiers, ça peut servir pour une entreprise...
Ah le secrétariat ! C’est vrai que ça nous a bien servi du coup ; même des diplômes qui n’ont pas forcément à voir avec la mécanique nous servent pour gérer le magasin, pour le site internet (c’est Germain qui va s’en occuper, parce que bon, il a les compétences)...

K : Vous ne l’avez pas encore ?
On peaufine ! On est en train de finir, parce que justement on pensait avoir le temps et...
Germain : Et ouais ! On pensait le mettre en ligne quand on ouvrirait, et puis finalement, on a beaucoup de clients déjà comme ça, donc... Bon, petit à petit, quoi. Les sites c’est surtout pour faire de la vente en ligne en général, et pour l’instant on n’a pas encore de stock suffisant.

K : De la pub, aussi...
Ouais, ça fait aussi de la pub. Et puis même pour les commandes de restauration, des fois il y a des gens...
Comme il n’y a pas énormément de gens qui le font, en France (il doit y avoir une dizaine de magasins à peu près qui sont spécialisés “anciennes Vespas”)...

K : ...Sur toute la France ?
Ouais ouais. La restauration complète, il y en a pas beaucoup qui le font. Et nous en plus on peut faire la peinture, et on essaie de tout faire dans les règles de l’art, quoi.
Eugénie : D’origine.
Germain : Comme c’était fait à l’époque. La peinture, la carrosserie... Pas mettre des couches de syntho comme feraient certains carrossiers modernes, quoi. On essaie de respecter...
Eugénie : ...la tradition.
Germain : ...une identité.

K : Ça coûte cher en général, de faire refaire une Vespa ?
Germain : Ben il y a... Le prix global est relativement élevé, puisque ça coûte quasiment le prix d’un scooter neuf. Mais bon en même temps, c’est assez justifié, puisque nous on les met à nu intégralement. Après on s’occupe de la carrosserie, la redresser, faire la peinture (la peinture en elle-même coûte aussi très cher) et puis après on repasse tout pour que ça soit dans l’état comme quand c’est sorti d’usine, à l’époque où c’est sorti, quoi.
Eugénie : D’origine.
Germain : Voilà. Et là, après ça... Forcément... Mais une fois restauré à neuf, c’est reparti pour 30, 40 ans, quoi !
Eugénie : De toute manière, si c’est encore là maintenant, c’est que...

K : ...c’est solide.
C’est solide et ça peut tenir bien encore 50 ans. On transmettra à nos enfants et petits-enfants... Quoique je ne suis pas sûre que la mienne, je la donnerai ! (rires)
Germain : Moi non plus, la mienne...
Eugénie : Non, mais on verra, on en fera d’autres pour eux !
Germain : Ouais, on verra.

K : Elles sont là, les vôtres ?
Eugénie : Elles sont là. Moi c’est la petite violette, et ça c’est celle de Germain, le GL qui est à côté. Un peu... un peu dans l’état. Et puis il y a celui qui est un peu découpé avec des Serflex un peu partout. Le noir mat qui est derrière, sur la pelouse.
Germain : ...Un peu épuré.
Eugénie : La mobylette aussi c’est à lui.
Germain : On m’en a fait cadeau, et puis j’en ai encore chez mes parents. Une Coccinelle aussi, de ’72, mais bon. Les voitures ça prend plus de place, donc !... On verra après. Plus de temps, aussi. Là, l’avantage, c’est que ça reste assez abordable, un projet Vespa, par rapport à une voiture où il y a quand même tout l’intérieur... La restauration complète de voiture c’est... c’est quand même à une autre échelle, quoi.
Eugénie : C’est beaucoup plus long, en plus. Alors que la Vespa, si on fait bien la peinture, tout ça, en deux semaines, voire trois semaines, c’est fini et ça roule, quoi. Donc c’est un peu plus sympa !
Germain : En étant efficace et rigoureux. Organisé.
Eugénie : Voilà, il faut être organisé. Faut pas se laisser déborder.
Germain : C’est assez rapide.

K : Comment vous avez acquis les vôtres ? On vous en a donné une partie, c’est ça ?
Eugénie : C’est mon papa qui avait un lot de Vespas, en fait. Puisqu’au départ, il avait ouvert un petit commerce en Auvergne. Mais en Auvergne, pareil... Comme on disait, il n’y a pas le même passage qu’en centre-ville. C’était pas trop ça, donc il gaspillait, disons qu’il payait des charges, tout ça, pour pas grand-chose. Du coup il a fermé et il nous a revendu tout ce qu’il avait dans l’atelier.
Germain : C’est pas vraiment les nôtres, c’est ceux qu’on a rachetés pour les vendre. A la base on savait pas trop si on allait ouvrir ou pas. Et là on les garde quand même de côté plus pour le magasin, après, les nôtres on les a eus...
Eugénie : Moi c’est mon cadeau d’anniversaire. Pour mes 22 ans, la première.
Germain : Cadeau du papa... Une fois, de bons achats sur internet... Et moi le mien je l’ai depuis... c’est celui que j’avais quand j’avais 15 ans. A l’époque je l’avais fait un peu comme je voulais avec les moyens du bord, on va dire ! Là du coup que c’était mon métier, j’en ai profité pour le faire comme je voulais, mais avec les nouveaux moyens du bord ! Donc des trucs assez...
Eugénie : Plus modernes. Qui peut pas rouler sur la route tous les jours... Un peu trop customisé.
Germain : Un scooter d’exposition, en fait !
Eugénie : Une miniature.
Germain : A déplacer sur une remorque, et...
Eugénie : ...à ne pas utiliser.
Germain : ...à ne pas rouler avec, quoi. Bon, ça... Il y en a qui peuvent penser que c’est un peu inutile, mais...
Eugénie : C’est son plaisir !
Germain : Moi c’est mon délire, quoi. Faire des trucs qui...
Eugénie : ...vont pas marcher !
Germain : Après, c’est les faire... (A Eugénie) Ben non, ça marche... ! Mais on ne peut pas s’en servir vraiment, en fait. Mais bon, c’est rigolo !
Eugénie : Moi je suis plutôt dans la tradition. Je veux que ce soit tout d’origine. Et j’aime pas trop que ce soit... trop bidouillé. Bon après, chacun fait comme il veut, ça ne me dérange pas. Mais... J’préfère quand même que ce soit tout bien d’origine, qu’il n’y ait rien de trop bizarre dessus. Genre les rééditions de crash-bars ou des trucs comme ça.
Germain : Après il y a les modèles comme le vert qu’il y a là ; c’est un modèle assez rare, donc celui-là si je le refais, je le referai identique à l’origine avec la vraie peinture, la référence d’époque, tout ça quoi. Après, les autres... L’autre que je me suis remonté, c’était quand même avec cet esprit, de refaire un peu comme ils auraient pu faire à l’époque. Pas avec un aileron de Formule 1 derrière, par exemple. Ça reste quand même dans l’esprit “custom” d’époque.

K : Ce goût pour les Vespas, ça vous est venu d’où ? Vous, de votre père... (Eugénie acquiesce)
Germain : A la base, c’était plus les Coccinelles, ma passion. Enfin, tout ce qui est ancien, en fait ! Le vrai déclic, ça a été un copain à mon frère qui en avait une, d’ailleurs c’est la jaune et orange qu’il y a derrière, là-bas. Il venait voir mon frangin avec quand j’avais 12, 13 ans. Ça m’avait bien donné envie ! En attendant d’avoir la Coccinelle, j’ai... je suis passé par la Vespa et finalement, je m’suis pas arrêté à ça.
Eugénie : Ben tant mieux qu’il soit passé dans les Vespas... sinon je ne l’aurais pas connu !

K : Ça fait combien de temps que vous vous connaissez ?
Eugénie : Trois ans. Trois ans qu’on est ensemble. Mon tuteur... ! (rires)
C’est vrai que si on ne s’était pas connus dans le milieu de la Vespa, on n’aurait sûrement pas lancé le magasin chacun de notre côté. On l’aurait pas fait.
Germain : Ouais, on l’a fait parce que c’était, disons, notre projet commun. Après, moi je pense, j’aurais fait plutôt des meubles ou autre chose...
Eugénie : Moi je serais restée dans la mécanique bateau, sûrement. Je serais repartie là-dedans.

K : Qu’est ce qui a été le déclic, pour ouvrir le magasin, justement ?
Eugénie : Ben moi j’avais l’idée, déjà, dans ma tête. Avant même de commencer ma Vespa, je voulais me lancer dans un magasin de mécanique. En fait au départ je voulais les louer... Je voulais partir au Mexique, faire une location de Vespas et puis la belle vie, quoi ! Être au bord de la plage, s’amuser un peu à faire des scoots, et puis à la rigueur louer les scoots et pas se prendre la tête. Faire un peu des bateaux et...

K : Pourquoi au Mexique ?
C’est un ami qui m’en avait parlé une fois, et il m’avait fait un joli portrait du Mexique ; ça m’avait plu et tout, donc je voulais à tout prix aller là-bas. Parce que je faisais de la plongée sous-marine (en apnée, pas en bouteilles) et à un certain moment je voulais me diriger vers un diplôme aussi pour justement être prof, faire les sorties en bateau, prof de plongée, tout ça. Je m’étais un peu renseignée et puis au final... Je suis partie dans les Vespas. Donc j’avais arrêté. Mais au départ c’était ça ! Faire un peu des bateaux, un peu des Vespas, à la rigueur un peu en louer pour les touristes, des trucs comme ça. Et puis... Attendre que tout ça passe. Ne pas se prendre trop la tête. Au final, tous les deux, notre projet ça a été un peu commun alors on a un peu peaufiné et puis au final on est arrivé à "Ben on reste, et on fait ça sur Marseille." Puisqu’on n’est pas beaucoup : on n’est plus que deux, là maintenant à Marseille, à faire les Vespas, donc il y a du marché pour les deux.

K : Une dizaine en France, dont deux à Marseille ?
Au départ on était trois, il y en a un qui vient de fermer là, récemment ; et puis il y en a encore un autre qui est ouvert. Bon, c’est un collègue. C’est très bien ! Il y a beaucoup de Vespas à Marseille, donc il y a possibilité d’avoir plusieurs personnes qui travaillent. Pour ça, c’est assez bien. Et puis bon, je pense qu’il faut garder un peu cet esprit, “famille” on va dire, au niveau de la Vespa, parce que c’est assez ça, quand même.
Mais ça n’a pas été compliqué d’ouvrir, j’veux dire par rapport au budget, par exemple. En fait, Germain avait mis pas mal d’économies au fur et à mesure des années, et moi, disons que c’était plutôt par rapport à mon papa, qui nous a refilé pas mal de choses (c’est-à-dire... tout !). Tout ce qui est déco, ça vient tout de lui ; tout ce qu’il y a dans la vitrine, la plupart des scoots, les bureaux, le comptoir... Il n’y a que les ponts qu’on a achetés, on va dire. Puis bon, deux-trois trucs pour finir la déco, tout ça, mais il nous a vraiment vraiment tout donné.

K : Il doit être super fier...
Ouais ! Ben là tout à l’heure c’était lui au téléphone, "alors comment ça se passe ce matin ?" Il m’appelle le midi, il m’appelle le soir pour savoir les demies-journées, comment elles se passent. Et puis il est assez content. Des fois je l’appelle pour le faire participer : si je bloque sur un scoot ou quoi, je dis "bon y a ça, ça, ça" et puis je lui demande : "t’as pas une petite solution ?" Bon et hop, il me donne un coup de main et il est tout content parce qu’il a filé la main même s’il est en Auvergne, là-bas. Bon, et puis pareil, si on a des recherches à faire sur internet pour des scoots ou quoi, je l’appelle et je lui dis "tu peux pas me faire la recherche ?"

K : Il doit être super content de vous voir reprendre le flambeau...
Oui là... ! Et puis il y a mon petit frère, aussi. Le petit dernier qui a six ans... Ouh là ! Non ! Il va me taper ! Il a neuf ans ! Il a fait neuf ans hier, en plus... qui est à fond de mécanique aussi. Il aide mon père, comme moi quand j’étais plus jeune, à faire un peu les mobylettes, les trucs comme ça... Donc comme je lui ai dit "si tu continues comme ça et que le magasin marche, je te prends comme apprenti dès que tu seras un peu plus grand !" Bon, on reste dans le côté famille, même si après on peut embaucher quelqu’un d’autre qui n’est pas forcément de la famille. C’est vrai que si on peut garder ce petit truc... Faire plaisir à mon père et puis même à nous, avant le petit frère...

K : Pour revenir sur votre formation... Il ne devait pas y avoir beaucoup de filles, en mécanique ?
Non, j’étais la seule ! On était 14 et j’étais la seule fille. Et en plus ce qu’il y a eu, au départ, vu que j’avais mon diplôme de BEP secrétariat, je ne devais pas repasser tout ce qui est "matières principales", français, maths, anglais. Mon prof, par erreur m’a inscrite à la session de février pour passer le diplôme mécanique mais en fait c’était juste pour ceux qui n’avaient pas eu le français, maths, anglais, qu’ils puissent le passer à ce moment-là. Il m’a inscrite par erreur, et il m’a dit bon, heu... "tu y vas et tu vois un peu comment ça se passe en milieu d’examen", tout ça. "Au moins t’as une idée, même si tu l’as pas c’est pas grave" et puis finalement j’ai eu 12 de moyenne ! Je suis rentrée en septembre, je l’ai eu en février. Donc je l’ai eu même avant tout le monde ! Alors qu’il y en avaient qui étaient diésélistes, poids lourds... Je suis arrivée ! (rires)

K : C’était pas compliqué, de faire sa place ?
Non. J’ai un caractère un peu... bien trempé. Je ne me laisse pas trop faire. Donc du coup, ça passait bien ! La formation où j’étais, c’était pas trop des jeunes, mais des gens d’un certain âge. Il y en avait qui avaient 40 ans, 50 ans, qui se redirigeaient dans leur vies, on va dire. Du coup, c’était assez sympa. Et puis le prof nous avait séparés en deux groupes, donc il avait mis les plus jeunes dans un et les plus vieux dans l’autre, et il m’avait mise dans celui où il y avait les plus vieux. Ils essayaient de m’aider quand je ne comprenais pas un truc ou quoi, pour porter certaines choses, même si après je leur disais "non, mais laisse-moi faire, parce que si demain je suis toute seule à porter ça, comment je fais si t’es pas à côté de moi ? Donc laisse-moi je me débrouille, je trouve un truc." Non, ça se passait super bien.

K : C’est un peu tout ce qui est vintage, qui vous plaît ?
Oui. Mais on collectionne aussi tout ce qui est électroménager : Moulinex, on a plusieurs étagères à la maison de... des choses qu’on a récupérées d’ailleurs aussi aux grand-mères, un peu autour de nous... Et puis plein d’autre choses...
Germain : Ouais... Chez mes parents aussi... Moi je collectionne les platines, aussi. Platines vinyles, tout ce qui est ancienne électronique, les projecteurs super 8...

K : Il y a des années spéciales, pour les Vespas, ou des modèles spéciaux, qui sont plus chouettes que d’autres ? Qui ont des particularités intéressantes ?
Eugénie : Moi je les aime tous sauf les nouveaux, là. Les LX. Tout ce qui est "faux-Vespa", là... (Rires) Bon c’est pas des faux-Vespas, mais c’est du plastique et il y a pas de vitesse, pas de frein au plancher... Y a pas l’esprit de la Vespa. Après... Le PX... Et encore je trouve ça un peu carré, moi. Mais toutes les vieilles coques, je trouve ça génial !
Germain : Après, en France, il y a des modèles italiens qui sont assez rares. Comme le Faro Basso, celui qui a le garde-boue sur le phare... (Rires) Heu le phare sur le garde-boue !
Et donc il avait du être modifié pour l’homologation française. Du coup en Italie, ceux qui ont le phare en haut, c’est l’inverse, ils sont plus recherchés.
Après, ouais, c’est selon les années... Les modèles de ’52, et certaines séries aussi qui ont été moins sorties. Il y a des modèles qui sont sortis, bon c’est après-guerre : il y a un modèle très recherché avec le lance-roquette sur le côté, qui traverse le tablier, en fait..
Eugénie : Ça passe sous la selle et y a les obus sur les côtés.
Germain : Voilà. Il y a des modèles assez prisés, comme ça.
Eugénie : Il y en a pas mal. Le Prim’, aussi, en petite coque. C’est assez joli !
Germain : C’est un petit scooter, mais avec un moteur de 125. De bonnes performances !

K : Vous me disiez tout à l’heure qu’ils avaient des pédales, au début ?
Eugénie : Oui, c’était pour les modèles français.

K : Jusqu’à quelle année, à peu près ?
Germain : Pour les importations, ça date de ’65 je crois, puisque les plaques des Mines c’est le 23 février... 23 février 1965. Et après, jusqu’à quelle année... Je sais pas trop. Les années 70, je pense. Après ils ont du se dire que ça servait à rien. Et du coup...

K : Ça ne servait à rien, visiblement...
Complètement. Puisque même avec le plancher découpé pour que les pédales passent - mais ça fait bien 30 à 40 centimètres de large - pour pédaler les jambes écartées, bon !
...Et du coup, c’est pareil. Ce modèle qui a été fait pour l’homologation française, en Italie, ils en ont pas. Donc il est recherché. Ça a été fait en série limitée donc les coques en elles-mêmes se trouvent facilement, mais tout le système de pédalier (parce qu’il y a une chaîne forcément, avec des pédales, un couvre-chaîne et tout ça) est assez rare.

K : Quand vous restaurez, c’est pas dur de trouver les pièces, justement ?
Eugénie : Il faut chiner, pour avoir les pièces d’origine.
Germain : Les pièces de carrosserie sont de plus en plus rares. Après, les pièces détachées, tout ce qui est... de la fourche au moindre boulon, on trouve quasiment tout pour quasiment tous les modèles.
Eugénie : Après il faut faire les bourses d’échanges, tout ça, pour avoir un peu un stock de vieilles pièces, on va dire, “d’origine”, parce qu’il y a des reproductions qui sont pas... Au top !

K : Les Vespas ont été produites en Italie et en France, c’est ça ? Juste là ?
Non en Espagne aussi, en Angleterre...
Germain : Un peu dans toute l’Europe. En Angleterre, aux États-Unis aussi : il y avait le modèle AllState.
Eugénie : En Inde, je crois, aussi.
Germain : En Inde ; en Russie il y avait le modèle Vyatka. On avait répertorié un peu tous les... toutes les différentes provenances, mais... Les Allemands, ils en ont fait, aussi : le modèle Hoffman. Il y en a eu un peu partout : la ligne était à peu près la même, mais chaque pays avait ses petites caractéristiques d’homologation ou de... de fabrication.
Le modèle russe faisait 150 kilos, genre, alors que le modèle italien identique en faisait que 120, à peu près !

K : La Vespa a eu autant de succès partout ?
Eugénie : Quand ça a commencé... je sais pas trop. Plutôt en Italie et en France.
Germain : En France, je crois que c’est à peu près la même époque où ils ont sorti les mobylettes, aussi.
Eugénie : Je crois que les premiers... Les Acma, beaucoup. Parce que les femmes pouvaient les conduire aussi.
En fait le premier qu’ils ont sorti, c’était le Paperino, si j’dis pas d’bêtises, ça veut dire Donald Duck en italien et en fait, là au milieu où c’est séparé, là au niveau du tablier et tout, avant c’était tout complet : donc les femmes en jupes ne pouvaient pas forcément s’asseoir, puisqu’il fallait écarter les jambes. Ils ont fait une adaptation, après : ils avaient enlevé ce truc donc les femmes pouvaient monter, et puis il y avait aussi le cale-pied sur le côté de l’aile, donc elles pouvaient monter en amazone.
Germain : On l’a là, en vitrine. Ils ont dépassé la millionième...
Eugénie : Ah oui, puisqu’on a le timbre !
Germain : La millionième Vespa. C’est un peu la Coccinelle du scooter, quoi ! En même temps, c’est un des premiers scooters, aussi. Je crois qu’il y a eu pas mal de modèles différents. On a le livre, là : "100 ans de l’histoire du scooter"...
Aux États-Unis, ils avaient d’autres trucs. C’est surtout en Italie et en France, que ça... C’est parti d’Italie et après, ça s’est répandu plus... plutôt en Europe du Sud. En Espagne ils en ont pas mal, aussi.

K : Là ça revient quand même bien à la mode, apparemment.
Eugénie : C’est le côté vintage, là, maintenant. Tout ce qui est vintage est à la mode. Les tenues, les vêtements... Moi je vais taper encore dans l’armoire à ma mère, maintenant ! Il y a des trucs qu’elle ne mettait plus et qui maintenant reviennent à la mode.
Germain : Il y en a qui nous disent : "A l’époque j’avais ce modèle" et tout, "je l’ai jeté..."
Eugénie : Oui, il y a beaucoup de personnes d’un certain âge qui passent devant la vitrine et puis après qui rentrent et qui nous disent : "vous savez, moi avant, j’avais ça" et tout, "avec ma copine on allait, on promenait, nanana"... Donc ils nous racontent les histoires qu’ils ont vécues sur les scoots ; comme le monsieur qui était venu et qui nous a dit qu’il avait eu sa première Vespa, et qu’il était parti à Paris avec. Il a mis vingt heures pour y aller. Et puis du coup il est resté dix ans là-bas à Paris, et il est redescendu ensuite avec sa Vespa !
Il y a plein de petites histoires comme ça. Plein de gens qui passent et qui nous racontent : la dernière fois, il y avait une dame avec sa fille et sa petite-fille, qui est venue et qui a dit " Oui moi à l’époque j’avais un Solex"...

K : Oui, vous faites aussi les vieux cyclos ?
Ah oui, on fait aussi des mobylettes. Tout ce qui est vieilles mobylettes, que personne ne veut faire à Marseille. Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un qui les fasse encore.

K : Il faut une connaissance spéciale, ou c’est juste...
De la patience, je crois ! C’est plutôt de la patience, de chercher les pièces, tout ça, et de se mettre dessus...
Germain : Disons que sur les trucs modernes, bon, j’connais pas spécialement non plus, mais... c’est un peu la politique de la consommation. J’veux dire, il y a trois ans, quand il y a eu la vague des scooters chinois, tous les gens étaient là : "on va pas acheter une Vespa à 3000 euros qui est des années 60, alors qu’on peut avoir un scooter neuf à 600 euros !" Mais voilà. C’est ce qu’on peut appeler des scooters jetables. On trouve pas les pièces ; c’est fabriqué à grande échelle, ça coûte pas cher, mais en contrepartie, on peut pas forcément les réparer... Même dans la carrosserie, c’est pareil. Maintenant les carrosseries des voitures, des scooters, c’est tout en plastique. Quand ça tape c’est cassé, donc ils changent l’élément complet, ils mettent un coup de pistolet dessus, alors que les éléments de carrosserie c’est les plus durs à trouver. On essaye de les redresser, de les remettre en forme au maximum. Après, y a des fois où il faut enlever des bouts où il y a eu de la rouille perforante pour les remplacer, mais...
Eugénie : ...mais y a la possibilité de tout ravoir. C’est ça qui est agréable. On donne une nouvelle jeunesse !
Germain : C’est ça.

K : Au niveau de la sécurité, ils ont beaucoup évolué ?
Eugénie : Oh, on est bien protégés derrière une Vespa... !

K : On dit que finalement, une 2CV c’est plus résistant que les voitures de maintenant par exemple...
Elle ne fait pas de tonneau, je crois, en marche avant, la “deuch” ! Il me semble... C’est que en marche arrière, qu’elle peut se retourner, en fait.
Germain : C’est impossible de la faire partir en tonneau, ouais.

K : Du coup je me disais que la Vespa avait peut-être cette même résistance... ?
Elle a la particularité... du fait que le moteur soit un peu à droite, au niveau tenue de route... C’est un peu spécial à conduire, en plus avec les vitesses, tout ça... Mais bon, une fois qu’on en a conduit, on peut plus retoucher un scooter automatique.

K : Les 50 ont des vitesses, aussi ?
Eugénie : Oui ! Trois vitesses.
Germain : Et il y a la pédale de frein arrière au plancher.
Eugénie : C’est ça qui est agréable. Même sur un 50, il y a les petites vitesses, et ça fait vraiment le petit esprit Vespa, même pour un 50. Et le petit bruit aussi, qui va bien... (rires)
Germain : Après c’est sûr qu’au niveau tenue de route et freinage, ça vaudra pas un scooter de 2010...
Eugénie : Non, c’est pas vraiment du freinage. C’est du ralentissement ! Moi je sais que je prends beaucoup de distance. Bon de toute façon, il faut avoir une distance de sécurité avec les voitures ; mais ce qu’il y a, c’est que s’il y en a un qui vient à piler d’un coup, moi si je freine, il me faut beaucoup plus de temps pour pouvoir bien freiner, bien m’arrêter. Bon en 50 on va pas très vite, donc au moins... Mais il faut savoir bien freiner avant parce que... il y a des dérapages.
Germain : Après, il y a moyen de... C’est possible d’avoir un scooter avec le look ancien et d’avoir quand même... Bon, sur le sien, là, ça se voit beaucoup, mais sur celui qui est tout rouillé, il y a une fourche un peu plus moderne, avec du coup un frein à disques et même si le scooter est de 1970, il a quand même un freinage et une tenue de route nettement améliorés, quoi. Après il y a possibilité, sur des modèles de 1950, de mettre des moteurs un peu plus modernes, un peu plus fiables ; bon, toujours avec l’esprit d’un moteur Vespa à vitesses, forcément. Mais y a moyen, du coup, d’avoir un peu plus de souplesse, de monter aussi... d’adapter un démarreur électrique, d’un peu moderniser sans trop toucher à l’esthétique.

K : Il y a un kick, en fait, sur les Vespas ?
Eugénie : Ouais. Moi en fait, le 50, y a pas de clef. Je suis obligée de démarrer au kick. Donc quand je l’arrête, j’ai plusieurs petites techniques pour pas qu’on puisse le démarrer et partir. Bon, déjà il est attaché. Après...
Germain : Faut pas le dire !
Eugénie : bon, j’le trafique, comme ça y a personne qui le redémarre. Mais... faut faire attention. Pas trop le laisser longtemps dans la rue, je pense. Sauf s’il est bien attaché... Mais c’est 60 kilos, quoi. Même moi je peux le soulever et partir avec sous le bras !
...Non mais voilà, il faut y faire attention. C’est précieux !

K : Oui, on voit que vous aimez vraiment ça ! Ça fait quoi... un mois, que vous avez ouvert ici ?
Oui ! Le 2 février, on a ouvert.

K : Vous étiez ailleurs, avant ?
Germain était dans un garage, c’est comme ça que je l’ai connu. Devil Scoot.
Germain : J’ai fait deux ans et demi. J’ai fait mes armes, là-bas, en fait. Quand je suis arrivé, je voyais comment était fait le moteur, mais j’avais jamais pratiqué, quoi. Et petit à petit... Le magasin marchait quand même pas mal... En tout, en deux ans et demi, j’ai compté, j’ai remonté à peu près une vingtaine de scooters, de A à Z. Donc à force, petit à petit, en faisant plusieurs fois les trucs, et tout... Et puis c’est de la vieille mécanique, c’est quand même assez logique. C’est ça que moi j’ai trouvé attirant ! Y a pas trop... tout ce qui est électronique. Il y a un peu d’électricité sur les modèles un peu plus modernes, mais bon. C’est pas comme maintenant, où on branche l’ordinateur pour faire le diagnostic de la panne. C’est peut-être aussi pour ça qu’il n’y a pas énormément de monde qui veut les faire, aussi.
Eugénie : En bateau ils faisaient ça, ils branchaient un... Une fois il y a un monsieur qui est arrivé tout bien habillé, costume, petite chemise blanche et tout ; et puis mon moniteur de stage m’a dit : "il va s’occuper du moteur". Je me suis dit "bon, le gars bien habillé en costard, il va faire le moteur ?!" et puis en fait non, il a sorti un petit ordinateur, il l’a branché, il a fait tatata et il a dit "bon la panne elle est là, il faut changer ça"... A mon prof, je lui ai dit : "mais elle me sert à quoi alors, ma formation, dans tout ça ?! Parce que si c’est un ordinateur qui me dit où est la panne, pas besoin de faire de recherche de panne, au final !"
Ça m’avait un peu un peu dégoûtée. Après, quand je suis partie dans les Vespas et que c’était vraiment de la vieille mécanique, on va dire... Où il faut vraiment mettre les mains dedans, se prendre la tête pour chercher la panne... Se dire "bon j’ai quand même fait ça, ça et pourquoi ça ne marche pas ? Donc on va refaire ça"... C’est plus agréable !
Germain : Des fois, c’est sûr qu’on s’arrache un peu les cheveux. Il y a des moteurs qui ont trente ans, on ne sait pas qui c’est qui l’avait avant, comment ils ont roulé...
Eugénie : Comment ils ont trafiqué ça...
Germain : Des fois il y en a qui essaient de les réparer par leurs propres moyens, et...
Eugénie : ...c’est encore pire !
Germain : En général, on peut pas trop comptabiliser le temps réel passé sur la machine, parce que neuf fois sur dix, ça dépasse. Enfin si on compte l’heure réelle... la facture est astronomique, quoi. Il faut arriver à trouver le juste milieu.
Eugénie : Parce que bon, on aimerait bien qu’il y ait pas mal de monde qui roule en Vespa. Ça me plairait bien un jour, de voir plein de gens sur le Vieux Port avec des scoots ! Et puis beaucoup de femmes. Moi j’aimerais que ce soit plein de femmes qui soient sur ces scoots ! Parce que c’est quand même un peu fait pour elles, on va dire, et puis c’est assez accessible donc heu... pourquoi pas, tant dans vingt ans... Il n’y aura que des Vespas partout !

K : Ce sont souvent les femmes qui font les courses, c’est peut-être pour ça qu’elles roulent pas trop en Vespa...
On peut faire les courses avec une Vespa ! Moi j’ai mis une petite cagette derrière et je peux mettre entre les jambes... Bon après faut pas non plus être trop chargée, c’est sûr qu’après si c’est la maman de famille, qui doit acheter les couches du bébé, le lait, les trucs comme ça, les bouteilles d’eau... c’est autre chose. Mais il y a possibilité de trimballer un peu les courses dessus... Faut s’adapter !

K : Et des courses de Vespas, ils en font ?
Ben je crois que oui, ils en faisaient à un certain moment... et puis ils ont arrêté parce qu’il y en avait un qui s’était tué, non ? (elle se tourne vers Germain)
Germain : Non, ça c’était pour les... je crois que c’était pour les tentatives... Dans les années... ’52, là. Il y avait trois marques qui s’amusaient à battre des records de vitesse sur des cylindrées de moins de 125. Donc il y a eu Vespa en 52, ils sont allés jusqu’à 170, je crois. Après, Lambretta sont allés jusqu’à 200 et l’année d’après, il y a un pilote, je crois que c’était MV Agusta la marque, et le pilote s’est tué pendant l’essai, donc du coup ils se sont dit qu’on pourrait passer à autre chose. Sinon maintenant, il y a encore des courses, souvent... Il y a pas mal de clubs, d’associations, donc il y a des meetings un peu partout dans la France. En particulier dans le sud, il y a un gros meeting ; j’sais pas s’il va se faire encore, mais il était organisé par le scooter club du sud-est à Mormoiron, où j’étais, d’ailleurs ! J’ai commencé par là il y a quinze ans... Et eux, bon c’est pas de la course-circuit, mais sinon ils organisent des... Il y en a beaucoup qui ont des Vespas préparées que pour le circuit, quoi. Et il y a des courses sur circuit que de Vespas.
Eugénie : C’est pas à Turin qu’il y avait... ?
Germain : Ouais, à Turin mais il y en a aussi un peu en France, quoi.
Eugénie : Avant, il y avait le Vespadrome...
Germain : Ouais, à Marseille !
Eugénie : ...qui faisait... Ils faisaient les essais comme ça dessus. Au départ on avait un peu hésité à appeler le magasin, justement, Vespadrome. Mais on s’est dit... si on était dans la Drôme, pourquoi pas, mais ceux qui ne connaissent pas trop le monde de la Vespa, ils n’auraient pas vraiment fait le rapprochement entre Vespadrome et les Vespas. Donc du coup, on est partis sur la Strada di Vespa. C’est ma voisine qui m’a donné l’idée ! Elle parlait bien italien. Au début, quand on cherchait... elle nous a dit... On est partis sur Vespa-Paï au départ, c’est un petit jeu de mots (rires) et puis après elle nous a dit "et pourquoi pas la strada" ? Et on est partis sur la Strada di Vespa. Bon, même si on n’est pas trop sûrs de l’orthographe italienne, mais c’est pas grave, ça sonne bien !

K : Vous connaissez beaucoup de passionnés de Vespas ?
Eugénie : Moi, beaucoup par rapport à mon papa.
Germain : Après à Marseille, moi c’est surtout... (A Eugénie) C’est là où j’ai connu ton père, d’ailleurs. Là où je travaillais. Après, toi...
Eugénie : Il a eu de la chance, il a connu le papa avant moi ! Donc c’est bien passé, après. C’est devenu mon copain ! (rires)
Germain : Non, le milieu est vraiment... même en France, ça... il y a des forums, des sites spécialisés, un peu comme dans tous les milieux de passionnés... La Coccinelle c’est pareil. Il y a un cercle où un peu tous les gens se connaissent, s’échangent des conseils, des bons plans et donc sur Marseille, ça a assez vite tourné, quoi. L’information, dès qu’on a ouvert...
Eugénie : On n’a même pas eu le temps de faire de la pub ; on comptait en faire un petit peu, faire des flyers, des trucs comme ça... Mais bon, vu que du coup on a déjà eu des clients, on n’a pas eu le temps, et puis au final ça a quand même passé le mot, il y a même des gens qui parlent de nous sur des sites de Vespas... ! C’est mon papa d’ailleurs qui me l’a dit, il était tout fier. "Oh j’ai lu sur tel site... On parle de vous !" Donc, voilà... On était contents.

K : Qu’est ce qui vous a fait choisir ce local ?
Germain : La situation géographique, déjà... On cherchait dans ce coin, en fait.
Eugénie : On avait cherché d’abord sur Internet. On avait trouvé deux, trois trucs, mais bon, c’était pas trop ça... Et puis un jour on s’est dit "bon on va aller dans le quartier où on veut nous, on va faire un peu le tour", parce qu’il n’y a pas forcément toutes les annonces sur le net ou les journaux... Et puis en faisant le tour, on est passés là, on a vu un panneau "à louer" et puis il s’avère qu’ils l’avaient mis un jour avant que nous on passe ! Donc on était les premiers à visiter. Bon, c’est vrai qu’il y avait pas mal de pièces et tout, donc pour le rangement, le fait d’avoir la cage de peinture, tout ça... On était bien tombés ! C’est une ancienne imprimerie - papeterie, qui était là depuis 1955. C’était Monsieur Champetier. Très gentil d’ailleurs ! C’est notre proprio et il est vraiment très gentil. On est tombés sur un bon propriétaire, franchement.

K : C’est sûrement plus sympa que sur le cours Lieutaud, parce que ça doit être très mercantile là-bas...
Germain : Ben cours Lieutaud, en plus, les loyers sont astronomiques... et c’est pas le type de clientèle qu’on recherche, quoi. Si on était là-bas, toutes les cinq minutes, y aurait des gens qui nous demanderaient des pièces pour des scooters modernes, alors qu’il y a déjà 10 000 magasins qui les font. Et puis là d’une part on est bien situés je pense, au niveau géographique et les gens, bon, y a... Après, vu qu’on est spécialisés, de toute façon, et qu’y a pas grand-monde qui le fait... les gens ils viennent, quoi. Alors déjà les gens intéressés viennent et y a beaucoup de passage, comme on disait, des curieux... des gens qui se rappellent des souvenirs...
Eugénie : ...des clients qui sont venus en nous disant : "c’est ma belle-mère qui est passée, qui m’a dit qu’il y avait un magasin de Vespas qui s’était ouvert, donc..." Même si c’est pas eux les clients, ils font passer le mot à côté.
Et puis les enfants, aussi ! Le fait qu’il y ait les sorties d’écoles, il y a pas mal d’enfants qui s’arrêtent, parce que bon, on a mis des petites miniatures dans la vitrine avec des petites fleurs et tout, donc ça appelle assez l’œil pour les petits. Du coup ils sont là... les parents attendent que les petits finissent de regarder. Puis à la fin ils rentrent, ils viennent voir un petit peu...
Germain : Ça attire un peu l’attention, quoi. C’est un peu particulier, comme milieu... comme activité. Bon nous on est dedans, on s’en rend plus compte, mais...

K : Nous avons fait le tour. Vous avez des anecdotes ?
Eugénie : Moi j’aime mon Vespa. Quoi, ma Vespa ! C’est pas un Vespa, c’est une Vespa. Parce que vespa en italien, ça veut dire guêpe. Donc il faut bien préciser, c’est une vespa ! (rires) Non, voilà. Je suis à fond sur mon scoot ! Je lui dis plein de petits mots d’amour, quand je roule avec elle. Quoi, des mots d’amour... Genre : "Ah... Ma grosse, qu’est-ce qu’il y a, alors tu rames, aujourd’hui ?" Et puis elle repart, elle est bien ! (rires)
Germain : C’est comme ça qu’on les répare d’ailleurs. On leur parle, et après, elles remarchent !

K : “Ceux qui murmuraient à l’oreille des Vespas”...
Eugénie : Pourquoi pas ? Non, mais moi ma grosse, oui, j’sais pas ! J’la soutiens... Quand même, elle m’emmène d’un point A à un point B, donc... Et elle a toujours marché, en attendant. Depuis trois ans que je l’ai... Même plus maintenant, quatre ans... J’ai jamais eu trop de soucis. Alors qu’il y en a qui reviennent trois ou quatre fois parce que le scoot il a ci, le scoot il a ça... Moi ça va ! J’ai pas trop à me plaindre.
Ah et oui, on comptait plus tard, faire... Parce que j’ai une amie qui m’a fait le tableau de Vespa, là, derrière... Bon, le logo Vespa n’est pas trop représenté pour la marque, et en fait on comptait peut-être faire, une fois tous les trois ou quatre mois, une petite expo ! Donc faire un petit truc d’inauguration un soir, et puis laisser l’expo pendant un mois. Au moins ça fait découvrir aux personnes qui aiment les Vespas, les tableaux, et puis ceux qui sont plutôt dans les tableaux, découvrir les Vespas.

K : Vous allez faire une soirée d’ouverture ?
On l’a faite ! Le 13 février. J’ai attendu mon papa qui redescendait d’Auvergne à ce moment-là, et puis en plus le 12 c’était mon anniversaire, donc on a fait tout ensemble.

K : Il y a eu du monde ?
Oui ! On était bien une cinquantaine. Pas mal de monde, justement, pas mal de passionnés et tout... On a essayé d’appeler un peu...
Germain : ...de vieilles connaissances...
Eugénie : ...un peu les grands pontes de la Vespa. Ils étaient assez contents. Bon, en plus, vu qu’on est deux petits jeunes, qu’on commence et tout... Ils ont été super sympas avec nous. Ils ont été cools !
Et puis il y a plein de gens qui passent, juste pour le plaisir, et qui disent : "oh, j’ai un petit truc Vespa, je vous l’amènerai !" Donc il y a un monsieur qui nous a donné une petite Vespa, un autre qui nous a donné des chiffons, un outil pour les mobylettes... De nous voir, deux petits jeunes... ils sont contents, et ils nous aident. C’est assez sympa, ça fait encore plus plaisir !

Propos recueillis par Lynda Ledolley - Photos : Jaime Rojas

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